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Politique de la ville

A Vaulx-en-Velin, l’action sociale négligée au profit du bâti

Publié le • Par • dans : Actu prévention sécurité, Régions

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VaulxEnVelin_CCfral-torqui © Fral-torqui (Creative commons)

Si plusieurs quartiers de Vaulx-en-Velin (Rhône) ont radicalement changé de visage grâce au plan de rénovation urbaine,  le malaise subsiste derrière les façades des nouveaux immeubles. Au point que la municipalité semble, aujourd’hui, vouloir changer d’approche en matière de politique de la ville et opérer un virage à 180 degrés pour replacer l’action sociale au cœur de ses priorités. 

 

A Vaulx-en-Velin (43 400 habitants), ville emblématique de l’est de la banlieue lyonnaise, tout le monde à encore en mémoire ces nuits d’octobre 1990 où « le Mas » – comme on dit là bas – s’embrasait.
« Paradoxalement, quelques jours avant les émeutes, nous avions inauguré un centre commercial, un mur d’escalade et une place au centre du quartier qui avait permis de créer des circulations à l’intérieur du quartier du Mas du Taureau », se souvient Stéphane Gomez, adjoint en charge de la politique de la ville.

Vingt-cinq ans après, le centre commercial n’est plus que l’ombre de lui-même, les équipements sportifs et culturels quasi inexistants, le centre social du quartier a fermé en 2011, comme l’antenne de la CAF… Un bureau de Poste est encore là, mais ses jours semblent comptés. Étonnamment, la politique de la ville semble s’être arrêtée aux portes de ce quartier de Vaulx-en-Velin.

« Les projets du GPV tardent à se mettre en place dans ce quartier. Du coup, les gens sont fatigués, résignés, la vie sociale s’atténue petit à petit », constate Quentin Vernette, chargé de communication au GPV, qui s’affère pour multiplier les projets visant à retisser des liens avec et entre les habitants.

Les jolis logements ne font pas tout

Mais certains, parmi la population rencontrée, se demandent déjà s’il ne faut finalement pas se satisfaire de ce statut quo. « On préfère avoir du soutien scolaire pour nos enfants et des clubs de sport avec des éducateurs pour s’en occuper que des appartements neufs », lance un groupe de mères de famille, interrogé en présence des professionnels.

Et pour cause : non loin de là – à « la Grape » (NDLR : la Grapinière) comme aux Verchères, deux quartiers où la rénovation urbaine est bel et bien une réalité –, les résultats de cette politique de réhabilitation du bâti et du cadre de vie, derrière laquelle se cache une nouvelle politique de peuplement, ont plutôt déçu la population locale.

« Dans le centre-ville de Vaulx-en-Velin aussi, de gros efforts ont été faits sur l’immobilier, que ce soit la rénovation de certains immeubles ou la construction de nouveaux. Les habitants de ces quartiers bénéficient de très bonnes conditions de logement. Mais cette action sur le logement a montré ses limites. Dans le centre ville, les programmes neufs avaient permis l’arrivée de familles de classes moyennes. On pouvait alors penser que tout ça était de bonne augure pour recréer des liens, favoriser la mixité. Malheureusement depuis deux ou trois ans, ces familles partent. Beaucoup ne trouvent pas leur place. Elles sont excédées par les incivilités et la faiblesse des équipements scolaires, culturels et sportifs ne les incite pas à rester », raconte Mahmoud Kalkoul, président l’association vaudaise pour l’entraide dans la cité (AVEC).

École, culture…

Le message semble être passé. En tout cas, le constat est désormais partagé par la municipalité qui, à la veille de s’attaquer au Mas du Taureau, change de braquet. « Au lieu d’avoir une action sur le bâti, puis ensuite de penser à mieux paramétrer  les équipements scolaires et autres, au Mas du Taureau, nous allons cette fois-ci commencer par les équipements. Nous sommes en train de rénover plusieurs écoles, nous allons lancer la construction d’une médiathèque qui sera implantée au Mas du Taureau. Nous lancerons aussi bien évidemment des programmes de logements, car cela est indispensable dans le cadre de la politique de la ville, mais nous souhaitons accompagner l’action sur le bâti d’une action sur le social » explique Stéphane Gomez .

Un peu à l’image du centre-ville, où le lancement des programmes immobilier en accession a coïncidé au cours des dernières années avec la construction du lycée, celle du planétarium et l’installation de commerces. De quoi amener sur le coup quelques familles de classe moyenne, même si, aujourd’hui, de moins en moins restent. Il faut dire que le centre-ville – qui est devenu le lieu que les jeunes des quartiers environnant traversent bruyamment et où les incivilités progressent – a perdu de sa superbe.

Le volet social de la politique de la ville n’a pas été totalement oublié durant le programme de rénovation urbaine, mais, faute de relais organisés et structurés au cœur des quartiers, les actions et autres dispositifs ne sont pas parvenus à toucher tous les habitants. Conformément aux attentes des habitants, l’idée est donc de mieux articuler la rénovation urbaine avec l’action sociale.

La municipalité s’attache donc désormais à repérer des associations ou des structures sur lesquelles s’appuyer pour travailler sur le champ socio-culturel. « Nous souhaitons que ce soient les habitants qui portent des projets. Les premiers retours que nous avons notamment des 8 conseils citoyens de la ville nous font penser que nous sommes sur la bonne voie », estime Stéphane Gomez.

Une banlieue qui reste enclavée

« Nous avons de la chance, nous sommes dans une ville vraiment solidaire et ces derniers temps, nous commençons à voir des fêtes des voisins ou de quartier où se mêlent des habitants de tous horizons, c’est bien », abonde Mahmoud Kalkoul de l’AVEC. Pour autant lorsqu’il fait ses comptes, le constat est toujours le même. « Il y a dix ans, nous avions 60 familles inscrites à l’épicerie solidaire que nous gérons, nous en avons 600 aujourd’hui ».

L’idée de l’équipe municipale n’est pas de renverser la table, mais simplement de rééquilibrer leurs actions vers les priorités affichées par les habitants. Ni la rénovation urbaine ni les projets de désenclavement ne sont donc abandonnés pour autant. A l’instar de l’éducation ou de l’emploi, la question du transport cristallise en effet les critiques et devra être réglée à plus long-terme.

Alors qu’à Vénissieux, une banlieue voisine, le quartier des Minguettes est désormais traversé par le tramway allant jusque dans le centre-ville de Lyon, les habitants de Vaulx-en-Velin – pour sa part relié à la capitale régionale par la ligne de trolleybus la plus fréquentée du réseau – attendent encore. Et pendant ce temps, les lignes de bus qui desservent la ville font souvent demi-tour avant même d’entrer au Mas du Taureau et à la Grapinière, officiellement car elles prennent un tel retard dans la traversée de Lyon qu’elles n’ont plus le temps d’achever leur trajet…

Certes le gestionnaire des transports en commun promet bien, d’ici deux ans, la création d’un site propre sur une partie de la ligne de trolley ramenant théoriquement le temps de trajet à moins d’une demi-heure entre Vaulx-en-Velin et le quartier des affaires de la Part Dieu, là ou il faut aujourd’hui au bas mot 50 minutes lorsqu’il y a peu de circulation. Au lieu de rassurer, pour beaucoup de Vaudais, ce site propre sonne comme un enterrement définitif du projet de desserte du tramway dans leur ville.

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  1. 1. ratonus 16/12/2015, 08h53

    La situation s'est dégradée dans les banlieues lyonnaise il y a maintenant plus de 30 ans.
    Les "Politiques" n'ont pas vu ou pas voulu voir le problème. Il ne suffisait pas de rénover les façades des immeubles mais de prendre en compte l'arrivée de nouvelles populations.
    Maintenant il est un peu tard pour se poser des questions.
    C'est vrai qu'il est plus facile de construire une ligne de tram à 180 M€ pour desservir un stade à 300 M€.

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