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Fonction publique territoriale

« Exigeons des quotas de diversification professionnelle »

Publié le • Par • dans : A la une, A la Une RH, Actu Emploi, France, Toute l'actu RH

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fabien tastet © Patricia Marais

Le président de l’Association des administrateurs territoriaux de France, Fabien Tastet, est sur tous les fronts. Diversification et mobilité professionnelles, innovation managériale, emplois fonctionnels…, les combats de l’AATF sont multiples et parfois couronnés de succès.

 

L’association professionnelle entend participer aux réformes qui impactent la territoriale tout en défendant les intérêts des administrateurs territoriaux. Elle est déjà en ligne de bataille pour 2016.

Quelles seront les lignes de force de l’AATF en 2016 ?

Nous allons réformer nos statuts pour changer la gouvernance, avec l’introduction de la proportionnelle pour l’élection du bureau. Nous allons aussi faire œuvre de décentralisation, en donnant plus de pouvoirs et un budget aux délégations régionales. Nous sommes passés de 65 délégués régionaux en 2011 à 102 pour le prochain mandat et notons un fort renouvellement avec 50 femmes et 52 hommes. Par ailleurs, le conseil d‘administration a voté en avril un dispositif d’intervention et de soutien auprès des collègues en difficulté dans leur collectivité : s’il le faut, nous pourrons agir en justice. En outre, avec la promotion Vaclav-Havel de l’Inet, nous construisons un observatoire de l’emploi des administrateurs pour repérer les « zones blanches » et mettre en œuvre un plan d’action.

Comment avez-vous avancé sur la diversité des parcours professionnels ?

Nous nous mobilisons pour défendre nos « parts de marché » dans le secteur public local. Nous comptons toujours 45 administrateurs territoriaux qui occupent un poste de directeur général des services de département. Nous observerons avec attention ce qui se passera dans la foulée des élections régionales. Les administrateurs progressent aussi en dehors de la territoriale : dans les inspections, dans les juridictions. Pour la première fois, un administrateur territorial est secrétaire général d’une chambre des métiers et de l’artisanat (CMA). Nous avons signé une convention avec l’assemblée permanente des CMA et travaillons dans le même sens avec les sociétés d’économie mixte.

Les administrateurs territoriaux ont-ils vocation à faire une partie de leur carrière hors du secteur public local ?

Ce n’est pas une position catégorielle : il y va aussi de l’intérêt général. Quand on met de la diversité dans les instances de direction, les décisions prises sont meilleures. L’AATF crée depuis un an des ponts avec le secteur privé, notamment à travers un programme d’échanges d’expériences entre cadres. Des conventions sont signées avec des entreprises pour former des appariements. Le cadre du privé doit rendre compte à des actionnaires, nous à des élus ; nous inscrivons nos actions dans un ADN politique, les entreprises s’inscrivent dans des logiques de marques. Mais nous connaissons tous la nécessité d’évoluer.

Les administrateurs territoriaux sont-ils prêts à ces évolutions ?

Il semble que oui : nous avons déjà une vingtaine d’appariements. Nous avons beaucoup à partager avec les entreprises : transformation, maîtrise des budgets et des coûts… C’est aussi une façon de contrer le discours « antifonctionnaire » ambiant. La diversification professionnelle devient une réalité dans les collectivités. Il n’est pas rare d’avoir à la direction des services, des ingénieurs des Ponts, des agents de l’Etat ou un cadre issu du privé.

La mobilité se fait-elle aussi vers l’Etat ?

Cela ne se débloquera pas naturellement. Nous demandons officiellement à Manuel Valls et Marylise Lebranchu de mettre en place un mécanisme de quotas de diversification professionnelle dans la haute administration d’Etat. On compte sur les doigts d’une main les administrateurs territoriaux qui ont rejoint la fonction publique d’Etat. Exigeons que sur trois nominations de direction d’administration centrale, au moins une ne soit pas issue de l’Etat.

Comment mettre en place une telle politique de quotas ?

Il suffit simplement d’une orientation managériale décrétée par le Premier ministre. Même si c’est un sujet polémique, il ne s’agit en réalité que de demander une forme de réciprocité dans les parcours professionnels. Le gouvernement doit s’engager dans la fixation d’objectifs quantitatifs de diversification de la haute administration d’Etat. Je vais aussi proposer à l’Entente (1) de porter l’initiative. La politique de quotas est un outil facile, efficace et mesurable !

Que pensez-vous du nouveau concours des administrateurs ?

Sans aucun doute, les programmes devaient être toilettés. La logique de la réforme, c’est de vérifier à l’écrit les compétences et de vérifier les aptitudes à l’oral, avec une épreuve de mise en situation collective. La philosophie générale de répartition des épreuves est plutôt intelligente. Il faut expérimenter le nouveau dispositif et vérifier si l’objectif de mesurer la capacité à travailler en équipe et en interaction est atteint. Cependant, il faut se pencher sur la question de la date d’application de la réforme, qui interviendrait à la fin de l’année 2016, alors que certains préparent le concours interne depuis juillet. Il faudra peut-être que le CNFPT et la DGCL les accompagnent au mieux dans cette mutation du concours.

 Quel regard portez-vous sur le projet de loi déontologie ?

Le projet de loi est une loi de défiance : elle demande plus d’exigences sur le cumul d’activités, sur la prévention des conflits d’intérêt. On peut en avoir une interprétation négative. Renforcer la protection des donneurs d’alerte, cela peut aussi s’interpréter sur un nécessaire renforcement des alertes en elle-même. Réaffirmer certains principes, comme la laïcité signifie-t-il que ces valeurs ne sont plus portées ? Quel est le message positif çà l’endroit des fonctionnaires ? Autrement dit, en creux, le projet de loi peut se lire comme un texte de défiance. Il faudrait qu’en deuxième lecture, il soit modifié pour lui donner une teneur plus positive, pour en faire aussi un texte d’appui aux fonctionnaires.

Comment traiter la question de la radicalisation de certains agents ?

Il y a bien un sujet, mais il est double. D’abord, les agents au contact du public sont demandeurs d’un travail collectif sur le sujet. Ils peuvent se trouver désemparés face à des attitudes et des comportements d’usagers relevant du prosélytisme. Par exemple, que doivent faire des agents d’une médiathèque entendant des propos bienveillants envers les actions terroristes ? Parce que ces propos sont tenus dans un lieu public, les agents doivent-ils intervenir ou, au contraire, au nom du principe de neutralité, doivent-ils s’abstenir ? La période réinterroge les droits et obligations des fonctionnaires au regard des usagers.

Il y a une forte demande d’une sorte de référentiel en la matière et de contextualiser les principes de neutralité et de discrétion professionnelle. S’agissant des cas dans lesquels des agents se radicaliseraient, les organisations doivent bien sûr se montrer extrêmement vigilantes. Le statut offre des outils de sanctions éventuelles, qui peuvent aller jusqu’à l’éloignement. On oublie souvent toutes les possibilités qu’offre le statut. Les réponses sont dans le statut.

L’AATF s’intéresse aussi à l’innovation managériale…

Nous sommes dans une période de transformation fondamentale de toutes les collectivités. Les modèles économiques évoluent. Or la transformation se nourrit de l’innovation. L’AATF veut servir d’incubateur pour aider les administrateurs à innover au sein de leur collectivité. Il s’agit d’apporter un dispositif de soutien et d’accompagnement dans les démarches innovantes en matière de management. Une équipe dédiée se met en place. L’objectif est de publier un livre blanc lors des entretiens territoriaux de Strasbourg 2016.

L’AATF partage-elle les interrogations sur la génération «  Y » et son management ?

Les effets de génération sur le fonctionnement des organisations de travail sont un sujet passionnant ! C’est vrai des fonctionnaires comme des élus : une nouvelle génération d’élus est arrivée qui ne travaille absolument pas comme la génération précédente. Les moteurs de motivation et les approches de la séparation entre les vies professionnelle et personnelle sont différentes, moins séquencées. Un jeune cadre acceptera plus facilement de travailler en dehors des « horaires » mais exigera aussi plus d’autonomie dans la gestion de son temps de travail. Le rapport à la hiérarchie est aussi différent : il faut donner du sens pour adhérer et mobiliser. Il y a aussi un autre rapport à l’information et cette génération est demandeuse d’une information qui ne soit plus « sectorisée ». Il faut savoir en tirer les conséquences.

Que pensez-vous de la polémique sur la rémunération au mérite ?

On présente cela comme une grande innovation d’une ou deux villes. En réalité, il ne s’agit que d’exploiter, à nouveau, une possibilité prévue par le statut. Rien n’interdit de jouer le régime indemnitaire, qui accepte des critères de performance. C’est une question de volonté. Les initiatives relayées par la presse ne sont pas révolutionnaires, ce sont surtout de bonnes campagnes de communication. Mais encore une fois, tout est dans le statut. C’est un outil d’avenir, qui offre énormément de possibilités. Malheureusement, par crainte ou par méconnaissance, on n’ose pas ou on refuse de s’en servir. Le statut n’est ni un problème, ni un miracle : c’est une boîte à outils extrêmement complète.

Quel bilan tirez-vous de l’Entente (2) créée il y a un an ?

Le fait d’avoir passé le cap d’une année est une victoire. Il n’est jamais facile de trouver, pour sept associations professionnelles, avec chacune leur histoire et leur singularité, un mode de coopération durable. D’autant plus que l’Entente compte agir au-delà des seuls aspects statutaires, à la fois sur l’événementiel, la communication et le volet législatif. Outre l’ADGCF qui nous a rejoints en juin, nous recevons de nouvelles demandes d’« adhésion » comme celles de l’Association nationale des juristes territoriaux ou de l’Association des attachés territoriaux.

Nous avons réussi à défendre la notion de continuité du service public en maintenant le régime des emplois fonctionnels dans la loi « Notre ». L’observatoire territorial, placé auprès du comité des finances locales, est aussi un grand succès. Désormais, les négociations entre l’Etat et les collectivités auront lieu sur la base d’une expertise à laquelle les territoriaux auront contribué. Nous avions également pour objectif la prise de position commune, ce qui a été notamment le cas avec le maintien du 1 % de cotisation au CNFPT.

Quelle sera la teneur du prochain  congrès de l’AATF 2016 ?

Après le report du congrès des maires (ndlr: du 31 mai au 2 juin 2016), nous avons changé les dates de  notre propre congrès qui aura lieu à Nice les 17 et 18 mai 2016. Les administrateurs pourront assister à des  ateliers thématiques autour des pratiques professionnelles ainsi qu’ à trois tables rondes.

La thématique générale sera moins institutionnelle que les précédentes, mais plus « opérationnelle » : l’impact des collectivités territoriales sur le développement économique. Nous allons montrer, avec ce congrès « économie réelle », comment les collectivités territoriales favorisent et créent de la richesse et de la valeur ajoutée. C’est aussi une façon pour nous, militants de la décentralisation, de répondre aux attaques portées à la fonction publique territoriale.

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    Notes

    Note 01 - L’Entente des territoriaux est composée de l’AATF, de l’ADT-Inet, de l’ADGCF, de l’ADGGC, de l’AITF, de l’Andass et du SNDGCT - Retourner au texte

    Note 02 - L’Entente des territoriaux est composée de l’AATF, de l’ADT-Inet, de l’ADGCF, de l’ADGGC, de l’AITF, de l’Andass et du SNDGCT - Retourner au texte

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