COP21

Climat : l’appel des maires pour un accord plus ambitieux

| Mis à jour le 07/12/2015
Par
hidalgo, hollande, fabius

Elysée

Au Bourget, les engagements mis sur la table par les Etats mènent à un réchauffement avoisinant les 3°C à la fin du siècle. A l’hôtel de ville de Paris, la déclaration adoptée le 4 décembre 2015 par quelque 700 maires du monde entier doit rapprocher la courbe des 2°C, seuil au-delà duquel les conséquences ne peuvent être mesurées, selon les scientifiques.

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Climat : Pourquoi les experts défendent un rôle accru des collectivités locales

Les négociations onusiennes patinent au Bourget ? A l’hôtel de ville de Paris, un millier d’élus locaux des cinq continents affichent un optimisme mordant. L’édile de Montréal (Canada), Denis Coderre, veut d’ailleurs croire à un accord international « qui aura des dents », à l’issue de la 21ème conférence des parties à la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP21), le 11 décembre prochain.

La COP21 ne sera pas une réussite si, « au lendemain, les autorités locales ne sont pas mobilisées pour investir dans le développement durable », assure le président François Hollande, devant le parterre de maires réuni par Anne Hidalgo. La déclaration adoptée par les élus locaux va dans le bon sens (lire encadré) ; le texte sera remis aux négociateur, le 5 décembre, dans l’enceinte onusienne du Bourget.

Un tiers du « budget carbone » restant

Reste que les gouvernements locaux n’entendent pas être de simples exécutants des décisions qu’arrêteront les Etats. Ces derniers « avancent moins vite que les villes, qui sont au plus près de l’action », relève Eduardo Paes, maire de Rio de Janeiro Brésil) et président de l’association C40 (près de 80 villes, 600 millions d’habitants, un quart du PIB mondial).

« On peut établir une politique au plan national ou international, admet Denis Coderre. Mais si l’on veut du résultat, c’est bien dans les villes, en charge de l’aménagement du territoire, des transports, de la gestion de l’eau et des déchets, etc. que l’on ira chercher les résultats, souligne le maire de Montréal. Ce n’est pas un hasard si le secrétaire général de l’ONU s’est entouré de l’ancien maire de New York, Michael Bloomberg », envoyé spécial des Nations-unies pour les villes et le climat.

« Pour tenir leurs engagements, les gouvernements nationaux auront besoin des villes, et la montée en compétence des villes est donc de l’intérêt de tout le monde », fait valoir le maire de Vancouver (Canada, Colombie britannique), Gregor Robertson.

Son homologue de Rio rappelle que « pour tenir l’objectif d’un réchauffement contenu à 2°C par rapport à l’ère préindustrielle, le monde dispose d’un « budget carbone » limité. Un tiers des émissions de gaz à effet de serre (GES) restantes est dans les mains des collectivités locales, dépendant des politiques mises en place à leur échelle », souligne Eduardo Paes.

Partenaires des solutions

Les associations internationales de gouvernements infranationaux (1) martèlent de longue date que « pour combattre le changement climatique, il faut l’implication des acteurs  locaux », rappelle Denis Coderre, convaincu que le message a « ratissé large ».

Pour le maire de Montréal, la COP21 marque « une étape vers l’implication conjointe de tous les niveaux de gouvernement. Non seulement les villes sont incontournables pour réduire efficacement les rejets de GES, mais elles doivent faire partie du processus décisionnel. Il faudrait que ce soit le cas dès la COP22 (Marrakech, Maroc) ».

Le maire de Bamako (Mali), Adama Sangare, appuie : « Nous nous battons pour que les associations d’autorités locales siègent à l’ONU ». Pour son homologue d’Istanbul (Turquie), « les gouvernements locaux doivent être vus par l’ONU comme partenaires des solutions et reconnus au niveau international. Nous devons avoir un siège aux conférences sur le climat pour faire entendre notre voix », affirme Kadir Topbas, également président de Cités et gouvernements locaux unis.

Accélérer la transition, maîtriser les financements

Cette reconnaissance figurera-t-elle dans l’Accord de Paris ? Inscrite dans le document de travail initial, elle serait sujette à divers va-et-vient au fil de l’affinage du texte. Une officialisation du rôle des autorités locales faciliterait grandement leur travail, et pas seulement dans les pays en développement.

« Si les autorités locales sont mentionnées dans l’accord final, ce sera une avancée très significative, commente Charlie Hales, maire de Portland (Etats-Unis, Oregon) : l’Etat fédéral, à qui les villes doivent constamment rappeler qu’elles sont leur partenaires, comprendra qu’il doit coopérer avec elles. »

Les villes américaines peinent notamment à financer les transports publics et la rénovation énergétique des bâtiments. Vis-à-vis de l’Etat fédéral, « il n’est pas question de lutte de pouvoir, juste de quête de résultat », souligne Charlie Hales. Même discours chez Anne Hidalgo : « Nous ne sommes pas des contre-pouvoirs, mais l’expression d’un pouvoir positif ».

Le maire de Vancouver plaide aussi pour que « les villes aient les moyens de combattre le réchauffement. Au Canada, 90 % de la fiscalité revient aux gouvernements fédéral et provinciaux et 10 % aux gouvernements locaux. Nous devons disposer des moyens et des compétences pour accélérer la transition vers des villes propres et vertes, insiste Gregor Robertson. Vancouver, tout comme Sidney (Australie), n’a pas suffisamment de pouvoir en matière d’infrastructures urbaines. Notre ville s’est beaucoup inspirée de ce qu’ont fait Copenhague (Danemark) et Stockholm (Suède) : ces villes sont en pointe, notamment car elles ont noué un partenariat efficace avec l’Etat ».

Copenhague a divisé par deux les rejets de GES de 1990 à 2014, notamment grâce au déploiement des réseaux de chaleur, auxquels sont aujourd’hui connectés 99 % des foyers. « Une telle action est impossible à Vancouver, pointe Gregor Robertson. J’espère vraiment que la COP marquera un tournant en faveur de l’affirmation des villes – c’est là que le travail se fait. »

Les points clés de la déclaration de de Paris

100 % d’énergies renouvelables en 2050 : c’est l’engagement pris par un millier de maires, signataires de « la déclaration de l’Hôtel de ville de Paris » du 4 décembre 2015. Intervenant devant le parterre d’élus avant l’annonce des objectifs des villes, Leonardo Di Caprio les a précisément invités à verdir intégralement leur bilan énergétique. « Cela peut ressembler à une idée d’acteur, mais c’est parfaitement réalisable », a affirmé le producteur du documentaire « La 11ème heure, le dernier virage ». « La volonté politique est une ressource renouvelable », assure Al Gore, l’ancien vice-président de Bill Clinton.

80 % de baisse des émissions de gaz à effet de serre : option alternative pour les villes qui ne prendront pas la voie du 100 % renouvelable.

3,7 gigatonnes équivalent CO2 par an d’ici 2030 : c’est le niveau de réduction annuelle des émissions de gaz à effet de serre que se fixent les villes à l’horizon 2030 au niveau des aires urbaines. « C’est l’équivalent de près de cinq années d’émissions du trafic aérien dans le monde ou encore d’une année de rejets dans l’ensemble de l’Union européenne », compare la maire de Paris.

Ces 3,7 milliards de tonnes représentent aussi 30 % de l’effort supplémentaire à réaliser pour contenir le réchauffement global sous les 2°C (par rapport à 1880), au moment où les engagements des Etats l’orientent vers + 3 °C. « Les maires peuvent vraiment faire la différence et repousser les limites », affirme Karin Wanngard, maire de Stockholm.

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