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Quartiers prioritaires

« Passons à une nouvelle ère de la politique de la ville » – Khalid Ida-Ali (IRDSU)

Publié le • Mis à jour le • Par • dans : Actu prévention sécurité, Dossiers d'actualité, France

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KIDAALI2 © Vitry-le-François

La politique de la ville n'aurait pas les moyens de suppléer les pouvoirs publics dans leur lourde tâche de réduire des inégalités provoquées par la société française, estime Khalid Ida-Ali. Le président de l'inter-réseaux des professionnels du développement social urbain (IRDSU) appelle à un véritable changement de paradigme pour que l'action publique gagne en efficacité dans les quartiers prioritaires.

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La nouvelle politique de la ville convient-elle aux habitants autant qu’aux professionnels ?

 

La politique de la ville a été la cible de nombreuses critiques, après les attentats de janvier et novembre 2015 comme à l’occasion des dix ans des émeutes de 2005. Les habitants des quartiers prioritaires ressentent-ils véritablement les bénéfices des millions d’euros qui leur sont consacrés ?

Au risque de vous décevoir, ce sont les responsables politiques, les universitaires et les journalistes qui sont à l’origine de ce procès. Très peu d’habitants des quartiers prioritaires nous parlent du dévoiement supposé de la politique de la ville. Ce ne sont pas eux qui critiquent la politique de la ville.

Les critiques qu’ils formulent se formalisent, pour l’essentiel, sur les enjeux de l’emploi, du logement ou de la sécurité. Si vous les écoutez attentivement, les habitants ne parlent finalement que de politiques de droit commun, des discriminations dont ils seraient victimes ainsi que du sentiment de relégation voire d’abandon dont ils souffrent, ou encore du difficile accès à des services publics de qualité.

Pourtant, ils auraient de quoi mettre en doute l’efficacité de la politique de la ville, si l’on regarde l’aggravation continue des indicateurs économiques et sociaux dans les quartiers ciblés par la politique de la ville…

Alors qu’elle a été inventée dans le but de « faire plus » pour les quartiers prioritaires, la politique de la ville se retrouve à « faire à la place» des politiques publiques de droit commun. Elle sert souvent d’alibi pour masquer leur insuffisance voire le retrait des pouvoirs publics dans ces quartiers.

Malgré ce contexte, la politique de la ville contribue tant bien que mal à l’émancipation des habitants. Simplement, pour s’en apercevoir, il faudrait extraire toutes les actions qu’elle permet et qu’elle met en œuvre au bénéfice des habitants.

Les statistiques de la politique de la ville ne rendent pas forcément compte d’une amélioration de la situation, car il est aujourd’hui impossible d’avoir une lecture claire des logiques « stock et flux » à l’œuvre parmi la population. On ne peut, pourtant, occulter la mobilité résidentielle des habitants de ces territoires – qui répondent à cette utilité sociale de mettre à disposition des logements économiquement attractifs pour les classes populaires avant qu’elles n’acquièrent les moyens de les quitter.

Même si la politique de la ville n’a, à priori, pas permis de résorber les inégalités qu’elle est censée combattre, il n’est donc pas possible, selon vous, de parler d’échec ?

Vu les moyens dérisoires dont disposent les chefs de projet Politique de la ville, ils peuvent tenter de limiter la précarité économique et sociale des habitants mais ne parviendront pas à lutter contre les processus d’exclusion sociale ou de chômage.
L’idée de réinjecter de la mixité sociale dans les quartiers prioritaires est, par ailleurs, une conséquence des stratégies d’évitement des classes moyennes et de la « ghettoïsation » par le haut de la société française.

L’échec de la politique de la ville, c’est donc d’abord et avant tout l’échec des pouvoirs publics et de la société dans son ensemble. Il est évident que la construction d’une France « inclusive », synonyme d’égalité de traitement entre tous les citoyens, ne sera pas permise par la seule politique de la ville intervenant dans les seuls 1 500 quartiers prioritaires. Pour cela, nous devons impérativement changer nos modes de faire et passer à une nouvelle ère de la politique de la ville.

Certaines associations critiquent la « bureaucratisation » de la politique de la ville et l’éloignement du terrain. Comptez-vous renouer prochainement le dialogue avec les habitants et rompre avec un langage jugé trop techniciste ?

Il est vrai que la figure du chef de projet a changé de profil. Les habitants avaient, hier, à faire à des acteurs de terrain à qui l’on demandait de faire de la technique, alors qu’ils ont aujourd’hui – notamment avec la municipalisation des postes  – des techniciens à qui on demande de faire du terrain.
La complexification des politiques publiques appelle un niveau d’expertise important : répondre aux obligations posées par les contrats de ville demande aujourd’hui une technicité élevée.

Mais nous subissons cette évolution, elle n’est pas de notre ressort. Les collègues déplorent régulièrement la tendance à faire du « tableur excel » au détriment du développement territorial. Il est néanmoins indispensable d’être sensibilisé et engagé lorsque que l’on travaille sur ces questions : on ne parle pas de politiques d’assainissement mais bel et bien de vies humaines !

Que manque-t-il aujourd’hui à la politique de la ville, et à l’action publique en général, pour se montrer plus efficace dans les quartiers prioritaires ?

Si on s’arrête à la politique de la ville elle-même, l’urgence consiste à repositionner les chefs de projets – qui travaillent encore de manière trop isolée – au centre de la collectivité. Ils doivent être consacrés comme des « médiateurs du changement ».

Cela implique une impulsion politique et une injonction administrative : nous devons être légitimes, dotés des moyens nécessaires, et parfaitement reconnus dans notre fonction transversale, pour être en capacité d’interroger et coordonner les responsables des diverses politiques publiques afin d’opérer une transformation radicale.

En parallèle, arrêtons de cantonner la politique de la ville à de la pure technique, donnons-lui du sens en la transformant en véritable politique de développement territorial, insufflons-y aussi une âme d’égalité et une dose de République en plus.

Le politique – au niveau local comme sur le plan national – doit également tenir un discours sur l’inclusion pour éviter qu’une partie des habitants ne se sente exclue ou à la marge du récit national.

La loi du 21 février 2014, jugée pas assez politique par plusieurs acteurs, peut-elle permettre cette « petite révolution » ?

J’ai bon espoir ! La loi ne révolutionne pas tous les dispositifs mais réaffirme les grands principes édictés à la genèse de la politique de la ville, avec une volonté politique affirmée de mieux cadrer les choses. Dans la recette, il y a donc tous les ingrédients susceptibles d’augurer un véritable changement. Mais il faudra évaluer sur pièces, chose littéralement impossible avant fin 2016.

Les habitants des quartiers prioritaires ne verront en effet la différence avec les CUCS d’hier que si les nouveaux contrats de ville permettent une mobilisation effective des moyens de droit commun de l’Etat comme des collectivités territoriales. Etant donné que ces documents ne sont pas opposables, les préfets ne devront pas hésiter – et c’est un euphémisme – à intervenir si des signataires décidaient de revenir sur leurs engagements.

Je note aussi que la lutte contre les discriminations est de nouveau discutée. Peut-être est-ce un signe que nous sommes enfin prêts à nous attaquer enfin aux causes plutôt qu’à traiter les symptômes. La question qui va se poser, finalement, est assez simple : avons-nous pris conscience qu’édicter des réformes sans vérifier leur concrétisation ne menait à rien ? Pour nous, le travail commence véritablement maintenant !

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