Eau

Eaux pluviales : gestion intégrée contre culture du tuyau

| Mis à jour le 03/06/2016
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Rain on umbrella

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La gestion intégrée de l’eau de pluie permet d’embellir la ville et de mieux gérer la canicule ou les inondations. Il faut cependant garder en tête qu'il est difficile d’introduire l’infiltration à la parcelle si elle n’a pas été prévue en amont des projets de voirie et de construction de bâtiments.

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Quelle gestion des eaux pluviales ?

Le chiffre est connu et répété à l’envi : l’artificialisation des sols est telle que, tous les sept ans, la France perd en espaces naturels l’équivalent de la surface d’un département. En cause, l’urbanisation galopante, mais aussi une fâcheuse tendance à déployer, dans le moindre recoin de zone urbaine, commerciale ou industrielle, des aménagements et des revêtements qui ne permettent plus à l’eau de s’infiltrer. Tout le monde s’accorde à dire qu’il est temps de faire marche arrière, l’imperméabilisation cumulant tous les défauts.

Risques de pollution

En entraînant les eaux pluviales vers l’aval, le ruissellement permanent empêche d’abord les nappes de se régénérer. Ensuite, il dégrade la qualité des rivières et des espaces naturels puisque plus l’eau reste en surface, plus elle a le temps de se charger en polluants.

« On pense spontanément aux hydrocarbures, mais il y en a d’autres, insiste Laurent Roy, directeur général de l’agence de l’eau Rhône – Méditerranée et Corse (RMC) : les matières en suspension, comme les fines qui colmatent les milieux naturels, la pollution bactériologique, qui fait que les plages sont parfois impropres à la baignade après un épisode pluvieux (polluants microbiologiques, déjections canines, etc.) ou les macrodéchets, tels les sacs plastiques. »

L’imperméabilisation perturbe, par ailleurs, le fonctionnement des stations d’épuration se retrouvant à gérer des flux qui n’ont rien à y faire. Enfin, elle contribue à l’érosion des sols et à l’aggravation des inondations.

 

« Retour aux fondamentaux »

C’est cette problématique qui a convaincu le bassin de Douai (Nord) de miser sur « un retour aux fondamentaux, avec des solutions d’infiltration qui reviennent sur des lieux qu’elles n’auraient jamais dû quitter », dixit Jean-Paul Fontaine, vice-président chargé de l’eau, de l’assainissement et de l’hydraulique de la communauté d’agglomération du Douaisis (35 communes, 152 300 hab.).

A la fin des années 80 et au début des années 90, le territoire subit une succession de coulées de boues et d’inondations qui laisse des traces.
Vingt-cinq ans plus tard, les techniques alternatives de gestion de l’eau s’y sont généralisées. « Cela demande un fort portage politique, une formation des techniciens et davantage de pédagogie vis-à-vis de la population », prévient l’élu, insistant sur la nécessité d’un travail transversal (voirie, assainissement, espaces verts, etc.).

Dans le Douaisis, les particuliers porteurs d’un projet d’assainissement sont accompagnés techniquement et soutenus financièrement dès lors qu’ils déconnectent leur habitation du réseau d’eaux pluviales au profit de l’infiltration à la parcelle. Plus au sud, c’est cette même logique qui a poussé le Grand Lyon à se doter de groupes de travail sur « la ville perméable ».

 

Une gestion intégrée dans les projets d’aménagement

S’il est rare, pour ne pas dire exceptionnel, de voir émerger des projets ayant pour unique objectif de redonner à l’eau sa place d’antan, la question des eaux pluviales peut, en revanche, être intégrée à tout projet global d’aménagement. Illustration aux Rousses (3 100 hab., Jura), où la rénovation d’un parking bitumé – verrue paysagère dans cette petite station touristique de moyenne montagne – intégrera la désimperméabilisation de 8 500 mètres carrés.

« On informe régulièrement aux habitants sur l’importance de retenir les eaux pluviales à la parcelle pour éviter que les réseaux soient engorgés. Nous nous devions de montrer l’exemple », justifie Jean-Pierre Cuinet, responsable des services techniques communaux.

 

Les solutions abondent

Les solutions ne manquent pas pour infiltrer l’eau : maximiser les espaces verts en ajoutant une fonction hydraulique aux espaces récréatifs, quitte à ce qu’ils soient temporairement en eau ; favoriser une végétation capable de la retenir au maximum pour éviter les écoulements ; choisir des revêtements poreux comme des graviers ou des dalles perforées, etc.

Bien entendu, chaque projet est particulier et les casse-têtes sont récurrents. Aux Rousses, impossible, par exemple, de poser un revêtement perméable : il aurait très vite été dégradé par le poids des engins de déneigement et par leurs étraves métalliques. Le choix s’est donc porté sur un enrobé classique et une noue intégrée au centre de la zone de stationnement. L’espace végétal absorbera l’eau après un ruissellement de quelques mètres ou dizaines de mètres.
A Vaulx-en-Velin, la métropole de Lyon (59 communes, 1,3 million d’hab.) a fait un choix à peu près équivalent pour mettre aux normes un parking de terre battue. En fond de parcelle, une noue longitudinale s’insère désormais dans le paysage urbain. Elle a été calibrée en prenant en compte les besoins des crues centennales et un dispositif de surverse vers le réseau a malgré tout été installé. Le rôle de la noue étant aussi de filtrer la pollution légère aux hydrocarbures (grâce à quelques plantes bien choisies), elle sera curée de manière régulière.

 

Trouver la technique adaptée

Pour trouver la technique la plus appropriée, le premier réflexe à avoir pour un maître d’ouvrage est de réaliser une étude de sol. Il peut arriver que l’infiltration soit délicate, par exemple si une nappe est peu profonde ou si un captage d’eau potable est proche. Leur qualité pourrait alors être affectée par la moindre pollution.

Si le sol est trop glaiseux, il faut aussi parfois se résoudre à amener l’eau un peu plus loin. Généralement, une noue se doit d’être plate et végétalisée pour retenir la pluie, mais elle peut aussi servir de canal d’amène jusqu’au réseau pluvial.

 

Bénéfices connexes

D’autres solutions de rétention sont de plus en plus prisées car elles présentent un intérêt indirect pour la biodiversité, le paysage ou la gestion des épisodes caniculaires : les jardins de pluie ou les parcs par exemple. Et quand, malgré l’ingéniosité des bureaux d’études, l’espace manque cruellement pour la moindre zone végétalisée, « les systèmes alvéolaires que l’on installe sous la chaussée peuvent au moins conserver l’eau temporairement avant de la restituer au réseau à débit régulier », décrit Géraldine Bedes, architecte à la direction de la voirie de la métropole lyonnaise.

Lutte contre les imperméabilisations massives

Le dernier enjeu est d’éviter de nouvelles imperméabilisations massives. Le code de l’environnement soumet les porteurs de projets de type lotisseurs à des procédures de déclaration ou d’autorisation.

En parallèle, les schémas directeurs d’aménagement et de gestion des eaux (Sdage) ont vocation à être traduits dans les documents d’urbanisme des collectivités.

Le Sdage 2016-2021, que l’agence de l’eau RMC publiera d’ici à la fin de l’année, invite à y intégrer des mesures privilégiant l’infiltration systématique et à compenser à 150 % les zones dont l’imperméabilisation n’aura pu être évitée.

« L’objectif est de donner la main aux collectivités. Il n’est pas question en revanche d’examiner chaque projet », rassure Laurent Roy. Pour les accompagner, l’agence est prête à mettre la main au porte-monnaie.

Après une série d’appels à projets, qui ont mobilisé 10 millions d’euros en 2013 et 20 millions en 2014, l’agence de l’eau RMC a ainsi systématisé le soutien à la désimperméabilisation à hauteur de 50 %.

 

L’œil de l’expert - Vincent Moncond’Huy, ingénieur hydraulicien chez Infra Services « Une forte plus-value environnementale et paysagère »

« Concentrer les eaux de ruissellement n’est jamais bon. Il est essentiel de stocker et d’infiltrer l’eau au plus près de là où elle tombe grâce à des espaces verts à ciel ouvert. On a trop tendance à dire que c’est impossible. C’est une idée reçue, y compris en zone dense où l’on peut s’appuyer, si besoin, sur des ouvrages sous voirie (massifs drainants, structures alvéolaires) et de stockage en toitures végétalisées ou terrasses. Et ce, sans espace spécifique de type bassin. Cette gestion intégrée apporte une forte plus-value environnementale et paysagère et elle ne coûte pas plus cher. Au contraire. La seule exigence est d’y réfléchir le plus en amont possible des projets. »

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