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Services publics

Territoires ruraux : « Ce sont les terminaisons nerveuses de l’Etat qu’il faut renforcer »

Publié le • Mis à jour le • Par • dans : France

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François Taulelle, professeur à l'université d'Albi © Université d

Pour le professeur à l’université Jean-François Champollion d’Albi, François Taulelle, l’innovation doit aussi permettre de maintenir les services publics dans les zones rurales et les banlieues où « le pacte républicain est malmené ».

 

En 2012 vous avez dirigé des travaux de recherche sur les adaptations des services publics dans les territoires ruraux, qu’avez-vous constaté ?

Nous avons souhaité analyser quel était l’impact de la réforme générale des politiques publiques (RGPP) sur ces territoires. Nous avons travaillé à l’échelle des pays, dans la région Midi-Pyrénées, et avons choisi des services régaliens : La Poste, la gendarmerie, l’école et la santé. Nous avons constaté que les modes opératoires sont très différents d’un service à l’autre. Les décisions nationales sont comme des oukases qui se déclinent en cascade et ont un impact au niveau le plus fin des services, dans les territoires. Ensuite, dans certains cas, comme La Poste, il y a des démarches négociées avec des élus locaux. Alors que pour la gendarmerie, c’est le culte du secret.

Globalement, qu’en ressort-il ?

Ce qui nous a frappé, c’est le délaissement. Il y a un sentiment d’abandon, une certaine aigreur. L’impression que tous les services publics partent. Il faut en tenir compte parce que c’est l’expression d’une citoyenneté. Ces territoires sont les terminaisons nerveuses de l’Etat et ces réactions témoignent que le pacte républicain est malmené. A une époque où l’innovation est mise au service de la compétitivité, nous pensons que les innovations d’avenir sont aussi pertinentes pour le maintien ou le renforcement des services publics, que ce soit dans les banlieues ou les zones rurales.

Le contexte économique contraint pèse sur les choix politiques…

Mais ce sont des choix politiques. Notre positionnement n’est pas dans le « mainstream ». Même si l’égalité des territoires est un concept qui a été remis au goût du jour ces dernières années, nous sortons d’une longue période où le maître-mot est la compétitivité des territoires, l’excellence (comme dans les pôles d’excellence), c’est le stress permanent de la concurrence. Et nous ne sommes pas tout à fait sortis de cette période. Nous sommes dans un contexte qui ne plaide pas pour l’égalité dans les services publics. Pourtant, nous pensons que tout cela a un vrai sens, un impact réel en termes de citoyenneté.

Mais cela reste difficile à mesurer…

Il faut regarder de près, cela nécessite des études fines. Tout ne peut pas être mesuré à travers des chiffres « macro » pour calculer le coût en fonction de la densité. Le taux d’équipement des écoles pour 10.000 habitants dans le Tarn, par exemple, est très élevé. Mais le temps mis par les élèves pur se rendre dans ces écoles est très élevé. Si l’on réduisait leur nombre, on éloignerait des populations des écoles. C’est une marqueterie de situations, dont un des effets est l’attractivité. Réfléchir à cela, c’est faire preuve de prospective.

La Poste à Varages

La Poste de Varages (Var, 1137 hab.) Flickr CC by nd Marc Veraart

Comment la création des maisons de services aux publics, installées dans des bureaux de poste, par exemple, ou l’utilisation du numérique, s’inscrivent-elles dans ces mutations ?

Cela ne me surprend pas que ces initiatives existent avec La Poste, c’est le service public qui s’est le mieux adapté aux territoires. Pour les collectivités locales ce sont des facteurs d’attractivité. En revanche, il ne faut pas tout attendre de la mobilité des individus, il y a souvent des usagers captifs. Quant aux relais numériques, cela fonctionne quand ce n’est pas déshumanisé, là où il y a des gens pour guider les usagers. S’il n’a que des bornes automatiques, ça ne marche pas vraiment bien. Ces relais des services publics fonctionnent à partir du moment où il y a une présence humaine, avec des gens à l’accueil, car ils jouent aussi un rôle de lien social. Cela va également dépendre du type de partenaires. Il ne faut pas que cela soit une charge pour le local. L’État a tendance à attendre beaucoup du local. Mais il faut un cadre national. L’État ne peut pas abandonner les services publics en pensant que les collectivités territoriales, avec des fonds Leader (fonds européens, ndlr), arrivent à se débrouiller. L’idée, c’est que ces relais de services ne soient pas que du bricolage, pour cela il faut une nécessaire présence de l’État.

A lire aussi L’innovation territoriale, une porte de sortie pour des collectivités en crise ?

Quel rôle jouent les collectivités locales ?

Les collectivités sont très engagées dans ces services publics. Elles investissent pour les gendarmeries ou la présence de médecins. Cela suscite des débats, on se demande si c’est à la collectivité de financer des professions libérales. Mais ce sont des éléments stratégiques pour l’attractivité des territoires, comme le nombre d’enfants pour le maintien des écoles. Cependant, on ne peut pas se contenter de dire : que les collectivités se débrouillent. Pour nous, il faut que des analyses fines prennent en compte le fait rural, comme d’autres parlent du fait métropolitain. Ce n’est pas parce que la densité est faible que la question des services publics ne se pose pas.

Références

« Le délaissement du territoire. Quelles adaptations des services publics dans les territoires ruraux ? », Sciences de la société n°86, 2012.

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  1. 1. lambda 19/11/2015, 15h01

    Tout à fait d'accord, comment réinerver les territoires délaissés pour garantir de l'équité devant le service public par le soutien à l'innovation sociale. A rapprocher de la preservation des associations du secteur intermédiaire qui sont fortement menacées avec des pertes d'emploi et de fonctions dramatiques pour le lien social. En particulier dans les quartiers défavorisés, urbains ou ruraux.

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