En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X

Club RH

1

Commentaire

Réagir

Entretien avec Nathalie Loiseau, directrice de l’Ecole nationale d’administration

« Il est indispensable de réfléchir à des parcours qui laissent la place aux potentiels »

Publié le • Mis à jour le • Par • dans : A la une, A la Une RH, France, Toute l'actu RH

1

Commentaire

Réagir

Nathalie-Loizeau-ENA-UNE © ENA

A l'occasion des 70 ans de l'ENA, Nathalie Loiseau, la responsable de l'institution, fait état des changements et des évolutions qui permettent d'améliorer la scolarité, de diversifier les profils et d'accroître la parité au sein de la haute-fonction publique.

 

L’Ena a été créée en octobre 1945. Comment célébrez-vous ses 70 ans ?

Les élèves ont pour mission, en stage Territoires, de faire connaître l’école et la fonction publique dans les collèges et lycées. Les anciens vont dans les instituts d’études politiques et universités. Nous avons fait le choix d’activités autres que celles où l’on nous attend : une cause humanitaire, celle d’enfants atteints de cancers, une représentation des Justes, la pièce d’Albert Camus, inspirée des attentats de janvier, ou un spectacle grand public sur les origines de l’école dans le contexte de 1945. Ces initiatives font connaître l’Ena à d’autres publics. Enfin, deux colloques clôturent cet anniversaire, le 24 novembre à Paris sur les parcours professionnels des anciens élèves et le 10  décembre à Strasbourg sur la simplification de l’action publique.

Quelles relations entretenez-vous avec l’Inet ?

Elles sont renforcées par la réforme mise en œuvre en janvier 2016. Un rapprochement plus important des enseignements est en marche. Le nombre de cours communs augmente. Quand il est impossible de réunir les élèves, nous veillons à ce qu’ils reçoivent un enseignement semblable sur les domaines d’intérêt commun. En stage sur un même territoire, ils réalisent des travaux communs. Nous avons travaillé en bonne intelligence sur de bonnes pratiques. La mobilité fonctionne ensuite dans les deux sens avec d’anciens élèves de l’Ena aujourd’hui directeurs généraux de collectivités et des administrateurs territoriaux dans des ministères. J’en croise de plus en plus. C’est l’avenir, d’où la nécessité de culture commune.

La réforme de la scolarité apporte-t-elle d’autres changements ?

Le management public et la conduite de projets, d’équipes et de changements marqueront la scolarité réformée, de même que la révolution numérique dans les pratiques d’un Etat régulateur et dans la nouvelle économie. Nous mettons aussi l’accent sur l’éthique et la déontologie, aux enjeux de plus en plus complexes, où compter seulement sur le bon vouloir de hauts fonctionnaires sans leur donner des outils n’est pas raisonnable. Enfin, nous dégagerons du temps chaque semaine pour que chaque élève ait une forme d’engagement, de préférence auprès des plus démunis.

La parité paraît atteinte dans les récentes promotions. Comment avez-vous fait ?

La dernière promotion de l’Ena comprend 45 % de femmes, pour 40 % de candidates cette année-là. Cela montre que le concours ne crée pas de distorsion. Le pourcentage de femmes a augmenté avec les épreuves écrites anonymes. Le risque de discrimination est plus important à l’oral. Mais l’on n’a pas assez de candidates. 40 % de femmes au concours, c’est un sujet en soi. Le vivier est plus restreint. Les femmes s’autocensurent. Nous travaillons à faire connaître les métiers de la haute fonction publique, qui reste la grande muette. Ceux qui sont visibles ont une allure masculine, celui de préfet notamment. Il y a un gros travail que l’école tente de faire mais ne peut mener seule. Si l’on veut plus de diversité, il faudrait qu’elle soit systématique et porté par le ministère de la fonction publique. Car pour accéder à l’Ena, il faut savoir que l’école existe et comment on y accède.

Avec ces avancées à l’Ena, la place des femmes progresse-t-elle dans la haute administration ?

La loi Sauvadet impose davantage de femmes dans les nouvelles nominations. Nous avons d’ailleurs un an d’avance. Mais cela ne concerne que les flux, pas les stocks. L’effet sera plus sensible quand les baby-boomers seront partis à la retraite. Car parmi les hauts fonctionnaires plus âgés, il y a une proportion écrasante d’hommes. Nous entretenons des viviers de femmes susceptibles d’être recrutés. Nous travaillons aussi à l’identification et à l’accompagnement des talents masculins ou féminins. Mais nous identifions ces hauts potentiels entre 28 et 33 ans, ce qui est plus inégalitaire pour les femmes car cet âge, qui est celui des cabinets ministériels, est aussi celui des maternités. C’est une vraie discrimination. Et si l’on accélère les carrières, comment les gérer ensuite ? Difficile d’imaginer que l’on devient senior à 40 ans. Il paraît indispensable de réfléchir à des parcours pas forcément linéaires, pas forcément formatés, qui laissent la place à des potentiels, sur des critères qui ne correspondent pas forcément à ce qui s’est fait depuis des décennies. Il serait possible de donner des responsabilités à des personnes plus tardivement et d’envisager des parties de carrière où l’on progresse en responsabilités et d’autres où l’on évolue en plateau.

Que voulez-vous dire ?

L’évolution des compétences attendues amène à repenser les parcours professionnels. C’est indispensable. La conciliation de la vie professionnelle avec la vie personnelle ne se pose pas seulement par rapport aux femmes. Nous devons aussi tenir compte des familles monoparentales et des enfants en garde alternée. Les employeurs ne peuvent plus plaquer un schéma ancien sur les personnes qu’ils recrutent. Les projets parentaux sont plus larges. Il y a aussi les parents dépendants à prendre en charge. Il faut repenser tout cela pour avoir des cadres créatifs et innovants, ce que l’on attend d’eux aujourd’hui. La fonction du grand serviteur de l’Etat qui en a fait un sacerdoce, ce qui suppose que son épouse s’occupe de la vie familiale et se satisfait de ne pas le voir beaucoup, n’est pas durable. Les hauts fonctionnaires ne sont pas des prêtres. Passer 15 heures par jour à son bureau, ce qui était une norme d’excellence, ne l’est plus. Les générations actuelles ne sont pas prêtes à cela. Aujourd’hui, ce qui compte aussi, c’est leur capacité à s’oxygéner et à penser différemment.

Comment se présente la future promotion ?

Le concours a été organisé dans un nouveau format avec des épreuves revisitées. Le troisième concours apporte une vraie diversité de profils avec des parcours très riches. Les externes ont souvent une ouverture sur l’international, avec des stages à l’étranger. Ce ne sont plus des candidats qui n’ont connu que des livres. L’entretien avec le jury, qui n’est plus un grand oral comme on l’entendait auparavant, permet de déceler des personnalités très riches. Ils ont déjà une forme d’expérience, ont vécu beaucoup de choses. Nombre d’entre eux ont un engagement associatif et citoyen. Cela nous a guidé dans la réforme de la scolarité.

Une proposition de loi visant à supprimer l’Ena a été déposée mi octobre par le député (UDIMichel Zumkeller. Comment réagissez-vous face à cette nouvelle remise en cause ?

Ceux qui critiquent l’Ena ne connaissent pas l’école. Contrairement aux idées reçues, seuls 1 % des élèves font de la politique au niveau national et seuls 5 % effectuent une carrière dans le secteur privé. Les affirmations contraires desservent la compréhension de cette école en mouvement et à vocation républicaine. Elle répond au besoin d’emplois publics et de changement, ce qui l’oblige à avoir constamment un coup d’avance. Quand on forme les futurs responsables de l’action publique, il faut leur donner une vision des transformations auxquelles ils vont participer.

Haut de page

1

Commentaire

Réagir
Publicité
Publicité

Télécharger
l'appli!

En savoir plus

Formations d’experts

1 Commentaire

Ajouter un commentaire
  1. 1. Chérel Paul - pas de pseudo 14/11/2015, 09h58

    Le dernier paragraphe de l'article est assez amusant. Que deviennent les 94% autres ?Sont-ils aptes à prendre des responsabilités dans les domaines techniques, économiques, scientifiques requis dans la vie moderne ? Paul Chérel

  1. Ajouter un commentaire

      Votre e-mail ne sera pas visible

    Conformément à la loi "Informatique et libertés" du 6 janvier 1978, vous pouvez accéder aux informations vous concernant, les rectifier ou vous opposer à leur traitement et à leur transmission éventuelle à des tiers en écrivant à : Groupe Moniteur - 17, rue d'Uzès 75018 Paris cedex 02 ou en cliquant ici.