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L’innovation publique, une fausse évidence

Publié le • Mis à jour le • Par • dans : France, Toute l'actu RH

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innovation © Flick CC by Missy Schmidt

A Paris et dans les territoires, l’administration a exposé ses savoir-faire dans le cadre de la semaine de l’innovation publique, un sujet sur lequel l’administration se cherche encore.

 

Qu’un temps soit consacré à une cause n’est pas toujours bon signe, à l’image de la journée de la femme et autre journée des droits de l’homme. La semaine de l’innovation publique ne semble pas échapper à la règle : comme l’a illustré avec humour ce tweet du gouvernement, administration est rarement synonyme d’innovation dans l’esprit des citoyens. Ce constat l’a motivé à organiser une seconde édition de la manifestation, du 12 au 18 octobre, à Paris et dans toute la France.

Le cliché cache une réalité plus nuancée, aux contours parfois flous, et traversée de paradoxes. Les différents événements, voire le concept de semaine de l’innovation publique, le reflétaient.

La moindre des contradictions n’est pas que le secteur public passe son temps à innover, sans que cela marque les esprits. Si l’on s’en tient à la définition de l’innovation -”Introduire quelque chose de nouveau pour remplacer quelque chose d’ancien dans un domaine quelconque”, selon le Larousse, l’innovation est même la condition sine qua non de l’évolution de l’Etat et des collectivités locales.

Mais l’action publique est aussi composée d’une nécessaire inertie. “Heureusement qu’il y a de l’inertie quand le FN arrive au pouvoir !”, s’est exclamé un fonctionnaire lors d’une des animations. De plus, face au risque d’innover pour innover, en se jetant sur la première nouveauté vendue, cette inertie a la vertu de la prudence et de la modération. Le public semble retenir la résistance plutôt que le changement, de cet équilibre entre les deux pôles.

A lire aussi L’innovation départementale au rapport : un plaidoyer pro domo

Subie ? Souhaitée ?

La question primordiale du sens reste aussi encore trop souvent absente des débats, comme l’a relevé Stéphane Vincent, directeur de la 27ème Région,  un laboratoire dédié à la transformation des politiques publiques : “Pourquoi innove-t-on ? Pour s’adapter à ce qui est décidé en haut ? Ou pour changer les choses ?” La seconde réponse est souhaitable mais le contexte financier difficile aboutit aussi, parfois, à ce que cette innovation soit davantage subie, voire s’apparente à un cache-misère. EmploiStore l’illustre : ce site vise à aider les chercheurs d’emploi, encore faut-il qu’il y ait assez d’offres en France correspondant à toutes les demandes.

Le débat organisé par la 27ème région explorait une condition de l’innovation publique : Des formations ou déformation à l’innovation publique ? Si on observe une injonction à innover, les formations sont quasi inexistantes, les bonnes pratiques encore morcelées. La réaction d’un agent lors de la présentation de “l’Ecole de la Modernisation de l’Etat” (EME) du SGMAP et de l’IGPDE (Institut de la gestion publique et du développement économique) l’a montré : “Je ne savais pas que vous existiez !” L’initiative a pourtant été lancée en 2011, et l’intervenant était en démarche active de formation depuis longtemps.

La tentation du privé

L’innovation publique est aussi ambiguë dans le rapport qu’elle entretient au privé. D’un côté, on note un appel à dépasser les clivages entre les deux secteurs. Les emprunts de vocabulaire au privé en sont le signe, à l’image du concept de “start-up d’Etat”, auquel était consacré une session. Plusieurs participants au débat consacré à la formation ont aussi clairement exprimé leur souhait que, non seulement personnels du privé et du public soient formés ensemble, mais encore qu’ils travaillent de façon indifférenciée sur des objets privés ou publics.

D’un autre côté, avec une telle approche, « quelle est la spécificité du service public », s’est interrogé un participant ? Ses objectifs diffèrent du privé, et il faut, estimait-il, conserver sa particularité qui est de servir l’intérêt général, dans un souci d’équité.

A lire aussi L’innovation territoriale, sur un fil d’équilibriste

Enfin, si la semaine de l’innovation publique vante “un mouvement de fond qui irrigue le secteur public”, il est plus juste de parler de certaines catégories d’agents dans l’administration : plutôt A +/A que C. Et même au sein des fonctionnaires motivés par ces questions, tous ne sont pas sur la même longueur d’onde. L’open lab consacré à la mise en place de l’écosystème numérique des territoires, un chantier du SGMAP, l’a montré. Avec des participants tous volontaires, on pouvait donc penser qu’ils avaient une bonne appréhension du sujet. Pourtant les échanges, parfois vifs, ont montré que tous n’en étaient pas au même stade :

- “Je ne comprends pas ce que vous dites !”, lance un monsieur.
- “On a tous compris la même chose en fait, on est tous d’accord !”, coupe, d’une antiphrase, son voisin. Rires de la salle.

Ou encore :

- “Nous allons converger vers une vision unique où tout le monde est d’accord”, annonce un des organisateurs de l’open lab.
- “Ou pas…”, répond la salle
- “Ou pas”, reprend-il en riant.

Qu’il est difficile d’innover, qu’il est difficile….

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  1. 1. Fred Maupin 27/10/2015, 15h19

    " quelle est la spécificité du service public », s’est interrogé un participant ? Ses objectifs diffèrent du privé, et il faut, estimait-il, conserver sa particularité qui est de servir l’intérêt général, dans un souci d’équité."

    Si j'ai bien suivi le mouvement des 10 dernières années d'innovation publique en Europe (avant que celui-ci ne nous atteigne) puis en France, il n'est en rien question de remettre en cause l'objet du SP et ses spécificités au regard du secteur privé mais son mode de production et son adaptation aux attentes / contraintes / besoins des usagers.

    Quant à la distinction entre A+ et C, sur le terrain, il suffit de discuter, de présenter, de travailler avec l'expertise de chacun pour que tout le monde se sente impliqué dans l'amélioration du service qui en général profite en outre aux agents traitants.

  2. 2. MaximeB 20/10/2015, 08h16

    Merci Sabine pour cette analyse. L'un des points clés est que cette dynamique d'innovation publique embarque les managers publics et les fonctionnaires (d'Etat et territoriaux). Voici quelques idées dans cet article : http://bluenove.com/blog/innovation-dans-le-secteur-public-6-virages-a-prendre-pour-une-administration-du-21e-siecle/

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