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Politiques culturelles

Financements privés de la culture : le donnant-donnant ne suffit pas-Frédéric Lafond

Publié le • Par • dans : France

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FREDERIC-LAFOND-une © Frédéric Lafond

De plus en plus de directeurs des affaires culturelles (DAC) sont confrontés à la difficulté de boucler les budgets nécessaires aux actions et institutions de leur collectivité. Certains n’hésitent plus à aller chercher des fonds privés. Mais pas à n’importe quel prix, comme l’explique Frédéric Lafond, président de la Fédération nationale des associations de DAC (FNADAC).

 

Comment abordez-vous la question des financements privés dans les politiques culturelles ?

Nous devons prendre acte d’un contexte nouveau. D’abord, la place de la culture dans l’économie française, avec près de 700 000 emplois directs et une contribution proche de 60 milliards d’euros dans le PIB [selon le rapport de l'IGAC et de l'IGF de décembre 2013 sur l'apport de la culture au PIB de la France, ndlr]. On peut donc dire que le soutien à la culture rapporte ; ensuite, les menaces qui pèsent sur le financement public de la culture, avec un affaiblissement de la légitimité de la dépense culturelle ; enfin, le développement des industries culturelles et de l’économie créative dans lesquelles le secteur privé et majoritaire et joue le rôle de développeur.

Les fonds privés pourraient-ils donc avoir un effet levier ?

Autant il faut affirmer la dimension économique de la culture, autant il ne faut pas la réduire à cette dimension. Argent public et argent privé ne sont pas porteurs du même sens. L’argent public signifie maintien de l’équité territoriale, prise de risque artistique, implication sur des terrains où ne vont guère les contributeurs privés : le champ social, l’éducation populaire etc. Les financements privés ne peuvent se concevoir que pour soutenir des politiques publiques fortes. On ne peut aborder envisager l’argent privé pour suppléer les baisses de crédits publics, parce que sinon, le partenariat est d’emblée inégal. Or le risque est réel, en raison du contexte qui fait que les collectivités se jettent parfois sur des opportunités de financement.

Comment concilier ce sens de l’argent public avec un soutien privé ?

Le simple donnant-donnant, qui prévaut trop souvent, ne suffit pas. Le partenariat entre acteurs publics et contributeurs privés n’a de sens que s’il est sincère, responsable et durable, s’il invite les donateurs à mobiliser leurs capacités d’innovation en direction d’expérimentations culturelles. Je crois aux formes locales de partenariat public-privé avec des contributeurs investis dans leur territoire. C’est la proximité qui est facteur de lien entre les partenaires. Un des partenaires ne doit pas être redevable à l’autre, mais les acteurs publics et les contributeurs privés doivent être redevables ensemble d’un nouveau projet. Ce qui veut dire qu’il faut se donner le temps de dialoguer pour déterminer ce que l’on fait ensemble. Plus que du partenariat, il s’agit de coopération. Le pire, c’est la stratégie du court terme. La difficulté vient du fait que le contexte budgétaire met les acteurs culturels la pression des contributeurs financiers.

Un exemple pour illustrer ce type de partenariat responsable ?

En 2013, le département du Doubs a racheté à un collectionneur japonais le Chêne de Flagey, le tableau de Courbet (image), aujourd’hui exposé au musée Courbet d’Ornans (1). Nous sommes allés chercher des entreprises concernées par la thématique du paysage, du rapport à la nature, par la terre natale du peintre, etc., pas forcément les plus riches. Les employés de ces entreprises, très enracinées dans le territoire, ce sont sentis concernés par ce projet, idem pour les particuliers qui ont adhérés fortement au projet.

Le Chêne de Flagey, Gustave Courbet (1864), musée d'Ornans, CC.0

Le Chêne de Flagey, Gustave Courbet (1864), musée d’Ornans, CC.0

On retrouve cette implication dans le financement participatif…

Oui, dans la mesure où le public s’implique dans la compréhension des processus de création artistique ou de conservation du patrimoine. Il peut même s’établir un lien direct entre le créateur et le donateur, en-dehors des institutions. Le financement participatif crée une communauté autour d’un projet. Reste à savoir s’il ne s’agit que d’une mode ou d’une démocratisation durable du financement de la culture.

Qu’est-ce qui n’est pas négociable ?

L’intérêt général, bien sûr, qui doit rester l’unique souci. Et le souci de conservation du patrimoine et de transmission des biens culturels communs. Il faut en tout cas une politique culturelle soutenue par le privé mais qui émane des pouvoirs publics.

Les directeurs des affaires culturelles (DAC) sont-ils prêts pour négocier ces partenariats que vous appelez de vos vœux ?

Nous avons encore beaucoup de travail à faire ! Nous devons prendre le temps de partager des bonnes pratiques et travailler avec nos collègues d’autres services des collectivités : le tourisme, le développement économique, les juristes etc. qui sont également concernés. Ce n’est pas une question de savoirs, mais de savoir-faire, que nous devons acquérir. Ces questions doivent évidemment être intégrées à la formation des DAC

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    Notes

    Note 01 - Pour l’acquisition du tableau, le Doubs a dû réunir 4 millions d’euros. La somme a été réunie avec les apports du département (300 000 euros), de la région (300 000 euros), la commune d’Ornans (42 000 euros), l’Etat (650 000 euros), une quarantaine d’entreprises mécènes (2,5 millions d’euros), des souscripteurs particuliers (265 000 euros). 11 000 euros complémentaires ont été apportés par sept autres collectivités ou EPCI du département (dont la mairie de Flagey) et la Chambre interdépartementale d’agriculture du Doubs et du Territoire de Belfort. - Retourner au texte

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  1. 1. CatherineJ 23/10/2015, 09h40

    Excellent article. Positionnement intéressant qui intègre une réflexion de fond et de sens entre deux parties trop souvent opposées le public et le privé. Acquérir de nouveaux savoirs faire (et savoir être) pour un développement culturel, touristique et économique d’un territoire.

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