Voirie

La transition énergétique prend la route

| Mis à jour le 06/09/2016
Par

Source : Technicites 
photo manège de fatigue 2

IFSTTAR

Les infrastructures routières ont aussi un rôle à jouer dans la transition énergétique. Au-delà des problématiques de transport, la route « durable » est au cœur de nouveaux programmes de recherche et d’appels à projets. À moyen terme, les métiers de la voirie seront transformés de façon tout aussi durable.

cet article fait partie du dossier

La route entame sa mue

Quand on pense « transition énergétique », on pense « nouvelles mobilités », « véhicules électriques », « transports doux », etc.  Mais on imagine plus rarement que la route soit concernée en tant qu’infrastructure.

Or, comme le dit Marc Tassone, le directeur général de l’Institut des routes, des rues et des infrastructures pour la mobilité (Idrrim), « les chaussées ne sont pas des objets morts » : non seulement elles consomment des ressources et de l’énergie pour leur aménagement, leur entretien et leur exploitation, mais elles constituent un réseau, au même titre qu’ERDF, par exemple. Et le réseau est au cœur des problématiques énergétiques (production, stockage, distribution). En partant de cette idée, les chercheurs ont commencé à réfléchir, il y a cinq ans environ, à de nouvelles générations d’infrastructures routières « tout-en-un », capables de faire circuler des personnes, des marchandises, des informations, et de l’énergie. Cette vision intégrée a fondé les bases de ce que l’on nomme la « route de 5e génération », ou « R5G ».

 

Appel à projets « Route du futur »

Les points identifiés pour améliorer l’efficacité énergétique de la « R5G » concernent principalement la route « automatisée », qui réalise l’auto-diagnostic de son usure, se dégivre toute seule, communique avec l’éclairage public et les équipements routiers ; la récupération de chaleur par les voiries pour alimenter des réseaux urbains ; la route productrice d’énergie, avec des panneaux solaires intégrés au revêtement ; la recharge électrique par induction, ou encore des modules de chaussée remplaçables en cas de dégradation. Sans oublier le recyclage des matériaux, les techniques de travaux économes en énergie, les matériaux dépolluants.

Certaines de ces innovations sont déjà testées in situ, mais la plupart sont en quête de démonstrateurs, et comptent sur l’engagement de collectivités pour réaliser des essais sur des portions conséquentes de chaussées. Pour accélérer le mouvement, en avril 2015 le ministère de l’Écologie a signé avec l’Idrrim, l’Union des syndicats de l’industrie routière française (USIRF) et la Fédération nationale des travaux publics (FNTP), une « convention d’engagement concernant les réseaux routiers innovants pour la transition énergétique », afin d’engager concrètement la filière dans cette voie. « Il s’agit de travailler ensemble sur la conception, la construction et l’exploitation des infrastructures routières pour prendre en compte les problématiques énergétiques et la préservation des ressources », résume Marc Tassone.

Dans ce cadre, un appel à projets « Route du futur » a été lancé le 13 juillet 2015 au titre des Investissements d’avenir. Opéré par l’Ademe, celui-ci permettra de réaliser des expérimentations portées par les différents acteurs du domaine routier. Il sera clos le 1er octobre 2016.

 

Mutation de la filière professionnelle

Ces innovations, on s’en doute, sont porteuses de changements importants pour les professionnels. L’usage de matériaux nouveaux ou la numérisation modifient déjà les métiers de la construction et de l’entretien. « D’une manière générale, on peut parler d’une montée en gamme de la gestion des routes avec l’utilisation des nouvelles technologies. On va vers plus de préventif, avec les données envoyées à distance par les capteurs pour suivre par exemple l’apparition de fissures ou de verglas », analyse Nicolas Hautière, qui pilote le programme « R5G » à l’Ifsttar (Institut français des sciences et technologies des transports, de l’aménagement et des réseaux).

À quoi il faudra ajouter de nouvelles compétences exigées par l’installation de matériel photovoltaïque ou d’induction électrique sur les chaussées. On est loin des savoir-faire traditionnels de la route et des voiries. Autre exemple : la conception de routes modulaires préfabriquées permettra de réaliser l’entretien des morceaux concernés en usine, et de les remplacer comme les pièces d’un puzzle. « La généralisation de tels procédés relève du long terme. Même s’il existe des niches, dans certaines zones à risque, qui pourraient s’équiper plus rapidement », tempère cependant Nicolas Hautière.

 

Métiers de la route

Une expertise renforcée, avec des personnes-ressources sur des techniques pointues : ce nouveau schéma s’appliquera aux métiers de la route au fil de la mise en œuvre de ces innovations. Avec, par contre-coup, un besoin accru de solidarité territoriale envers les petites collectivités, via la mutualisation des compétences et de nouveaux modes d’organisation pour que chacune accède au niveau d’expertise requis sur son territoire.

Autre évolution pour les spécialistes des chaussées : la nécessaire ouverture à d’autres filières professionnelles concernées par les mêmes problématiques. « Les enjeux de la transition énergétique sont transversaux et nécessitent des rapprochements entre métiers qui n’existaient pas toujours jusqu’ici », relève Stéphane Heinrich, responsable du pôle « Infrastructures publiques et réseaux » au CNFPT . Si les voiries communiquent avec l’éclairage, les professionnels des deux secteurs seront amenés à en faire autant : la segmentation des services devient moins pertinente, et la pluridisciplinarité s’impose. Un phénomène qui existe déjà, notamment dans les départements où certains métiers techniques requièrent de plus en plus de polyvalence.

 

Modes d’organisation et techniques d’intervention

Reste la question de l’automatisation croissante des tâches, qui ne manquera pas de soulever des questions. Qui dit route auto-dégivrante, réparable par morceaux, communiquant les informations à distance, dit moins d’interventions sur le terrain pour les agents chargés de la maintenance. « Les savoir-faire actuels en matière d’aménagement et de maintenance de la voirie seront mobilisés différemment. Les compétences des agents d’exploitation seront ainsi amenées à évoluer, peut-être vers de nouvelles modalités de relations avec les usagers, à l’image de ce qui s’est passé avec la dématérialisation des démarches administratives : celle-ci a permis de positionner des agents plus dans l’accompagnement qualitatif des usagers, et moins dans des procédures bureaucratiques », reconnaît Stéphane Heinrich.

On voit que, loin d’être des « objets morts », les routes ont un rôle majeur à jouer dans la transition énergétique. Pour les professionnels de la fonction publique territoriale, à supposer que les collectivités aient les moyens, y compris financiers, de mener à bien ces évolutions de fond, cela signifie une nouvelle révision des modes d’organisation et des techniques d’intervention. Une évolution à anticiper, tant du point de vue de la formation que des recrutements. Il se trouve que la moyenne d’âge des agents d’exploitation des voiries est de 46 ans, avec un fort taux de renouvellement et de reclassement – lié entre autres à la pénibilité. Peut-être une occasion à saisir pour repenser cette filière en amont, sans hâte ni précipitation ?

Dites-nous… Stéphane Heinrich

SH pro 5

Responsable du pôle « Infrastructures publiques et réseaux » à l’Inset de Montpellier (CNFPT)

Le pôle de compétence « Infrastructures publiques et réseaux » du CNFPT, implanté à l’Institut national spécialisé d’études territoriales (Inset) de Montpellier, conçoit notamment des formations à destination des agents territoriaux en charge de l’entretien des chaussées et de l’exploitation des infrastructures. À ce titre, il appuie les délégations régionales et les instituts nationaux du CNFPT dans l’accompagnement des collectivités pour aborder les enjeux liés à l’innovation ou à la transition énergétique dans la voirie. « La dernière enquête nationale du CNFPT recense 65 000 agents territoriaux dans les métiers des infrastructures à la fin 2012, dont 72 % sont agents d’entretien et d’exploitation de la voirie et des réseaux divers. L’évolution qualitative majeure dans les activités de ces métiers se caractérise par la priorité donnée à la maintenance sur les travaux neufs ». La prépondérance des interventions sur le patrimoine existant (un million de kilomètres de voiries gérés par les collectivités) s’explique à la fois par des raisons budgétaires et par l’évolution des besoins. « Les usages de la route se modifient avec les nouvelles mobilités, et cela transforme les métiers des professionnels ». Une évolution également liée à la transition énergétique et à la révolution numérique, qui s’est traduite en avril 2015 par une formation sur « les innovations dans les infrastructures de voirie » à l’Inset de Montpellier, avec des interventions de l’Idrrim et de l’Ifsttar. Le CNFPT organise aussi pour un département une formation spécifique destinée à certains agents d’exploitation, qui seront en charge de l’exploitation de routes devenant support du très haut débit dans les territoires peu denses. « Mais pour l’instant, nous ne constatons pas d’effet de masse dans les demandes de formation sur cette thématique précise. Il s’agit encore de demandes ponctuelles ». Des signaux faibles probablement annonciateurs d’un mouvement à venir, lorsque les collectivités auront franchi le pas de la « route du futur ».

 

Dossier
Commentaires

0  |  réagir

Ajouter un commentaire

Ce champ est obligatoire

Ce champ est obligatoire

Ce champ est obligatoire

Conformément à la loi "Informatique et libertés" du 6 janvier 1978, vous pouvez accéder aux informations vous concernant, les rectifier ou vous opposer à leur traitement et à leur transmission éventuelle à des tiers en écrivant à : Groupe Moniteur - Antony Parc 2, 10 place du Général de Gaulle, La Croix de Berny – BP 20156, 92 186 Antony Cedex ou en cliquant ici.

L'actu Technique

  • Les transports, premier chantier de la métropole Aix-Marseille-Provence

    Les élus de la métropole Aix-Marseille-Provence, créée en janvier 2016, voteront le 15 décembre prochain en faveur d’un agenda de la mobilité, chargé de régler les problèmes de congestion d’un vaste territoire où la voiture individuelle est reine. ...

  • Ambition d’universalité pour les « EcoQuartiers »

    Le label EcoQuartier se renouvelle en 2016 pour rallier davantage de collectivités et de projets. Avec un objectif de 500 labellisés pour les deux prochaines années, parviendra-t-il à garder son niveau d’exigence ? ...

  • Le BIM, un changement de paradigme pour les services

    Chacun sait désormais ce qu’est le BIM et ce qu’il peut apporter. Mais il nécessite de profonds changements dans les pratiques des services techniques, que ce soit au niveau de la conception, de la définition des travaux, du suivi des opérations ou encore de la ...

Offre découverte 30 jours gratuits !

dernières offres d’emploi

services

Thèmes abordés

Retrouvez tous nos produits sur La plateforme de mise en relation entre professionnels de la commande publique et fournisseurs

menu menu

Club Techni.Cités : l'information pour les techniciens de la FP