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Aménagement urbain

A gauche, le Grand Paris de l’immobilier inquiète

Publié le • Par • dans : Régions

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Grand Paris © Flickr CC by Luke Ma

Métropole du Grand Paris ou non, le marché de l'immobilier s'intéresse déjà au foncier disponible dans la proche couronne de la capitale. Lors d'une conférence organisée à Saint-Denis le 24 septembre, un président d'agglomération, un chercheur engagé et un militant se sont inquiétés des conséquences sociales que l'intérêt marqué des promoteurs pourrait provoquer, faute de régulation politique.

 

La métropole du Grand Paris est-elle vraiment en panne, ou du moins en deçà des espoirs placés en elle, comme semble le croire la ministre de la Décentralisation, Marylise Lebranchu ? Trois fois non, a estimé le chercheur Hacène Belmessous, jeudi 24 septembre au théâtre de la Belle étoile à Saint-Denis.

« La métropole est présentée seulement sous l’angle de la réforme politique. L’idée du Grand Paris serait donc au point mort. Mais il n’y a qu’à regarder l’activisme des promoteurs immobiliers pour se convaincre que c’est faux et que l’urbanisme capitaliste gagne du terrain de jour en jour » a fait valoir l’auteur du « Grand Paris du séparatisme social », lors d’une réunion organisée par les Amis du Monde Diplomatique.

En effet, de nombreux groupes de BTP français se sont mis à produire des idées en plus des villes qu’ils construisaient déjà. Que l’on parle de « Phosphore » développé par Eiffage, de « La fabrique de la cité » mise en place par Vinci ou bien encore du « Club Construction durable » porté par Bouygues Construction, on ne compte plus tous les cénacles de réflexion appartenant à ces multinationales faisant également de la promotion immobilière depuis quelques années.

A ce titre, Eiffage, Vinci et Bouygues ne se contentent pas de ces différents lobbys mais possèdent également un département Grand Paris. Rien de surprenant, selon Hacène Belmessous. « Estimant que les pouvoirs publics ne sont plus les garants du bien vivre-ensemble dans la cité, ils parient sur la mort prochaine de la ville pour tous. Les acteurs privés souhaitent prendre le relais des maires » prévoit-t-il, sur un ton volontairement alarmiste.

Privatisation de la ville

Un cri d’alerte qui ne sembla pas choquer outre-mesure le président (Fase, ex-PCF) de Plaine Commune, installé discrètement dans la salle. Et pour cause : « il y a quelques années, Vinci est venu présenter à notre communauté d’agglomération son projet de privatisation d’un quartier, a illustré Patrick Braouezec, très concrètement. Vu que la puissance publique n’a plus les moyens de construire puis de gérer une ville – et cela ne semble pas prêt de s’inverser –, ces groupes se proposent de devenir propriétaire du foncier disponible puis de financer et construire eux-mêmes les équipements publics et autres espaces verts . »

Alors que Hacène Belmessous l’interpellait sur les « importantes transformations urbaines et sociales qui pendent au nez de la Seine-Saint-Denis si la primauté des forces économiques sur le pouvoir politique venait à se confirmer dans le cadre du Grand Paris », celui qui est également vice-président de Paris Métropole dit, au contraire, entrevoir « beaucoup de capacité de résistance. » Selon Patrick Braouezec, les élus locaux peuvent effectivement « se doter d’outils permettant de maîtriser les prix du foncier afin que des familles modestes puissent continuer à se loger sur un territoire requalifié à proximité de Paris. »

A l’exemple du bilan des établissements publics fonciers locaux, des chartes anti-spéculation ou de la construction de logements à prix maîtrisés, « les mécanismes pour éviter que la gentrification se propage de l’autre côté du périphérique parisien existent. Mais, pour concrétiser ce droit à la ville, il faut des volontés politiques et donc des citoyens qui aiguillent leurs élus vers ce modèle de ville et de société » explique l’ancien maire de Saint-Denis. C’est lui qui a porté le développement de la friche désindustrialisée de La Plaine, dans les années 90, sur laquelle est désormais bâti, outre le Stade de France et de nombreux sièges sociaux, ce théâtre populaire.

Course à l’attractivité

Egalement présent dans un des fauteuils rouges de la Belle étoile, Jean-Baptiste Eyraud, le porte-parole du collectif du DAL, ne se résigne pas, lui non plus, au règne inéluctable du logement cher dénoncé plus tôt par ce chercheur. Toutefois, il demeure conscient que « les Coupes du monde, JO, expositions universelles et autres capitales culturelles alimentent autant les uns que les autres le processus d’épuration sociale ayant débuté à Paris à la fin des années 1980. »

Tous les trois craignent que la « course à l’attractivité » dans laquelle se sont lancés les acteurs économiques et politiques du Grand Paris ne fasse qu’accélérer la transformation des quartiers populaires en « enclaves de cadres », pour reprendre les mots de Hacène Belmessous. Se basant sur l’évolution des recensements de la population par structures sociales entre 1968 et 2012, il lie étroitement opérations d’aménagement et évolutions du peuplement.

« Quand on construit une gare du Grand Paris Express, il faut voir à quelle vitesse la valeur du foncier alentour explose, remarque l’auteur de Mixité sociale : une imposture. Une gare, ce n’est pas seulement une offre de mobilité de banlieue à banlieue offerte aux habitants, c’est aussi de l’habitat, des bureaux et des équipements publics. A l’heure où ils martèlent vouloir faire de la mixité  sociale, la question que tous les élus et techniciens devraient se poser, c’est : « pour qui construisent-ils la ville ? » »

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