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Santé

Les déserts médicaux gagnent les villes

Publié le • Par • dans : A la une, France

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grand_age_metier_sante_une © Phovoir

La désertification médicale ne touche pas que les zones rurales. Certaines banlieues ne sont pas épargnées et l’accès aux soins de premier recours devient un enjeu de la politique de la ville. Même Paris commence à manquer de généralistes de secteur 1.

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Cet article fait partie du dossier

Déserts médicaux, démographie médicale : les politiques publiques impuissantes

 

Le sénat entame le 14 septembre l’examen en première lecture du projet de loi de modernisation de notre système de santé. Le texte adopté par les députés le 14 avril a été totalement détricoté par la Commission des affaires sociales, mais en matière de démographie médicale, députés et sénateurs sont d’accord pour ne pas imposer de contraintes aux médecins (voir l’encadré). La loi de l’offre et de la demande va continuer de s’appliquer. Les collectivités en voie de désertification doivent donc jouer la carte de l’incitation. Et pas seulement dans les campagnes.

Les banlieues sont très touchées. Ironie de l’histoire, les dispensaires des ex-ceintures rouges ont fermé leurs portes les uns après les autres, mais, aujourd’hui, les centres de santé redeviennent l’avenir. Il y a un an, le 3 octobre 2014, lors du 54e congrès national des centres de santé, Myriam El Khomri, alors secrétaire d’État chargée de la politique de la ville, parlait même « d’avant-garde de la médecine de demain ». L’accès aux soins devient donc un enjeu direct de la politique de la ville qui, jusque-là, en matière de santé, s’impliquait seulement dans les ateliers santé ville. « J’attends des contrats de ville qu’ils permettent un meilleur ancrage territorial et une meilleure coordination des politiques de santé » ajoutait la secrétaire d’État.

25 centres de santé dans des quartiers politique de la ville

La convention d’objectifs entre l’État et la Caisse des dépôts et consignations 2014-2020 prévoit la possibilité pour cette dernière de cofinancer la partie investissement immobilier de projets de structures de premier recours. Cette mesure a été retenue par le comité interministériel pour l’égalité et la citoyenneté du 6 mars dernier et le Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET) et le ministère de la Santé en ont fait une priorité 2016-2017. A cette fin, le CGET a sélectionné 25 quartiers prioritaires en croisant la liste des quartiers prioritaires de la ville (issue du décret n° 2014-1750 du 30 décembre 2014) et la liste des 398 cantons établie dans le cadre de l’étude menée par le Pr Emmanuel Vigneron publiée fin 2014 sous le titre « Les centres de santé, une géographie rétroprospective ».

Vingt-cinq centres de santé implantés dans des quartiers prioritaires pourraient être soutenus s’ajoutant au 150 actuels, essentiellement municipaux. Du quartier des Brichères Ste Geneviève à Auxerre (Yonne) aux quartiers Ville nouvelle de Rillieux-la-Pape (Rhône), la liste en est publiée dans une instruction du 10 août de la direction générale de l’offre de soins qui a demandé aux 11 agences régionales de santé concernées de valider le choix. Elles doivent vérifier :

  • si les territoires identifiés sont bien déficitaires pour l’offre de soins de premier recours.
  • si un plan d’actions pour développer une offre de soins de proximité est déjà élaboré, comportant un projet d’implantation de structure de premier recours notamment un centre de santé.

Par la suite,  d’autres quartiers de la politique de la ville pourront, le cas échéant, être également sélectionnés s’ils sont identifiés comme déficitaires en matière d’offre de soins de premier recours et connaissent un projet d’implantation de centre de santé.

Les centres de santé semblent donc désormais avoir le vent en poupe. Par ailleurs les 1800 existants, dont un tiers de municipaux, retrouvent un peu de couleur financière grâce à l’accord national signé le 8 juillet avec l’assurance-maladie.

Paris va manquer de généralistes

Paris est atteinte de désertification… sélective. Ce qui s’explique en grande partie par le coût de l’immobilier. Car si la capitale n’a aucun souci du côté des spécialistes de secteur 2 (honoraires libres), en revanche, avec 9 généralistes secteur 1 (tarifs conventionnés, 23 euros la consultation) pour 10.000 habitants, elle est en-dessous de la moyenne nationale (9,7). Avec une moyenne de 7,6, les arrondissements du nord-est (18e, 19e, 20e) sont même classés zones déficitaires et fragiles par le schéma régional d’organisation des soins (Sros). Le conseil régional d’Ile-de-France y a d’ailleurs mis en place un dispositif d’aides à l’installation via les contrats régionaux d’exercice sanitaire (financement de travaux d’aménagement et/ou d’équipement jusqu’à 15 000 euros, sous conditions).

Et les projections sont sombres : les baby-boomers arrivent à la retraite et la moitié des généralistes vont retirer leur plaque dans les cinq ans à venir. En 2014, aucun jeune ne s’est installé dans la capitale !

Pour aller plus loin, consultez nos cartes

carte-medecins-article

Paris a décidé d’investir au total 3,3 millions d’euros au cours de cette mandature pour renforcer l’offre de soins avec trois volets d’intervention :

  • Moderniser les six centres de santé municipaux

Paris a officiellement renoncé à fermer ses centres de santé et a entamé un programme de modernisation des six qui lui restent et qui ont accueilli 35 500 patients en 2013. L’extension des horaires d’ouverture jusqu’à 19h en semaine a été généralisée avec recrutement de praticiens. La poursuite de ce programme va être soumise au prochain conseil.

  • Accompagner le développement de MSP

Six maisons de santé pluridisciplinaires fonctionnent actuellement sur Paris, et 13 sont en projet ou en développement. Dans la continuité de ce qui avait été initié sous la précédente mandature, le soutien aux projets de MSP s’effectue par une aide à l’identification de locaux, un soutien à l’investissement et un appui méthodologique. Le soutien en investissement pourrait éventuellement être complété dans le cadre d’un partenariat avec la Caisse des Dépôts qui a exprimé son intérêt pour un possible dispositif foncier.

Par ailleurs, des emprises ont été réservées au sein des grands programmes immobiliers tels que celui de la rue Castagnary dans le 15e ou du nouveau quartier des Batignolles dans le 17e afin d’installer une structure d’offre de soins sur chacun des sites (centre de santé ou maison de santé).

  • Aider l’implantation de petits cabinets de groupe

A côté de ces structures lourdes, la capitale a lancé au printemps «Paris Med’» un dispositif départemental plus réactif d’aide à l’installation de petits cabinets de groupe de trois professionnels de santé minimum, avec au moins un généraliste, tous en secteur 1.

« A notre demande, l’ARS a réalisé une cartographie intégrant beaucoup d’autres paramètres, notamment sur le niveau de vie des habitants, pour déterminer, au-delà du Sros, les quartiers d’intervention prioritaire où Paris Med’ sera mis en place », explique Bernard Jomier, adjoint à la maire de Paris chargé de la santé et du handicap. Ce qui a bousculé bien des idées reçues : des « beaux quartiers » comme Auteuil ou Grenelle y figurent !

Paris-Med va donc mobiliser des locaux de 100 à 150 m2 dans le parc foncier de la ville et des bailleurs sociaux. Si nécessaire, elle allouera à chaque praticien 15 000 euros pour les travaux. En contrepartie, les professionnels s’engagent contractuellement à exercer pendant trois ans en secteur 1 et à participer à la permanence des soins – il s’agit aussi de répondre à la demande de soins «non programmée» et de permettre un désengorgement des urgences hospitalières. Une vingtaine de lieux possibles ont déjà été identifiés et le premier cabinet « Paris Med’ » va ouvrir d’ici fin 2015, rue de Turenne, dans un immeuble de régie immobilière de la ville, avec deux pédiatres et un généraliste.

 

Les syndicats médicaux entrent en campagne

En matière de démographie médicale, la Commission des affaires sociales du sénat a retoqué, le 22 juillet, un amendement proposé par son homologue de l’aménagement du territoire et du développement durable dans un avis déposé le 15 juillet. Cet amendement préconisait le même dispositif pour les médecins que pour les infirmières libérales : aides à l’installation en zones très sous-dotées mais règle d’« une entrée pour un départ » dans les zones surdotées. « Il est temps d’arrêter de céder à la pression des médecins qui défendent à tout prix leur liberté d’installation, commentait le rapporteur, Jean-François Longeot, sénateur UDI du Doubs. Sacralisée, celle-ci n’est pas compatible avec l’aménagement du territoire, ni avec un financement socialisé ».
La commission des affaires sociales a finalement adopté un amendement au projet de loi de Santé (article 12 quater A) renvoyant (mollement !) la question aux négociations conventionnelles entre médecins et Sécurité sociale. Or, du côté des syndicats médicaux libéraux, on est entré dans une période de surenchère avant les élections aux unions régionales des professions de santé (URPS) du 12 octobre qui, justement, détermineront leur représentativité pour ces futures négociations prévues en 2016. En ordre dispersé, chacun fourbit ses dernières armes contre le projet de loi de et surtout la généralisation du tiers payant. Des grèves sont annoncées, les 3 et 5 octobre, accompagnées d’appel au « blocage sanitaire » et à « la désobéissance civile ». Leur priorité des prochains mois est ailleurs : la revalorisation des honoraires médicaux.

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  1. 1. Pad 15/09/2015, 10h18

    Effectivement, j'en fais actuellement la triste expérience. J'ai besoin d'un dentiste expert pour soigner des caries et je suis renvoyé de praticien en praticien avec pour dernière information que seules quatre adresses à Paris peuvent satisfaire alors que j'habite les Yvelines. Ce qui présage que même l'Ile-de-France n'est pas épargnée. Je plains ceux qui réside en territoire rural... Mieux vaut être en bonne santé.

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