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Solidarité

Les collectivités locales en ordre dispersé pour l’accueil des réfugiés

Publié le • Mis à jour le • Par • dans : A la une, France

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© D.R.

La photo choc du petit Aylan Kurdi a suscité depuis sa publication dans la presse européenne la mobilisation d’un certain nombre de communes, qui s’est amplifiée tout le week-end. Les élus locaux s’engagent plus ou moins fortement dans l’accueil de réfugiés, s’interrogeant sur la place à y prendre, aux côtés de l’Etat. Bernard Cazeneuve, le ministre de l’Intérieur, a nommé un coordinateur national chargé d'organiser l'accueil des migrants par les différentes villes et collectivités locales.

 

Jean-Pierre Raffarin avait lancé, le premier au mois de juin 2015, une proposition jugée iconoclaste par beaucoup : pour répondre à la crise des migrants, l’ancien Premier ministre avançait l’idée que les familles de réfugiés pourraient être logées dans les zones rurales où se pose un problème démographique.

« On ferait en sorte que l’étranger, au lieu de venir déranger, vienne sauver un territoire, participe à une dynamique. Si c’est à doses humainement acceptables par les uns et par les autres, l’intégration est globalement réussie », justifiait-t-il. La proposition avait troublé dans son parti, Les Républicains, et suscité finalement peu de suites.

Il est va tout autrement depuis la publication de la photo du petit Aylan Kurdi jeudi 3 septembre à la une de nombreux médias européens. Dans la foulée, les élus socialistes ont été les plus prompts à lancer des appels à la mobilisation des communes. Le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis a lancé me même jour un appel à la « constitution d’un réseau de villes solidaires » qui s’engageraient à accueillir des réfugiés.

Dans un communiqué signé également par Pierre Cohen, le président de la Fédération nationale des élus socialistes et républicains (Fnesr), le responsable PS appelle « l’ensemble des élus locaux socialistes et apparentés à prendre leur part, aux côtés des villes qui s’y sont déjà engagées, dans une grande mobilisation pour les réfugiés, afin de structurer un réseau de villes solidaires prêtes à s’engager à accueillir des familles sur leur territoire ».

Le même jour, 11 maires de communes situées au sud de Toulouse ont publié un appel intitulé « Nous sommes prêts à accueillir ». Les maires concernés sont socialistes, divers gauche ou divers droite. Ils dirigent les communes de Saubens, Labarthe-sur-Lèze, Pins-Justaret, Roques-sur-Garonne, Pinsaguel, Eaunes, Villate, Ramonville, Roquettes, Lagardelle-sur-Lèze et Portet-sur-Garonne.

Vendredi 4 septembre, le président de l’Assemblée nationale, et candidat aux élections régionales de décembre, a estimé pour sa part que les collectivités doivent « prendre leur part » pour aider les migrants. Elles doivent « agir, s’engager et réaliser des plans d’accueil, de soins, d’orientation, d’accompagnement des réfugiés », a-t-il ajouté, promettant de faire de la région Ile-de-France un « fer de lance » en ce sens s’il est élu en décembre.

La maire de Paris a plaidé, elle, que « toutes les métropoles en France doivent prendre leur part dans l’accueil des réfugiés présents sur notre sol. Le plan qui est en train de se mettre en place en Europe pour répartir les migrants doit avoir son équivalent au niveau national », a affirmé vendredi Anne Hidalgo.

Les régions normandes ont annoncé, vendredi également, qu’elles s’apprêtaient à débloquer 50.000 euros en faveur des associations oeuvrant pour l’accueil des réfugiés tandis que la ville de Rouen veut être « une terre d’accueil de réfugiés ». « Devant l’urgence, nous déclarons Haute et Basse- Normandie régions solidaires », ont indiqué dans un communiqué leurs présidents socialistes respectifs Nicolas Mayer-Rossignol et Laurent Beauvais. « Dès ce jour, nous écrivons aux principales collectivités normandes afin de les inviter à rejoindre notre initiative », ont-ils ajouté.

De son côté le maire PS de Rouen Yvon Robert a associé sa ville au réseau de villes solidaires qui se constitue en France.

En Ile-de-France, François Pupponi, le maire (PS) de Sarcelles, a annoncé que la ville voulait ouvrir un centre d’accueil de réfugiés. La commune du Val-d’Oise, qui abrite la plus grosse communauté assyro-chaldéenne de France, se flatte d’avoir devancé d’un an l’appel du premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis.

Sarcelles accueille, depuis fin août 2014, entre 100 et 150 réfugiés chrétiens d’Irak, pour la plupart hébergés par des familles d’accueil – une condition pour pouvoir entrer légalement sur le territoire français puis obtenir le statut de réfugiés.

Environ un tiers d’entre eux a trouvé à se loger grâce à un accord conclu avec le bailleur social Osica (groupe SNI) pour leur réserver certains logements dans le cadre de « baux glissants »: l’association France Terre d’Asile prend en charge les premiers mois de loyer et passe le relais aux familles une fois celles-ci autonomes financièrement.

Quelle organisation pour l’accueil ?

« Accueillir des réfugiés demande de l’organisation, cela nécessite un vrai plan national », estime le député-maire de Sarcelles, qui salue les annonces gouvernementales sur le sujet. « Il faut qu’on soit solidaire, c’est évident, mais là, on le fait sans le dire, en bricolant, c’est très empirique, très désorganisé », ajoute-t-il.

D’autant que François Hollande a annoncé, lundi 7 septembre, que la France accueillerait 24 000 réfugiés sur les deux ans à venir.

Un chiffre jugé « modéré et acceptable » par Alain Juppé, le maire (LR) de Bordeaux. « J’apprends le chiffre de 24.00 réfugiés, il paraît modéré et acceptable », a-t-il dit au sortir de sa conférence de rentrée en qualité de président de la métropole bordelaise, donnée au même moment que celle du président de la République, et au cours de laquelle il a assuré que les communes de la métropole bordelaise « doivent participer à cet effort de solidarité ».

« Maintenant, il faut voir comment ils se répartissent entre les communes. Il faut aussi mettre en place un système de longue durée pour examiner la validité de la demande d’asile de ces personnes, car aujourd’hui 75% de ces demandes sont déboutées. Pour les autres, il faut trouver des solutions stables. Est-ce que c’est des centres d’accueil, un relogement définitif ? C’est un problème très lourd et qui est devant nous pour de long mois », a estimé M. Juppé.

Nomination d’un coordinateur national

En réponse à ces questions qui se généralisent, Bernard Cazeneuve, le ministre de l’Intérieur, a annoncé lundi 7 septembre la nomination du préfet Kléber Arhoul comme coordinateur national, « afin de faciliter le dialogue ». Il sera « l’interlocuteur de référence des élus ».

Il aura notamment pour mission de préparer la rencontre proposée par Bernard Cazeneuve dans un courrier aux maires de France. Cette rencontre se déroulera le 12 septembre à 11h00 au ministère de l’Intérieur (1).

Le ministre de l’Intérieur a évoqué les villes de Paris, Bordeaux, Pau, Villeurbanne, Avignon, Poitiers, Besançon, Évry, Rouen, Strasbourg, Metz et Lille dans son discours. Le maire de Bordeaux, Alain Juppé (Les Républicains), et celui de Pau, François Bayrou (MoDem), devraient notamment être présents à la réunion, selon l’entourage du ministre.

Moyens administratifs et budgétaires

Saluant les « nombreuses initiatives » qui se manifestent depuis quelques jours « de la part de maires de toutes sensibilités », M. Cazeneuve a estimé que « ces bonnes volontés doivent être accompagnées par l’État ». Il a assuré que « les moyens administratifs et budgétaires nécessaires pour relever le défi humanitaire qui se présente à notre pays, et plus largement à l’Union européenne » seraient dégagés.

M. Cazeneuve a par ailleurs précisé quelques points sur le dispositif d’accueil de réfugiés dévoilé dans la matinée par le président François Hollande, notamment sur le millier de réfugiés que la France est prête à accueillir dans les semaines à venir « pour soulager les efforts de l’Allemagne ».

Cet accueil se fera « sur une base strictement volontaire », et « nous sommes convenus que les réfugiés seraient uniquement des Syriens, Irakiens et Érythréens, c’est-à-dire des personnes en urgent besoin de protection », a-t-il affirmé.

« Dès ce (lundi) matin, des équipes de l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) et de l’Ofii (Office français de l’immigration et de l’intégration) accompagnées d’interprètes se sont rendues près de Munich » (sud de l’Allemagne), à la frontière pour identifier, « en lien avec les autorités allemandes », les personnes « en besoin manifeste de protection » que la France accueillera.

Ces réfugiés seront orientés « dans les prochains jours » vers « une dizaine de centres provisoires en Ile-de-France ou à proximité », où ils resteront « quelques semaines, le temps que leurs demandes d’asile soient instruites par l’Ofpra », a-t-il ajouté.

Mais, « dès que le statut de réfugié leur aura été reconnu (…) des offres de relogement sur le territoire national, en lien avec les communes volontaires, pourront être effectuées », a-t-il précisé.

Réflexions en cours pour les associations d’élus

Si des maires, sur l’ensemble de l’échiquier politique, ont pris position pour l’accueil de réfugiés, les associations d’élus sont plus lentes à se positionner.

Dans la journée de lundi, l’AMGVF a adressé un communiqué dans lequel elle annonce une « réunion de crise des maires de grandes villes » pour mercredi 9 septembre.

« Jean-Luc Moudenc, président de l’Association des Maires de Grandes Villes de France (AMGVF), maire (LR) de Toulouse, président de Toulouse Métropole, convoque, mercredi 9 septembre à 14 heures à l’Assemblée Nationale, une réunion extraordinaire de l’AMGVF sur la crise migratoire que traverse la France et plus généralement l’Europe », précise le communiqué, qui souligne que ce bureau élargi de l’association « est composé de toutes les tendances politiques, fait suite au courrier du ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, aux maires de France les invitant à prendre part dans l’accueil des réfugiés.

« L’émotion que soulèvent les récents événements est partagée par l’ensemble de mes collègues élus locaux de gauche comme de droite. Il nous faut réagir en décideurs, garants du vivre ensemble dans nos grandes villes. La situation est trop grave pour s’en tenir à une approche émotionnelle au risque d’y apporter des réponses ponctuelles, isolées, trop souvent incohérentes, sans réelles garanties », poursuit Jean-Luc Moudenc.

La présidente de Villes de France, Caroline Cayeux a de son côté diffusé un communiqué à l’issue de l’intervention du chef de l’Etat, annonçant elle aussi la réunion d’un bureau extraordinaire de son association mercredi 9 septembre. La sénateur-maire (LR) de Beauvais reprend à quelques nuances près les mots de son collègue toulousain : « Au-delà de l’émotion, il est indispensable d’organiser de façon responsable l’accueil des personnes réfugiées suivant la capacité des territoires, d’en mesurer les conséquences de moyen terme et d’en organiser le suivi », a déclaré Caroline Cayeux.

L’association des maires de France en revanche, ne s’est pas encore prononcée. Les déclarations de son président et maire (LR) de Troyes, vendredi, doivent rendre difficile l’élaboration d’un message faisant consensus au sein de la puissante, et transpartisane AMF. Interrogé sur ITélé à propos de l’accueil des migrants, François Baroin a en effet affirmé : « Je ne le ferai pas à Troyes pour la simple et bonne raison que je suis en surcapacité à l’échelle régionale des centres d’accueil des demandeurs d’asile, qui sont aujourd’hui suroccupés depuis des mois et des mois ».

« Toutes les villes qui seront à une heure de Paris seront sollicitées, toutes ne sont pas en situation de répondre, toutes ne sont pas en capacité d’accueillir, toutes ne peuvent pas mettre en danger aussi leurs politiques sociales d’accompagnement d’autres démunis (…) On ne peut pas avoir des Calais partout en France », a développé le maire de Troyes.

François Baroin devrait rencontrer le ministre de l’Intérieur mardi 8 septembre, à 14h30.

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