En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X
Déposez votre CV Fournisseurs du secteur public

Logo Gazette.fr

 

Réagir

Egalité femme-homme

[Poster] Conseils municipaux : les délégations ont un sexe !

Publié le • Par • dans : A la une, France

0

Commentaire

Réagir

carte postale ancienne montrant une femme au foyer qui joue avec ses enfants © Flickr CC by Boston Public Library

La parité ne se limite pas à présenter autant d'hommes que de femmes sur les listes électorales. Elle passe aussi par le choix des élu.e.s affecté.e.s aux délégations. De ce point de vue, les clichés ont la vie dure dans les grandes villes françaises.

 

Monsieur tient les cordons de la bourse et veille à la sécurité, tandis que madame s’occupe des mômes. Telle est, en résumé, la façon dont les délégations sont attribuées dans les 50 plus grandes villes de France, d’après les données que nous avons recueillies (voir méthodologie). Une représentation tout droit sortie du 19ème siècle. Nous avons aussi fait le test sur deux délégations qui ne semblaient pas avoir de “genre” prédéfini, l’environnement et la culture. Cette indifférenciation se reflète dans les chiffres, équilibrés.

L’instauration de la parité sur les listes aux municipales est donc loin d’être suffisante (voir encadré). Cette règle ne s’applique d’ailleurs pas aux adjoint.e.s : “l’alternance d’un candidat de chaque sexe n’est pas prévue pour les listes de candidats aux fonctions d’adjoint. Le maire et son premier adjoint ne doivent pas par ailleurs être nécessairement de sexe différent. Aucune disposition n’impose en revanche de remplacer un adjoint ayant cessé ses fonctions par un adjoint de même sexe, ce qui peut conduire à un écart supérieur à un entre les adjoints de chaque sexe”, rappelait une réponse ministérielle.

Diagnostic dans les services

Villeurbanne, qui obtient un carton rouge, sauf sur l’éducation, compte pourtant une élue en charge de la lutte contre les discriminations et de l’égalité femme-homme. Logique explique sa titulaire Agnès Thouvenot : “Lors des nominations, il n’y avait pas de prise de conscience, la délégation est nouvelle, cette situation évoluera au prochain mandat.” Elle souligne le travail déjà entamé, au sein des services, par-delà la dimension symbolique des élu.e.s : “l’égalité femme-homme est en route dans les politiques publiques, en permanence, et influence les organisations. Tous les services ont établi un diagnostic qui a donné lieu à un plan d’action et nous allons signer la charte de l’égalité femme-homme dans la vie locale à l’automne. La formation est un enjeu important. La lutte contre ces discriminations se joue aussi sur des aspects sur lesquels les élu.e.s ne sont pas à la décision, par exemple sur des sujets d’aménagement urbain.” Et de conclure : “Ce travail portera ses fruits dans quelques années.”

femmes qui repassent avec des enfants

Flickr CC by Boston Public Library

Les femmes qui obtiennent des délégations considérées comme masculines ne sont pas forcément à plaindre. “Je suis devenue adjointe aux finances assez naturellement”, explique Christine Lavarde, élue à Boulogne-Billancourt. “Le maire et mes collègues ont pensé à moi car j’ai l’habitude des chiffres, dans mon travail, je gère des milliards”, ajoute la jeune femme qui, à 30 ans, se sent même “hors norme” parmi les élu.e.s en charge du budget.
Ce n’est pas une surprise pour elle : “Globalement, il n’y a que des hommes : si on croise directeurs financiers et élus, on doit être à 90% d’hommes. De manière plus générale, dès qu’on est dans des secteurs qui touchent un peu aux chiffres et où il y a des responsabilités… Je le vois dans mes responsabilités professionnelles, j’étais bien souvent la seule femme en réunion au milieu de vingt hommes.”

Elle souligne la barrière psychologique qui freine certaines femmes, mais aussi la difficulté de concilier plusieurs vies, alors qu’elles continuent de faire une “seconde journée” après leur travail : “Ce n’est pas forcément que les femmes n’aient pas les compétences mais, soit elles ne se sentent pas légitimes du fait de ce regard, soit les contraintes font qu’elles n’ont pas forcément envie de se lancer. Moi, cela ne m’a jamais gênée, que ce soit au niveau professionnel ou dans ma vie familiale, c’est juste une question d’organisation.” Il faut dire que l’élue n’a pas encore d’enfant, ce qui facilite l’organisation.

 

A lire aussi Le comparateur de l’égalité femmes – hommes : un outil d’observation locale

Brest travaille depuis longtemps sur la parité

A Brest, Bernadette Abiven, 1ère adjointe de la ville de Brest chargée des finances et de l’administration générale, explique aussi que le choix des adjoint.e.s est une question “d’abord intérêt et d’expérience, cela n’a pas été un préalable de dire : ‘je veux une femme aux finances’. Cela tient à mon parcours, je suis élue depuis 1995, en charge de l’insertion sociale, puis de l’action sociale, des RH et maintenant des finances.”
On aura beau chercher la petite bête macho, rien à croquer : “la fonction prime, je ne ressens pas de défiance, ce n’est pas un sujet pour moi.” Elle explique que Brest a fait depuis longtemps un travail sur la parité, sans attendre la loi, et en allant au-delà ensuite : “Nous appliquons la parité dans les adjoint.e.s.”

A contrario, elle constate que les vice-présidences de Brest métropole sont essentiellement occupées par des hommes ; elle compte parmi les rares exceptions. “Cet aspect n’a pas été anticipé par les collègues maires, les maires sont des hommes pour eux, la culture est très masculine. Ou alors ils expliquent qu’ils ont cherché mais n’ont pas trouvé.” Sans s’interroger sur les raisons de cette difficulté à trouver des candidates. ”Le sujet reste compliqué”, estime-t-elle.

 

Lire aussi : Femmes têtes de liste pour les élections municipales : carton rouge aux formations politiques

Pour Samy Kefi-Jérôme, adjoint en charge de la petite enfance à Saint-Etienne, évoluer dans un milieu où la majorité des personnes est du sexe opposé est d’abord une habitude professionnelle : “j’étais directeur d’école et l’Éducation nationale est majoritairement féminine. Donc cette situation ne m’a pas plus perturbée que ça”, sourit-il.
Au contraire, il a pris son poste à bras le corps, passant plusieurs journées dans des crèches de la ville “pour m’imprégner des réalités du terrain”.

Mais, il le reconnaît, tous ses collègues masculins n’auraient pas accepté ce poste. “Si cette délégation avait été proposée à d’autres, ils auraient certainement dit non aux couches et aux biberons…” Une vision loin de la réalité affirme pourtant l’élu. “A Saint-Etienne, la petite enfance représente un budget de 27 millions d’euros, 650 personnes, un quart des bâtiments de la ville”, égrène-t-il. “Je n’ai pas de regret et je recommande cette charge à mes collègues de la gent masculine qui doivent parfois s’ennuyer dans des domaines administratifs !”, conclut-il.

“Il y a un paradoxe entre une norme de parité et des résistances qu’il faut aller débusquer”

Laure Bereni, sociologue(1), chercheuse au CNRS, n’a pas été “du tout surprise par les chiffres” que nous lui avons présentés. “La loi sur la parité de 2000, renforcée depuis à plusieurs reprise a permis une féminisation massive de nombreuses assemblées d’élus, dont les conseils municipaux. Mais la logique des nombres ne fait pas tout. Il y a un paradoxe entre une norme de parité qui devient de plus en plus visible et consensuelle, et des résistances qu’il faut aller débusquer derrière les discours convenus”, explique-t-elle.
« Le côté qualitatif des postes pris par les femmes a aussi son importance dans la féminisation de la vie politique. “La spécialisation sexuée provient en partie d’un processus d’intériorisation des rôles de genre par les hommes et les femmes. Mais ce n’est pas suffisant pour expliquer le phénomène ; il y a aussi une logique d’assignation sexuée : les femmes sont souvent moins professionnalisées politiquement que les hommes, et elles sont donc plus enclines à répondre aux attentes qu’ont pour elles les têtes de liste ; elles manquent des ressources nécessaires pour obtenir les postes les plus stratégiques.”

Mais, comme le montrent les témoignages de Christine Lavarde et Samy Kefi-Jérôme, ils sont accoutumés à travailler dans des mondes du sexe opposé.
“Le champ politique reproduit la logique de genre, il ne la crée pas », appuie Laure Bereni.
« La spécificité du champ politique est que l’ordre du genre y est accentué. Dans les années 1990, la France était l’un des pays les plus en retard sur le sujet. Il y avait une déconnexion entre l’accès des femmes aux diplômes prestigieux, à des postes de direction, de cadres… et leur très faible place politique. Cela s’est réduit ces quinze dernières années, notamment grâce à la loi sur la parité. L’univers politique en France reste particulièrement structuré par le genre : pour le voir, il faut aller au-delà de la mise en scène de la féminisation. L’article de Catherine Achin et Sandrine Lévêque « La parité sous contrôle. Égalité des sexes et clôture du champ politique »(2) montre par exemple que les femmes « durent » moins longtemps en politique : le taux de rotation des femmes est beaucoup plus important que celui des hommes. C’est un signe que la parité a ses limites. On remplace une femme par une autre. C’est une forme d’instrumentalisation de la réforme pour ne pas menacer les hommes politiques dans leur pouvoir.”

La France n’est pourtant pas à la traîne en Europe, mais se situe dans le ventre mou des vingt-huit pays. “Mais si on se compare à l’Allemagne, historiquement, les femmes y ont une place plus importante dans le champ politique. La résistance à la féminisation, même si tout n’est pas comparable, a été moindre.”

Méthodologie

Nous avons noté le ou les adjoint.e.s en charge des différentes délégations. Le relevé est aisé pour les délégations finances, famille, éducation et culture, en revanche les notions d’environnement et de sécurité sont plus complexes.

Par environnement, nous avons entendu politiques publiques en faveur de l’environnement, en écartant les délégations plus techniques du type “gestion des espaces verts”, dont l’existence est préalable aux récentes préoccupations écologiques. Mots-clés : développement durable, transition énergétique, agenda 21, biodiversité, écologie…

Dans la sécurité, nous avons englobé aussi la sécurité routière et la circulation, qui amènent à travailler avec la police municipale et peuvent avoir trait avec une forme de délinquance, et la sécurité civile.

La liste est accessible ici, à la lecture mais pas à la modification. Une erreur ? Envoyez un mail à sabine.blanc@groupemoniteur.fr ou isabelle.raynaud@groupemoniteur.fr

Haut de page

Sur le même sujet

Lectures :

  • Bereni Laure, La bataille de la parité. Mobilisations pour la féminisation du pouvoir, 2015, Paris, Economica, « Études politiques ».
  • Delphy Christine, Classer, dominer. Qui sont les « autres » ?, 2008, Paris, La Fabrique.
  • Marry Catherine, Jacquemart Alban, Pochic Sophie, Bereni Laure, Le Mancq Fanny, Revillard Anne, 2014, Le plafond de verre dans les ministères. Synthèse du rapport remis à la DGAFP, Etudes, recherche et débats - DGAFP, Direction Générale de l'Administration et de la Fonction Publique (DGAFP).

Cet article est en relation avec

0

Commentaire

Réagir
Publicité
Publicité

Télécharger
l'appli!

En savoir plus

Formations d’experts

Mots-clés

Thèmes abordés AdministrationCitoyenneté et droits de l'hommeDémocratie locale

0 Commentaire

Ajouter un commentaire
  1. Ajouter un commentaire

      Votre e-mail ne sera pas visible

    Conformément à la loi "Informatique et libertés" du 6 janvier 1978, vous pouvez accéder aux informations vous concernant, les rectifier ou vous opposer à leur traitement et à leur transmission éventuelle à des tiers en écrivant à : Groupe Moniteur - 17, rue d'Uzès 75018 Paris cedex 02 ou en cliquant ici.