Déchets

Gaspillage alimentaire : « Rien ne se fera si les élus locaux ne s’emparent pas du sujet » – Guillaume Garot

| Mis à jour le 16/11/2015
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Guillaume-Garot-UNE

Aubin Laratte / Wikimedia commons

Alors que chaque Français gâche entre 20 et 30 kg de nourriture chaque année, Ségolène Royal a décidé de mettre la lutte contre le gaspillage alimentaire au cœur de son action, en cette rentrée. Guillaume Garot, ancien ministre délégué à l'Agroalimentaire et auteur d’un rapport rendu en avril 2015 sur le sujet, met en avant le rôle des collectivités territoriales pour réduire le gâchis.

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Lutte contre le gaspillage alimentaire : une opération gagnante pour les collectivités

Pourquoi la question de la lutte contre le gaspillage alimentaire est-elle si importante ?

En France, chaque personne gâche entre 20 et 30 kg de nourriture, soit environ 100 euros par an. Si on prend en compte toute la chaîne alimentaire, cela représente 160 euros par Français. Il faut une vraie prise de conscience : nous n’avons qu’une seule planète, on ne peut pas la gâcher. Alors que la Cop 21 se prépare, l’enjeu écologique est évident : le gaspillage alimentaire est le 3ème émetteur mondial de gaz à effet de serre après la Chine et les Etats-Unis. Au niveau mondial, un tiers de la production alimentaire est gâchée : majoritairement au stade de la production dans les pays en développement et au stade de la consommation dans les pays développés.

L’amendement concernant le gaspillage alimentaire dans la loi sur la transition énergétique a été retoqué par le Conseil constitutionnel. Que va-t-il se passer maintenant ?

Il faut repartir de l’avant. Je déposerai donc une proposition de loi qui reprendra, mot pour mot, les dispositions invalidées par le Conseil constitutionnel pour les représenter le plus rapidement possible. L’amendement a été censuré pour une raison de procédure : il aurait dû être présenté aux parlementaires dès le premier examen du texte, pas en deuxième lecture. Le fond n’est pas remis en cause et il avait été adopté à l’unanimité. La discussion a déjà eu lieu, le texte est connu de tous, je n’ai pas de doute sur son adoption. La seule question est le tempo de sa présentation au Parlement.

Même sans texte législatif, que peuvent dès à présent faire les collectivités locales pour lutter contre le gaspillage alimentaire ?

On a besoin les uns des autres, la lutte contre le gaspillage ne marchera pas si l’Etat agit seul ou si les collectivités sont seules. Il faut que les uns démultiplient les efforts des autres. Un cadre légal national est donc nécessaire mais rien ne se fera en profondeur si les élus locaux ne s’emparent pas du sujet. Quand on est maire, on a la responsabilité de la restauration scolaire dans les écoles, comme les départements l’ont pour les collèges et les régions pour les lycées. Il y a des actions éducatives simples à conduire dans les cantines scolaires. Le temps du repas est un moment important : on peut éduquer les élèves sur l’alimentation, l’origine des aliments, les sensibiliser au poids des déchets, valoriser le travail des producteurs et ceux qui cuisinent les plats… Chaque fois que ce travail a été fait, les résultats ont été rapides et tangibles.

Le rôle des collectivités est donc principalement dans l’éducation ?

Éducatif au sens large : l’éducation et la formation. Il faut mobiliser les agents qui relèvent des collectivités dans les écoles. La formation de ces professionnels est donc décisive : plus de qualité dans les assiettes, c’est moins de gaspillage. Au final, ce sont des économies réalisées. Par exemple au collège Alain-Gerbault, à Laval (Mayenne), le gestionnaire et le chef cuisinier ont travaillé ensemble : les repas sont excellents donc il y a moins de déchets, quasiment tout est consommé, et à des coûts raisonnables.

Cela sera-t-il suffisant ?

La lutte contre le gaspillage va bien au-delà. C’est un lien entre les distributeurs et les associations de solidarité, ou directement entre les industries agro-alimentaires et ces associations… Il faut aussi penser à d’autres formes de valorisation comme l’alimentation des animaux ou la réutilisation des déchets pour créer de l’énergie. Il faut donc construire localement une économie circulaire. Pour la méthanisation, des liens doivent être organisés et structurés : la volonté politique est indispensable. Dans mon rapport rendu au Premier ministre en avril [2015], je propose des assises territoriales contre le gaspillage pour mobiliser tous les acteurs concernés : élus, associations, restauration collective ou commerciale… En Basse-Normandie, Regal (Réseau d’évitement contre le gaspillage alimentaire) qui regroupe différence partenaires [des représentants de l’ADEME(1), de la DRAAF(2), de la DREAL(3), de l’ANEA(4), du CREPAN(5), du CTRC(6), du GRAINE(7) et des Banques alimentaires] permet de mettre en place des actions très concrètes : ils ont par exemple publié des guides pour aider les acteurs du secteur à être plus efficaces.

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Commentaires

2  |  réagir

27/08/2015 01h57 - jean-philippe

L’application de l’arrêté de 2011 devrait résoudre pas mal de chose surtout s’il est appliqué en évitant la multiplication du choix des entrées et faire des choix dirigés.(quelle est cette idée de mettre plusieurs entrées au choix à des gamins qui ne mangeront de toute façon que ce dont ils ont envie puisqu’il a du choix! Et donc des déchets car hygiène alimentaire …). En milieu scolaire si vous mettez une crudité et une charcuterie au choix la crudité partira directement à la poubelle .l’éducation au goût devrait -être une obligation .Dans les écoles primaires il n’y a pas de choix et pratiquement pas de gaspillage .Mettre la cuisine en avant, plus de cuisiniers pour fabriquer et ne pas acheter des plats tout prêt générateur de déchets . la saisonnalité, l’achat auprès de producteurs de proximité la planification des achats peut réduire les déchets…pour répondre à M. Kuelan .Tout aliments présentés en self en libre-service tel que le pain, le chocolat s’il n’est pas emballé sans parler des yaourts (vous avez trouvé la réponse). le maintien en T°n’est pas discutable et relève de la sécurité alimentaire.(j’entends déjà des mots, »on ne pourra pas avancer toujours la même rengaine la sécurité alimentaire… ». dites -le aux gens qui sont handicapées à vie a cause d’un steak haché ou d’un ovoproduit etc.la liste est malheureusement très longue) par contre LA GESTION DU SERVICE et de la mise en place en vitrine est dans les cordes de n’importe quel responsable de cantine scolaire. Pour terminer comme mon prédécesseur nous devrions être pragmatiques, respectueux, reconnaissants comme nos grands-parents ..

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27/08/2015 09h28 - Kuelan

Une mesure simple serait de permettre aux élèves de récupérer le pain et les desserts non consommés à midi pour leur goûter. Or cela est interdit en raison,nous dit-on des normes d’hygiène. Si cela est éventuellement envisageable pour des produits nécessitant de rester au frais comme les yaourths par exemple, l’argument est pour le moins discutable pour les fruits, le pain, le chocolat…. Commençons par être pragmatique comme l’étaient nos grands parents!!!

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