COP 21

Pourquoi l’impératif des 2 degrés doit être tenu lors de la conférence climat

| Mis à jour le 26/08/2015
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Source : COP 21 
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Agence de l'eau

Les négociations climatiques sont les seules à être basées sur les travaux des scientifiques, qui ont vocation à « éclairer » les décideurs politiques. Rappel des faits à un peu moins de 100 jours de la conférence pour le climat, en décembre 2015.

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) (1) a remis, en novembre 2014, la synthèse du cinquième rapport produit depuis 1990 (le dernier remontant à 2007). Il estime à plus de 95 % (90 % en 2007 et 66 % en 2001) la probabilité d’une responsabilité des activés humaines (combustion d’énergies fossiles et déforestation, émettrices de gaz à effet de serre) dans le réchauffement.

De 1880 à 2012, la température moyenne du globe a augmenté de 0,85°C, selon le GIEC. La hausse avoisine 1°C en France et varie de 2 à 4°C aux pôles. A la surface des océans, le gain est de 0,11°C par décennie, de 1971 à 2010. Le niveau moyen des mers a gagné 19 cm de 1901 à 2010.

Chacune des trois dernières décennies a été plus chaude que toutes les décennies précédentes depuis 1850. Les deux dernières concentrent 19 années record. Ce réchauffement explique 75 % des vagues de chaleur actuelles, selon une récente étude de l’Institut des sciences du climat et de l’atmosphère de Zurich.

La Terre en situation de faillite

Jusqu’à présent, les alertes du GIEC n’ont en rien freiné la production de gaz à effet de serre (GES). « Le CO2 émis sur les quatre dernières décennies équivaut à la totalité de celui rejeté du début de l’ère industrielle à 1974 », observe Cédric Ringenbach, directeur du laboratoire d’idées The Shift Project.

« De 1990 à 2010, les émissions ont crû de 30 %. Plus on parle de climat, plus on le détruit ! » pointe Pascal Canfin, dans un récent ouvrage sur la COP21 (2). « Depuis les années 1970, le capital naturel de la Terre se détruit plus vite qu’il ne se reconstitue », écrit l’ancien ministre délégué au Développement. En effet, « nous relâchons dans l’atmosphère plus de GES que n’en absorbent les océans et les plantes. » Dès lors, « si la terre était une entreprise, nous serions (…) tout simplement en faillite », conclut l’économiste.

Un seul avenir possible - Le dernier rapport du GIEC présente quatre scénarios, portant le sigle RCP (Representative Concentration Pathway) associé à un chiffre (indiquant le forçage radiatif, exprimé en W/m2 à horizon 2100). Sachant qu’un seul est viable : le scénario volontariste (RCP2.6), qui limiterait la concentration en gaz à effet de serre (plus exactement en équivalent-CO2) dans l’atmosphère à moins de 450 parties par million (ppm) et permettrait, avec une probabilité de 66 %, de maintenir le réchauffement sous les 2°C en 2100 par rapport à l’ère préindustrielle (1750).

RCP4.5 et RCP6 correspondent à des scénarios médians, menant à environ 500 ppm de concentration en GES (+3,5 à + 4°C) à la fin du siècle. Le scénario RCP8.5 est celui de l’absence de nouvelles mesures, le « Business as usual » annonçant une concentration de 550 ppm en 2100, soit + 4,8°C. Les mers s’élèveraient alors de 86 cm par rapport à la période 1986-2005.

Représentation de tous les agents équivalent-CO2 du forçage atmosphérique, selon quatre scénarios RCP (en ppm).

Représentation de tous les agents équivalent-CO2 du forçage atmosphérique, selon quatre scénarios RCP (en ppm). – Ilinri (talk) – CC0 via Wikimedia Commons

Des émissions divisées par deux en 2050, nulles en 2100

L’ONU a retenu l’objectif des 2°C à la conférence de Copenhague, en 2009. Ce qui signifie que le pic d’émissions mondiales de GES doit être atteint vers 2020. Avant « une réduction (…) de 50 % en 2050 par rapport à 1990 », rappelle la Stratégie nationale de transition écologique vers un développement durable 2015-2020. La décrue des rejets doit aboutir à leur absence en 2100 (neutralité carbone).

En d’autres termes, « pour limiter le réchauffement planétaire à 2°C au-dessus des niveaux préindustriels, les émissions de GES devront être réduites de 40 à 70 % en-dessous des niveaux actuels d’ici 2050 et être nulles, voire négatives, à la fin du 21ème siècle », selon la déclaration adoptée par la communauté scientifique, le 10 juillet 2015 à Paris.

Plafonner le réchauffement à 2°C suppose aussi que les émissions cumulées de CO2 d’origine humaine n’excèdent pas 800 gigatonnes (milliards de tonnes). Or, 531 Gt ont déjà relâchées dans l’atmosphère depuis 1870.

Le scénario « optimiste », porteur de lourds impacts

Un réchauffement de 2° correspond « déjà à une température élevée », souligne le climatologue Jean Jouzel, indiquant qu’avec 1°C supplémentaire, la faune et la flore remontent de 180 km vers le Nord.

A + 2°C, la probabilité de pic de chaleur sera plus de cinq fois supérieure à aujourd’hui (avec + 0,85 °C), selon l’Institut des sciences du climat et de l’atmosphère de Zurich.

Dans le domaine de l’eau, le Bureau de recherches géologiques et minières anticipe, en France, un recul de 10 à 40 % du débit d’étiage (avril-septembre) sur la moitié Nord (la Seine et ses affluents étant au niveau plafond) et de 30 à 50 % dans le Sud (avec des pointes locales à – 70 %).

En outre, « au Sud-Ouest d’une ligne Le Havre-Grenoble, le déficit de pluviométrie sera flagrant, selon Serge Lallier, directeur adjoint du département eau et environnement. Le niveau de recharge des nappes baissera de 10 à 25 % en moyenne, le repli atteignant 25 à 30 % sur la moitié du bassin de la Loire et 30 à 50 % dans le Sud-Ouest. »

Au-delà d’une hausse de 2°C, « des réactions en chaîne conduiront à un emballement dont les scientifiques ne peuvent mesurer toutes les conséquences », résume Pascal Canfin, dans son dernier ouvrage. Rappelant les impacts « catastrophiques » sur l’environnement et les activités humaines (pertes de rendements agricoles, événements climatiques extrêmes, extinction massive des espèces, hausse du niveau des mers), l’auteur ne peut que rappeler que « toutes les données scientifiques nous poussent à ne pas dépasser les 2° ».

Les Etats insulaires du Pacifique, directement menacés par la montée de l’océan, plaident même pour un objectif de 1,5°C.

Point de non-retour à 4°C

S’il n’était pas « contrôlé », le dérèglement du climat aurait des impacts « graves, étendus et irréversibles », selon le GIEC. Une hausse de 4 °C de la température moyenne du globe constituerait un point de non-retour pour les scientifiques. « De très nombreux territoires deviendraient inhabitables (…) et d’importants mouvements de population seraient à prévoir à l’échelle de la planète. C’est évidemment un débat auquel nous ne sommes pas préparés du tout », selon François Gemenne, chercheur spécialiste des migrations environnementales, cité dans le rapport du Conseil économique, social et environnemental « Réussir la conférence climat Paris 2015 », publié en avril 2015.

Agir coûtera moins que laisser faire

Pour le GIEC, des efforts « ambitieux » de baisse des GES réduiraient de 0,06 point le taux annuel de la croissance mondiale, estimé entre 1,6 et 3 % au cours du 21ème siècle. Le groupe d’experts assure que « s’adapter coûte toujours moins cher que de ne pas agir : le coût de l’inaction augmente avec le temps, jusqu’à probablement devenir insoutenable ».

Son vice-président, Jean Jouzel, défend donc inlassablement le scénario de la « sobriété » (+2°C d’ici 2100), affirmant que « techniquement, c’est possible et économiquement, c’est viable. »

Commentaires

2  |  réagir

26/08/2015 10h07 - Arse

Si seulement les dirigeants de ce monde prenaient au sérieux les blocksbusters hollywoodiens, les lignes bougeraient sans doute plus rapidement !
Le pire dans tout ça est que, comme dans ces films, la prise de conscience de l’ampleur des dégâts n’arrivera que bien trop tard…
J’ai un bébé de 4 mois, quand je vois dans quelle situation il risque de se trouver à mon âge, ça fait vraiment peur…
Il reste quand même un peu d’espoir ??? Déjà, si tous les milliardaires et millionnaires de la planète pouvaient lâcher un peu de leur fortune pour faire bouger les choses, je suis sur qu’on arriverait à un résultat et rapidement…
C’est beau l’utopie !

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26/08/2015 09h15 - Svetime

La maison n’en finit plus de brûler, et tout le monde n’en finit plus non plus de regarder ailleurs…

Le pire dans tout ça c’est que ces rapports du GIEC ne sont absolument pas nouveaux et sont connus depuis belle lurette. Depuis les années 70 (bien avant ma naissance) les différents experts nous mettent en garde face aux effets pervers de la civilisation industrielle et du point de non retour évoqué par cet article.
Et maintenant que les effets sont irréversibles et que les problèmes commencent à toquer sérieusement à notre porte, les gens vont-ils enfin se mettre à réagir ? Parce que en plus de réfléchir à comment limiter nos émissions, c’est à comment (sur)vivre les conséquences de ces problèmes qu’il va falloir sérieusement réfléchir.

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