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Post-attentats

Six mois après les attentats, les acteurs locaux veulent « re-faire cité »

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ColloqueINET © INET

Laïcité, citoyenneté, politique de la ville, radicalisation... A l’occasion d’un séminaire organisé le 6 juillet au Sénat par les élèves administrateurs de l’INET, élus locaux, professionnels et experts ont échangé sur les capacités d’action des collectivités après les attentats de janvier et juin 2015. Après avoir réaffirmé le besoin de clarifier la notion de laïcité, ils ont rappelé les conditions de l’engagement citoyen, battu en brèche le mauvais procès fait à la politique de la ville et insisté sur le rôle central des collectivités en matière de prévention de la radicalisation. Verbatims.

 

« La laïcité est la seule manière de faire cohabiter les religions ensemble »

Patrick Molinoz

Patrick Molinoz

Patrick Molinoz, maire de Vénarey-les-Laumes (PS), vice-président du groupe de travail « Laïcité » de l’Association des maires de France

« La laïcité n’est pas un concept flou mais il a perdu de son sens, de son acuité. Il faut redonner la définition de la laïcité : c’est le but du groupe de travail de l’Association des Maires de France (AMF), que je co-préside avec Gilles Platret, maire (LR) de Châlons-sur-Saône.

Il faut prêter attention à ne pas donner de qualificatif à la laïcité : souple, rigide, à la française, etc… A partir du moment où ce principe est qualifié, il est affaibli. Il faut également arrêter de croire que la laïcité est un concept contre l’islam, contre la volonté de croire. Au contraire, la laïcité est garante de la non-discrimination : c’est la seule manière de faire cohabiter les différentes religions ensemble. La laïcité doit nous interroger sur notre identité républicaine, notre volonté de faire société, de vivre-ensemble. C’est un principe consubstantiel à la République. »

Lire aussi : Pas de laïcité à géométrie variable selon l’AMF

 

« La laïcité n’est pas une valeur, elle est un principe juridique »

Murielle Maffessoli, sociologue, directrice de l’Observatoire régional de l’intégration et de la ville (ORIV)

« Dans le cadre de l’Observatoire régional de l’intégration et de la ville en région Alsace que je dirige, je constate qu’il une méconnaissance totale de ce qu’est la laïcité.

Mal comprise, on l’assimile plutôt à une valeur alors qu’elle est un principe juridique. Or, il ne faut pas assimiler la laïcité à une valeur qui relèverait alors de l’intime et serait discutable. Au contraire, il s’agit d’un principe juridique, posé à rappeler car les acteurs territoriaux ont besoin de ce cadre juridique pour se réapproprier le concept de laïcité. »

 

«  La non-reconnaissance du droit de vote pour tous est un élément bloquant à l’unité nationale »

INET Fabien FabbriFabien Fabbri, Directeur général des services de la Ville de Bagneux 

« Se sentir citoyen, c’est s’engager. Mais pour s’engager, il faut se sentir légitime et croire que l’on va changer les choses.

Or, comment convoquer l’unité nationale le dimanche 11 janvier après les attentats contre Charlie Hebdo, alors que cette unité nationale n’existe pas la veille et n’existera plus le lendemain ? Ne faut-il pas aussi se poser la question du droit de vote pour tous. Sa non-reconnaissance est un élément bloquant à l’unité nationale ».

 

« Il faut favoriser la mobilité pour créer de la mixité sociale dans les équipements ! »

Jean-Luc Bossavit, directeur du projet de renouvellement urbain à la Ville des Mureaux

« Le choc d’égalité préconisé par le gouvernement doit aussi être un choc budgétaire ! L’amélioration de l’accès au soin, à la justice, à la sécurité ou à l’éducation nécessite quelques moyens. Même si les résultats ne seront pas visibles à court-terme, cela permettra tout de même de recoudre le tissu social.

Aux Mureaux, la mixité par l’habitat ne fonctionne pas et n’est pas un objectif ! Nous vivons dans un univers de ségrégation socio-spatiale tant chez les riches que chez les pauvres. Et cette situation va en s’aggravant. Pire : non seulement, nous n’avons plus de mixité dans le résidentiel, mais nous n’en n’avons pas non plus dans les lieux publics ! En réalité, le nouvel objectif des politiques publiques devrait être de favoriser la mobilité pour créer de la mixité dans les équipements d’espaces publics. Objectif : en faire des lieux de rencontres avec l’altérité. »

Lire aussi : La mixité sociale, la solution miracle qui cache les vrais enjeux

 

« Il faut montrer aux jeunes des quartiers que leur parole a de la valeur »

INET Henri WaroczykHenri Waroczyk, maire adjoint à la Politique de la Ville de Calais

« Les jeunes des quartiers ne sont pas venus manifester en masse le dimanche 11 janvier, non pas parce qu’ils sont contre la liberté d’expression mais parce qu’ils ne savent pas s’exprimer. Il faut libérer leur parole, leur montrer que leur parole a de la valeur.

A Calais, nous avons notamment mis en place des ateliers de philosophie dans les quartiers pour apprendre à ces jeunes de développer leur esprit critique, de lutter contre les clichés. Car le vrai problème, c’est la déscolarisation de ces jeunes ».

 

« Les collectivités ont une responsabilité importante en matière de lutte contre les discriminations »

Président du réseau Amadeus, qui réunit les cadres "Politique de la ville" des grandes villes, Patrice Allais est également directeur de la proximité et de la cohésion sociale à Rennes métropole

Patrice Allais, directeur de la proximité et de la cohésion sociale à Rennes Métropole, président du réseau Amadeus

« N’accusons pas la politique de la ville d’échouer dans des missions ne relevant pas de sa responsabilité. Le véritable enjeu politique vis-à-vis de ces territoires réside dans la capacité à obtenir de vrais changements structurels dans les politiques de droit commun. Problème : à l’instar de l’absence de politique ambitieuse de lutte contre les discriminations, il y a un manque de volontarisme politique évident.

Les collectivités territoriales, de par leur rôle d’employeurs, ont une responsabilité importante en matière de lutte contre les discriminations. A travers les clauses d’insertion dans les marchés publics ou les contrats d’avenir, elles ont la capacité d’agir tant dans le symbolique que dans le concret. »

 

« Interrogeons-nous sur l’échec des politiques de droit commun dans les quartiers »

Anaïs Bréaud, sous-directrice en charge du renouvellement urbain et de l’emploi au Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET)

« Pourquoi insiste-t-on pour imposer la mixité sociale aux quartiers de pauvres, majoritairement peuplés de Français d’origine étrangère, et non aux ghettos de riches ? Le concept est critiquable dès lors qu’il ne s’applique jamais aux populations les plus riches. C’est à l’Etat de reprendre en main les sites ne respectant pas la loi SRU, car le sujet peut être potentiellement violent sur le plan local.

Avant de faire le procès de la politique de la ville, interrogeons-nous sur l’échec des politiques publiques de droit commun dans ces territoires prioritaires ! Les politiques de l’Education nationale, de la Santé publique ou encore de l’Emploi ne profitent pas comme elles le devraient aux populations ciblée : elles sont en deçà de ce que touchent les populations des autres territoires en moyenne.  Des rapports de la Cour des comptes ont objectivé cet écart. Pourtant, il y a toujours des grands ministères que ça gêne quand le CGET leur dit qu’ils ne font pas correctement leur boulot dans ces quartiers défavorisés. »

 Lire aussi : Les préfets en première ligne de la mixité sociale

 

« Les collectivités doivent inventer des programmes d’insertion »

INETAdelineHazanAdeline Hazan, contrôleur général des lieux de privation de liberté, maire de Reims et présidente de Reims Métropole de 2008 à 2014

« Même si le phénomène est important, l’essentiel de la radicalisation se fait en amont de la prison. Le rôle des collectivités territoriales est donc évident, ne serait-ce qu’en matière de prévention et d’accompagnement social. Le djihadisme n’est pas assimilable à un projet sectaire, ce serait trop simple. Daesh propose un véritable projet politique à des jeunes sans projets de vie, en décrochage ou au chômage, qui y voient une opportunité.

L’action des collectivités peut également passer par une politique ambitieuse de lutte contre les discriminations : c’est le devoir des collectivités d’inventer des programmes d’insertion dans la société à tous ces jeunes exclus des processus de socialisation en raison d’un nom à consonance étrangère ou d’une adresse disqualifiante. »

 

« Nous devons autant prévenir la radicalisation que rétablir les conditions du vivre-ensemble »

Christine Teixeira, adjointe au DGA en charge du développement des solidarités humaines au conseil départemental des Alpes-Maritimes

« Au titre de sa compétence en matière de « protection de l’enfance », le conseil départemental a mis en œuvre un plan opérationnel en lien avec les autres acteurs institutionnels. Les objectifs de notre plan sont autant de prévenir la radicalisation que d’empêcher les départs, de soutenir les familles et particulièrement celles n’utilisant pas le numéro vert du gouvernement ainsi que de rétablir les conditions du vivre-ensemble.

La question se pose avec une certaine acuité dans les Alpes-Maritimes, nous faisons partis des quatre départements les plus touchés avec 50 cas de mineurs concernés par la radicalisation. Quinze sont déjà partis dans des zones de conflits, dont certains n’étaient pas suivis jusqu’ici par la protection judiciaire de la jeunesse contrairement aux idées reçues. Ce n’est pas, non plus, qu’une affaire de banlieues et de quartiers prioritaires, des individus habitant dans le moyen-pays et des zones de montagne sont également concernés. »

Lire aussi : Les Alpes-Maritimes s’inspirent du modèle danois en matière de radicalisation

 

Les nouveaux -administrateurs territoriaux souhaitent s’engager

Les fonctionnaires ont-ils le droit de débattre de laïcité, de l’utilité de ce principe mais aussi du fait qu’il soit ressenti de manière clivante par une partie des Français ? Sont-ils encore dans leur rôle lorsqu’ils appellent le gouvernement à accélérer la résorption de « l’apartheid territorial, social et ethnique » décrit par Manuel Valls ? Leur revient-il de faire la promotion de l’ouverture du droit de vote aux étrangers non-communautaires, ou encore d’interroger la déconnexion des pouvoirs publics avec la réalité du terrain ? Oui, oui, trois fois oui, selon les futurs administrateurs territoriaux.

Lors d’un colloque intitulé « 7, 8, 9 et 11 janvier… et maintenant, on fait quoi ? », la promotion Václav Havel de l’INET n’a pas hésité à sortir des sentiers battus. « J’avoue avoir été assez intrigué par le programme de votre colloque. En vertu du devoir de neutralité et de loyauté qui s’impose à eux, il est rare que les agents publics territoriaux réfléchissent sur l’engagement citoyen ou le vivre-ensemble » n’a pas hésité à leur faire remarquer François Deluga, président du CNFPT.

« Il a fallu lever quelques freins pour organiser un tel colloque, bien entendu, mais il était nécessaire de pouvoir parler de ces sujets librement. Très honnêtement, peu d’obstacles se sont dressés sur notre chemin » a, d’ailleurs, reconnu Delphine Joly, déléguée de promotion et co-organisatrice avec Damien Zaversnik de cette journée de réflexion au Sénat.

« On ne peut pas agir sans volonté politique forte, ni développer cette volonté sans comprendre. Aujourd’hui, vous avez débattu pour comprendre, en étant justement impertinents » les a félicité Patrick Kanner, ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, parrain de leur promotion. « Conservez votre imagination, ne vous laissez pas brider par des élus qui voudraient vous empêcher d’être intelligents et productifs » leur a, ensuite, conseillé l’ancien président du conseil général du Nord, lui-même ancien administrateur territorial.

« Votre formation est orientée sur le contrôle, la gestion, l’évaluation du « système ». Sauf que l’enjeu, aujourd’hui, il n’est plus de savoir « que faut-il que je protège pour ne rien changer », mais bel et bien de réviser de fond en comble les politiques publiques » les a, pour sa part, averti le président du Conseil économique, social et environnemental, Jean-Paul Delevoye. Nul doute, dès lors, qu’il ait apprécié l’exercice proposé par ces futurs cadres de collectivités territoriales.

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  1. 1. élève administrateur 11/07/2015, 08h45

    C'est une bonne synthèse de ce qui s'est dit au colloque. Au final, avec quelques interventions assez intéressantes. Elles ont ouvert quelques pistes en matière de prévention de la radicalisation, rappelé le besoin de renforcement de l'égalité et de l'équité en matière de droit commun et la vigilance à ne pas assigner à la politique de la ville des objectifs au-delà de ses moyens.

    En revanche, commencer ce colloque post-11 janvier sur une table ronde concernant la laïcité alimente le lien fait par beaucoup depuis le 11 janvier entre terrorisme-radicalité-religieuse-laïcité - religion "tout court"- et besoin de la confiner à la sphère privée, ce qui est contraire à l'esprit et la lettre de la loi de 1905.
    Même si le contenu de la table ronde n'allait, globalement, pas dans ce sens, ce choix était me semble-t-il assez maladroit.

    Les intervenants ont par ailleurs omis de rappeler que si une partie de la population n'est pas venue manifester le 11 janvier, ce n'est pas parce qu'elle est "contre la laïcité" ou qu'elle la méconnait forcément, mais parce qu'elle le sentiment que depuis de nombreuses années la laïcité est "mobilisée contre elle"

  2. 2. Administrateurs... 08/07/2015, 14h42

    A lire cet article, je m'aperçois tout de suite que je ne suis pas fait pour intégrer l'INET !
    Quel jargon ! Nos vieux auteurs écrivaient "ce qui se conçoit bien, s'énonce clairement"...
    Aujourd'hui l'administration a créé son vocabulaire qui tourne en rond entre initiés...
    De ce fait le commun des mortels a du mal à suivre.
    Comme toujours il faut culpabiliser en disant que les jeunes qui cherchent de l'emploi sont discriminés par leur nom et leur habitat. Je m'inscris en faux en ce qui concerne notre collectivité. Quand nous recevons des réponses à des demandes d'emploi, ce qui est regardé c'est la motivation, la formation quand c'est demandé, l'expérience le cas échéant. Quand la motivation n'est pas au rendez-vous, ce n'est pas la peine. Sachez au contraire que nous avons un ancien TIG dans nos effectifs qui a montré que ces ennuis avec la justicce étaient des incidents de parcours. Alors assez des discours généralistes...
    Ce qui me choque le plus dans cet article, c'est le conseil qui suit : "« Conservez votre imagination, ne vous laissez pas brider par des élus qui voudraient vous empêcher d’être intelligents et productifs » leur a, ensuite, conseillé l’ancien président du conseil général du Nord, lui-même ancien administrateur territorial."
    A croire que les élus sont des empécheurs de penser, et que nos futurs admistrateurs ont la science infuse qui les protège des erreurs !
    Comment voulez-vous qu'ils abordent modestement leur poste ensuite et écoutent leurs patrons, (car, qu'on le veuille ou non ce sont encore les élus les patrons et ce propos pousse à l'insubordination...) ou bien leurs collègues qui étant dans le vieux système pourri doivent être secoués pour révolutionner le monde.
    Je suis prêt à améliorer mes pratiques, j'essaierai modestement à ma place d'améliorer la mise en oeuvre de l'équité et de la non discrimination, en m'inspirant des "faiseux" comme on dit dans notre région plutôt que des "diseux".

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