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Sommet de Lyon : la mobilisation des territoires devra contaminer les Etats

| Mis à jour le 23/07/2015
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Source : COP 21 
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sommet « Climat et territoires » à Lyon

François Hollande, lors du sommet « Climat et territoires », le 2 juillet à Lyon

Région Rhône-Alpes

Les autorités locales font leur part de l’effort : les engagements souscrits par leurs réseaux mondiaux, ce jeudi 2 juillet en conclusion du sommet « Climat et territoires » à Lyon, réduiront de 1,5 milliard de tonnes les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020. Par rapport à la baisse de 9 milliards de tonnes exigée à cette date pour contenir le réchauffement climatique sous les 2° C, les territoires signataires, où vit moins de 12 % de la population mondiale, apporteront donc une contribution de 15 %.

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La diplomatie des territoires au service de la COP 21

Ce ne fut pas « une conférence de plus ». Le sommet mondial « Climat et territoires » (1er-2 juillet, Lyon) aura été le premier du genre à associer les « acteurs non-étatiques » (1) – au premier rang desquels les autorités locales. Et il aura d’emblée débouché sur des engagements de réduction d’émissions de gaz à effet de serre.
Au total, ces engagements pris par les villes, régions et gouvernements subnationaux des cinq continents (dont l’accomplissement sera soumis à vérifications régulières) représenteront un gain de 1,5 gigatonne de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2020. Soit 15 % de l’effort à fournir à cette échéance au plan mondial (8 à 10 gigatonnes, selon le Programme des Nations unies pour l’environnement) pour limiter la hausse des températures à 2° C par rapport à l’ère préindustrielle. « Il s’agit là d’un contrat de travail de longue durée, notre communauté d’acteurs est nécessaire à la stabilisation du climat », commentait le sénateur Ronan Dantec, porte-parole de Cités et gouvernements locaux unis (CGLU) sur le climat, à la clôture du sommet, suivi par un millier d’acteurs non étatiques.

La grande famille des leaders territoriaux

Le site Carbonn Climate Registry, piloté par la ville de Bristol (Royaume-Uni), centralisera toutes les données sur la comptabilité-carbone issue des autorités locales. « Les baisses de GES prévues d’ici 2020 dépassent celles cumulées en Europe depuis 1990, pointe le maire, George Ferguson. En tant que « membre d’une grande famille d’acteurs en pointe sur la lutte contre le dérèglement du climat », l’élu – reconnaissable à son pantalon rouge vif, devenu un signe distinctif outre-Manche -, appelle à « ne pas laisser les Etats à la traîne ».
Organisé par une trentaine d’associations internationales et accueilli par la région Rhône-Alpes, le sommet des acteurs non-étatiques était présenté comme une « étape clé » vers la 21ème conférence des parties à la convention Climat (COP 21), que l’ONU tiendra en fin d’année (30 novembre-12 décembre) à Paris-Le Bourget. Au vu des commentaires des parties prenantes à la prochaine négociation onusienne, l’affiche n’était pas survendeuse.

Inspirer les Etats

A la COP, les Etats auront besoin de l’appui des territoires selon l’ONU : « Nous ne sommes pas encore engagés sur la voie du fléchissement des émissions de GES et de la limitation du réchauffement à 2°C », admettait Ban Ki-moon dans un message lu par son conseiller sur le climat Janos Pasztor à l’ouverture du sommet, événement « intervenant à point nommé ».  Ban Ki-moon donc demandé aux élus locaux de « travailler main dans la main avec les entreprises et les gouvernements pour rehausser le niveau d’ambition » en matière de réduction des rejets de dioxyde de carbone (CO2).
En clôture de la manifestation, la ministre de l’Environnement du Luxembourg (qui a pris la présidence de l’Union européenne au 1er juillet) lui faisait écho : « Inspirez-nous, poussez-nous vers un accord qui sera à la hauteur du défi !, a exhorté Carole Dieschburg. Nous, politiciens nationaux, tentons de créer un cadre qui, sans vous, ne saurait vivre. Car ce sont vos actions qui atteignent les citoyens. »
« Limiter le réchauffement à 2°C n’est pas une équation mathématique : nous parlons là d’un changement de culture, d’une transformation de la société », a poursuivi son homologue marocaine, Hakima El Haite, « bluffée par les actions présentées par les maires » et la « dynamique inédite » impulsée par les acteurs non-étatiques. « Vous nous avez donné une leçon, à nous, politiciens ». La ministre, qui accueillera vraisemblablement la COP 22 à Marrakech en 2016, a interpellé Laurence Tubiana, représentante spéciale du gouvernement français pour la COP 21 : « Va à Paris tranquille, ton travail vient d’être allégé ! » La spécialiste du climat a en effet quitté Lyon « regonflée à bloc pour les cinq mois de finalisation du marathon » diplomatique.

Un appui qui peut être « décisif »

Dans cet exercice, le président de la République a appelé à une « accélération, à l’échelle des territoires du monde ». François Hollande été très applaudi en s’affirmant favorable à ce que « les collectivités locales accèdent directement » aux fonds qui seront mobilisés dans le cadre du futur accord international, devant totaliser 100 milliards d’euros par an à compter de 2020. Pendant la COP, « une journée sera consacrée aux territoires, qui participeront à l’élaboration de la négociation. Je vous appelle à prendre toute votre part (…) dans la réussite de l’accord », a conclu le chef de l’Etat.
Dans une allocution retransmise depuis Vienne (Autriche), Laurent Fabius, qui présidera la COP 21, a annoncé aux élus locaux qu’il fera « état de leur déclaration en amont » de la conférence de Paris. « Nous devons prendre en considération vos messages. Vous devez apporter tout votre appui, qui peut être décisif », a-t-il déclaré. Le ministre des Affaires étrangères a insisté auprès des collectivités pour qu’elles signalent leur actions de maîtrise des GES sur le Nazca (Non-State Actor Zone for Climate Action), le portail qui recense les initiatives des acteurs non-étatiques, également présentées sous le nom d’« Agenda des solutions » (ou Agenda Lima-Paris). « Vos initiatives exercent un impact direct », lié à l’amélioration des transports et de l’efficacité énergétique des bâtiments, par exemple. Ainsi qu’ « un impact indirect, vos engagements incitant les Etats à se fixer des objectifs plus ambitieux », a souligné le chef de la diplomatie française.

Sur l’estrade

L’ONU confirme l’avancée accomplie par les dirigeants des territoires. « A titre individuel, vous êtes des dirigeants visionnaires, a déclaré Christiana Figueres, secrétaire exécutive de la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques. A titre collectif, vous êtes en train de transformer le monde ».
Laurence Tubiana a salué « le transfert d’énergie et d’optimisme (des acteurs des territoires) vers les gouvernements nationaux, grâce au signal crédible » envoyé depuis Lyon. « Les autorités locales jouent un rôle clé, en termes pratiques et politiques. L’Agenda des solutions sera l’un des piliers de l’accord de Paris. Vous devez être sur l’estrade à la COP et figurer sur la photo, aux côtés des représentants des gouvernements », a conclu la représentante spéciale du ministre des Affaires étrangères.

 

TEMOIGNAGES

 

« La décentralisation avant tout »

Fatimetou Mint Abdel Malick, maire de Tevragh-Zeina (Mauritanie, 69 000 hab.), présidente du Réseau des femmes élues locales d’Afrique (Refela)

fatimetou mint abdel malick - noorinfo

« Notre commune, au cœur de l’agglomération de Nouakchott, est coincée entre le désert, qui avance, et la mer, dont le niveau s’élève et donc particulièrement vulnérable. Sur le cordon littoral, six brèches menacent d’intrusion marine le territoire, en partie situé sous le niveau de la mer et en partie construit en zone inondable. Si elles ne sont pas rapidement colmatées, la ville sera engloutie à 50 % en 2020 et à 100 % en 2050, selon l’Université de Nouakchott. Du fait de l’exode rural survenant à chaque épisode de sécheresse, l’urbanisation est galopante et anarchique. L’assainissement est inexistant.

En théorie, les communes sont compétentes en matière d’urbanisme, de transports, d’eau, de déchets. Mais la décentralisation, s’y elle figure bien dans les textes, n’est pas traduite dans les faits. Nous avons certes besoin de coopération décentralisée, mais nous restons tributaires d’une décentralisation effective. Les collectivités locales, institution de proximité, sont le premier niveau de réponse : c’est sur le bureau du maire qu’atterrissent tous les problèmes. Les collectivités ont besoin de reconnaissance et de renforcement de leurs capacités. Les partenariats noués dans le cadre de la coopération décentralisée doivent comporter un volet sur la décentralisation. »

 

 

 « Nous sommes nombreux à ramer dans le même sens »

Marie-Anne Isler-Béguin, vice-présidente chargée de la mobilité de Metz Métropole (Moselle, 44 communes, 235 000 hab.)

Isler-Marie-Anne - dominiquegros2014.fr

« Une partie de la population, lasse de la succession de conférences, pense que celle-ci ne servira pas plus que les précédentes. Pourtant, beaucoup de matière grise a circulé à Lyon où les pays du Sud, qui devront être impliqués dans la mise en œuvre de l’accord qui sortira de la COP 21, ont porté nombre d’initiatives. Les acteurs non-étatiques partagent le même constat, nous sommes sur le même navire et nombreux à ramer dans le même sens.

Cette mobilisation doit servir à faire pression sur les décideurs nationaux, tétanisés par la perspective de baisse d’effectifs dans les activités liées aux énergies fossiles. Il faut donc faire valoir que l’économie décarbonée est créatrice d’emplois, non délocalisables pour ce qui concerne l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables.

A Metz, les deux lignes de bus – hybrides – à haut niveau de service côtoient encore une flotte de vieux bus polluants. PSA Peugeot est un vivier d’emplois locaux, auquel nous sommes attachés. Le constructeur propose certes des moteurs diesel très performants mais ce n’est pas la solution : il faut décarboner et laisser les énergies fossiles sous terre. L’instauration de l’écotaxe nous aurait apporté une énorme bouffée d’oxygène pour continuer à investir dans des transports en commun non polluants. Comment peut-on dire que l’écologie est ‘punitive’ alors qu’elle est la solution ? »

 

« Une redevance pour orienter les économies vers le bas-carbone »

Antoine Frérot, PDG de Véolia

antoine frérot - lejdd.fr

« C’est dans les villes que se gagnera ou se perdra la bataille du climat : celles-ci rejettent 70 % des gaz à effet de serre au plan mondial. La baisse des émissions de CO2 doit y être amplifiée, ce qui passe notamment par l’attribution d’un prix au carbone, qui rendrait le coût de la pollution supérieur à celui de la dépollution. Une redevance de 30 ou 40 euros par tonne de CO2 donnerait corps au principe pollueur-payeur.

Le produit de cette redevance devrait être affecté à la dépollution, sur le modèle des redevances que gèrent en France les agences de l’eau à l’échelle des bassins versants. On peut espérer que cette redevance soit déployée à l’échelle de l’Union européenne, qui présente une taille suffisante pour permettre un effet d’amorçage. La mesure pourrait être associée à une taxe carbone aux frontières, appliquée aux produits et services entrants, de manière à protéger l’économie du périmètre d’application de la redevance. De fil en aiguille cela permettra d’entraîner les autres pays à décarboner leur offre.

Avec la participation de l’Union européenne, des Etats-Unis et de la Chine à l’accord mondial sur le climat, l’objectif des 2°C est à notre portée. Et l’implication de ces trois acteurs majeurs facilite celle des autres pays. »

 

 

Quand le climat va, tout va

« Ce qui est mauvais pour le climat est mauvais pour l’emploi. Ce qui bon pour le climat est bon pour les territoires », a affirmé Gilles Vermot Desroches, directeur du développement durable intervenant au nom du Global Compact (qui rassemble 10 00 entreprises dans le monde) au sommet de Lyon. « ​L​’économie circulaire est ​l’​un des principaux leviers pour diminuer les rejets de CO2. Elle est aussi fortement créatrice d’emplois : 3 millions de postes pourraient être créés en Europe » a appuyé Antoine Frérot, PDG de Veolia. Isabelle Kocher, directrice générale déléguée d’Engie, a souligné « l’accélération phénoménale » permise par « l’appropriation des stratégies de transition énergétique par les territoires ». Le président de la République, François Hollande, a rappelé que 1 à 2 milliards d’euros de travaux allaient s’engager sur les quelque 200 territoires à énergie positive de France, représentant 100 000 emplois dans le bâtiment, les énergies renouvelables, l’économie circulaire, les nouvelles technologies.
Gérard Collomb, président de la Métropole de Lyon, a jugé « le défi climatique stimulant, non pénalisant », considérant qu’ « il n’y a pas contradiction entre économie et écologie ». Matthew Rodriguez, secrétaire à l’environnement de la Californie, a mis en avant les 650 000 actifs aujourd’hui employés par l’industrie solaire dans cet Etat fédéré.
Sharan Burrow, secrétaire générale de la Confédération internationale des syndicats (CSI, 170 millions d’adhérents), a d’ailleurs appelé à « investir dans les activités qui créeront des emplois », comme les énergies renouvelables. « Il n’y a pas d’emplois sur une planète morte », a-t-elle scandé. « Très frustrée par le faible niveau d’ambition » des Etats en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre, l’ancienne enseignante galloise a estimé que « les maires des grandes villes ont aujourd’hui plus de pouvoir que les gouvernements ».

 

 

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