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Décentralisation

[Edito] Chimère bretonne

Publié le 01/07/2015 • Par La Rédaction • dans : Opinions, Régions

Jean-Baptiste Forray

Jean-Baptiste Forray

rédacteur en chef adjoint

De Fougères à la pointe du Raz, les guerres de clocher sont enfouies dans les limbes du passé. Le B 16, conclave formé de la région, des quatre départements et des onze principales intercommunalités de Bretagne, se réunit régulièrement. Et tranche dans le vif. Telle est, naturellement, la matrice de la ministre bretonne chargée de la Décentralisation, Marylise Lebranchu. Sitôt arrivée en 2012, elle entend établir des relations « adultes » entre les associations nationales d’élus locaux et le gouvernement. Il s’agit aussi, dans chaque région, d’instaurer des conférences territoriales de l’action publique. Objectif : jeter les bases d’une organisation des compétences « à la carte ».

Usine à gaz. Trois ans après, il y a loin de la coupe aux lèvres. Le train de négociations de 2012-2013 a viré à l’usine à gaz. Des représentants des petites, moyennes et grandes villes aux élus de la montagne ou du littoral, tout ce que le pays compte d’intérêts territoriaux a défilé dans le bureau de la ministre. De l’aveu de Marylise Lebranchu, lors des assises des petites villes, le 19 juin à Paimpol (Côtes-d’Armor), 26 associations représentatives ont été reçues pour un total de 126 réunions. Des échanges plus improductifs les uns que les autres, certains vice-présidents n’hésitant pas à appeler juste après un rendez-vous pour dire tout le mal que leur avait inspiré le propos de leur président. Les conférences territoriales de l’action publique ont bien été portées sur les fonts baptismaux, avec la loi « Maptam » du 27 janvier 2014, mais, dix-huit mois après, elles restent au point mort.
Guerres picrocholines. Cet échec était gravé dans le marbre. Excentrée et dotée d’un ciment identitaire qui lui confère un caractère quasi insulaire, la Bretagne n’a rien d’une France en miniature. Passée de la démocratie chrétienne à la deuxième gauche, elle ne possède pas le tempérament gaulois. Ailleurs, les édiles se livrent souvent des batailles au couteau. Demandez au maire de Nice ce qu’il pense de son président de région ! Voyez les guerres picrocholines qui défigurent le Grand Paris ! « Les élus ne se font pas confiance », admet désormais Marylise Lebranchu. Même le sacro-saint modèle breton a du plomb dans l’aile, depuis les coups de sang des Bonnets rouges. La France carbure à la loi, pas au contrat. Y compris en matière de décentralisation. Gaston Defferre l’avait compris. L’autocrate méridional avait mené l’acte I de la décentralisation au canon. Ceci, dès l’orée du règne de François Mitterrand. Loin de cette onde de choc, le pouvoir actuel patine. Avec les palinodies du projet de loi « Notre », il continue de payer cash son erreur historique de 2012.

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Commentaires

[Edito] Chimère bretonne

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Yann Landais

03/07/2015 12h58

Tout-à-fait d’accord. La Bretagne n’est pas la France et inversement. Le B16 palliait l’absence d’un véritable pouvoir régional, comme il en existe dans les grands États européens. Mais faire une usine à gaz d’instances de débats tous azimuths ne fait qu’éloigner le citoyen et l’entreprise qui produit la richesse de celui qui prend les décisions. C’est totalement contre-productif. Seule une véritable loi de décentralisation, transférant d’importantes compétences de l’État à des régions clairement identifiées comme la Bretagne à 5 départements (économie, environnement, eau, énergie, transports, une bonne part de l’éducation, l’emploi, la formation professionnelle, la culture, les langues régionales, les sports, la jeunesse, le tourisme …) donnerait une nouvelle dynamique et une envie de bâtir des projets territoriaux bâtis par des citoyens engagés et conscients des multiples enjeux d’aujourd’hui. Quel gâchis technocratique !

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