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Charles Pasqua, une certaine idée du département

Publié le • Mis à jour le • Par • dans : A la une, France

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charles-pasqua-une © Stéphane de Sakutin - AFP

Disparu le 29 juin 2015, l’ancien patron des Hauts-de-Seine multipliait les coups de griffe contre la réforme territoriale. Ministre d’Etat entre 1993 et 1995, Charles Pasqua avait tenté de relancer la politique d’aménagement du territoire.

 

Il fallait les voir défiler, les grognards du 9-2. Philippe Pémezec, André Santini, Hervé Marseille… : tous ces maires donnaient l’accolade à « Charles », l’ancien parrain politique du département. Entre eux, se prolongeait un lien indissoluble, presque sacré. Le temps suspendait son vol. Comme jadis, Charles Pasqua clouait au pilori « le pouvoir socialiste » qui voulait liquider « le pouvoir élu ». L’alternance de 2017 serait musclée ou ne serait pas. « Il vaudrait mieux que vous ayez rédigé des textes, pour foutre en l’air ce que les autres ont voté », exhortait-il, dans son style inimitable. Et Charles Pasqua d’asséner : « Il faut créer une association qui recense tous ceux qui font preuve de volonté et de dynamisme pour s’attaquer aux élus, de façon à ce que l’on puisse faire la liste et virer un certain nombre de gens. »

Lors de la conférence de presse annonçant, ce 6 mai 2015, la fusion de deux associations d’élus de droite (L’ASERDEL et le MNEL), l’octogénaire était apparu particulièrement en verve. Impossible de pressentir qu’il s’agissait de l’une de ses dernières interventions publiques…

Fief sur-mesure

Jusqu’à son dernier souffle, l’ancien résistant était resté un combattant. Un militant. Un gaulliste pur et dur. Un républicain à l’ancienne aussi par certains aspects. En matière d’organisation territoriale, Charles Pasqua mêlait volontiers ces deux traditions. Imprégné d’autorité de l’État, le sénateur se montrait attaché aux deux pierres angulaires de la IIIème République : la commune et le département. Longtemps, ceux-ci s’étaient dérobés à lui. Politicien madré, rarement avare d’un coup tordu, le lieutenant de Jacques Chirac faisait la pluie et le beau temps au RPR. Mais pas dans ses Hauts-de-Seine. Cet improbable groupement de 36 communes, en forme de banane, avait pourtant été taillé en 1964 par et pour les gaullistes.

Charles Pasqua l’avait bien dirigé entre 1973 et 1976. En 1983, ses affidés, Patrick Balkany et Patrick Devedjian avaient ravi les citadelles rouges de Levallois et Antony. Mais sa faconde méridionale jurait dans son territoire d’élection de Neuilly. En 1983, Charles Pasqua était resté à la porte de l’hôtel de ville, roulé dans la farine par l’un des siens : Nicolas Sarkozy.

Fibre sociale

Charles Pasqua finissait par prendre les commandes du département en 1988. Une collectivité richissime, bénéficiant des royalties du plus grand centre d’affaires d’Europe, La Défense. Un Etat dans l’Etat. Une cash-machine pour le RPR. Le budget de « la coopération décentralisée » explosait. Sous l’égide de Charles Pasqua, le département menait sa propre diplomatie en Afrique, loin des standards du quai d’Orsay.

« Le président » avait des idées à revendre. La tripe populaire et la fibre sociale, Charles Pasqua menait un vaste plan de rénovation urbaine. Pour ce faire, il allait même jusqu’à débaucher un ancien compagnon de route du PC, l’architecte Roland Castro. Un autre ex « coco », Maurice Leroy entrait à son cabinet. La vieille alliance entre gaullistes et communistes n’était donc pas morte !

En cette première moitié des années 1990, le « Pasqualand » était à son zénith. Son chef se voyait un destin présidentiel. En 1993, l’ancien représentant de commerce avait obtenu son bâton de maréchal : un ministère d’Etat. A l’Intérieur, son dada, il avait ajouté un dessein : l’aménagement du territoire. Le petit Charles voulait ressusciter le grand.

Il entendait renouer avec l’ambition de la DATAR des années 1960, façon Olivier Guichard ou Jérôme Monod. Pour cela, le ministre de l’Intérieur et de l’Aménagement du Territoire s’était entouré d’une équipe de choc. Parmi elle, une fine plume : Henri Guaino.

Le tribun des grands-messes du RPR phosphorait sec. La loi Pasqua du 5 février 1995 ne manquait pas d’ampleur. De nouvelles unités territoriales, les pays, voyaient le jour. Un schéma national d’aménagement du Territoire était porté sur les fonts baptismaux. Une modulation des concours de l’Etat fondée sur une plus forte péréquation était déjà dans l’air.

Haro sur la métropole

Mais Charles Pasqua misait sur le mauvais cheval, Edouard Balladur, aux présidentielles de 1995. Quelques années plus tard, Dominique Voynet taillait en pièces sa loi. L’aménagement du territoire à la mode gaullienne avait vécu.

Malgré un coup d’éclat aux européennes de 1999, Charles Pasqua devait en rabattre. En proie aux foudres de Jacques Chirac et des juges, il se retirait sur son Aventin, le conseil général des Hauts-de-Seine. En 2004, le parrain du département passait la main à Nicolas Sarkozy. Il gardait cependant un œil sur sa chère collectivité. La métropole du Grand Paris, prélude à la disparition du 9-2, lui était insupportable. « Le général de Gaulle avait considéré que la région parisienne était sous-administrée et qu’il fallait rapprocher les centres de décision des électeurs. Les socialistes font rigoureusement le contraire. Ils en reviennent aux organisations antérieures », fulminait encore Charles Pasqua, au printemps 2014. Les tables de la loi gaulliste en bandoulière, l’ancien ministre de l’Intérieur réclamait un référendum sur la réforme territoriale. Il prêchait dans le désert. Charles Pasqua n’en avait cure. Il n’était pas homme à épouser les vents dominants.

Charles Pasqua, le 30 mai 2015, lors du Congrès fondateur de Les Républicains.

Charles Pasqua, le 30 mai 2015, lors du Congrès fondateur de Les Républicains.

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