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Santé

Démographie médicale : les maires ne veulent pas faire le dos rond

Publié le • Mis à jour le • Par • dans : France

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Maison médicalisée © Fotolia

Le 9e Atlas de la démographie médicale confirme l’amorce de la baisse du nombre de médecins et l’accentuation des déséquilibres territoriaux. L'association Élus Santé Publique et Territoires demande que le projet de loi de santé consacre explicitement le rôle que les maires doivent jouer en matière de prévention et d’organisation locale du système de santé.

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Déserts médicaux, démographie médicale : les politiques publiques impuissantes

 

Avec 215 539 médecins en activité, notre pays retient son souffle avant le tsunami annoncé des départs en retraite massifs. Selon le 9e Atlas de la démographie médicale de l’Ordre des médecins, rendu public le 16 juin, le nombre de retraités est déjà passé de 37 433 en 2007 à 65 548 en 2015 : une hausse de 75,1% contre 1,2% pour les actifs sur la même période.

Soulignons, tout de même, que les premières statistiques de l’Atlas prennent en compte l’ensemble des 281 087 médecins inscrits, actifs et retraités, ce qui lui permet d’afficher qu’« il n’y a jamais eu autant de médecins en France…. » et de calculer des moyennes d’âge catastrophistes de 59 ans pour les hommes et 53 ans pour les femmes ! Si on regarde les chiffres concernant les actifs dits « en activité régulière » (ils sont 198 365 médecins), plus du quart ont 60 ans ou plus et la moyenne d’âge est de 51,5 ans. C’est suffisamment inquiétant… Les nuages démographiques vont s’amonceler pendant 10 ans, prévoient les spécialistes.

Lire aussi : Démographie médicale : les départements les plus touchés d’ici 5 à 10 ans

La 9e édition confirme aussi que les inégalités territoriales se creusent. Jean-François Rault, président de la section santé publique et démographie médicale du Conseil national de l’Ordre, cite un exemple : « La Loire-Atlantique est le département de France le plus attractif et atteint 306,3 médecins pour 100 000 habitants ; mais dans la même région des Pays-de-la Loire qui, elle aussi connaît la plus forte hausse des effectifs en 9 ans (+6%),  la Mayenne, lanterne rouge, continue de se désertifier avec une densité de 175,3 médecins pour 100 000 habitants. »

63 départements ont subi une baisse de leurs effectifs médicaux depuis 2007. Sait-on, par exemple, que la densité de généralistes à Paris a baissé d’un quart entre 2007-2009 ? Le poids du foncier l’explique évidemment.
Contrairement aux idées reçues, le phénomène ne touche donc pas que les zones rurales. Reste que les zones rurales sont pratiquement toutes touchées. Et si 14 665 médecins retraités continuent une activité, ils le font en zones surdotées : « en zones sous-dotées, ils sont épuisés et retirent définitivement leur plaque », indique Jean-François Rault.

Source : Atlas de la démographie médicale en France, juin 2015

Source : Atlas de la démographie médicale en France, juin 2015

L’Ordre reçoit chaque jour des appels au secours

Chaque jour, l’Ordre reçoit des appels au secours de maires ou présidents d’intercommunalités. Au risque de la surenchère : « certains construisent des maisons de santé libres de tout occupant. Or, on le constate, celles qui peuvent réussir sont en général créées par des médecins quinquagénaires déjà en place », commente Jean-François Rault.
L’Ordre refuse l’idée de contrainte : « Les jeunes médecins sont une minorité à choisir le libéral. Si vous les obligez à aller à tel ou tel endroit, ils se dirigeront vers le salariat. » La loi de l’offre et de la demande joue à plein.

Petite lueur d’espoir de ce 9e Atlas : 15,4% des 7 525 nouveaux inscrits à l’Ordre en 2014 ont fait le choix de l’installation contre 10% en 2010 : un tiers en individuel, un tiers en groupe, et un tiers dans une maison de santé pluridisciplinaire. Chez ces nouveaux inscrits, les diplômes hors de France restent stables à 25%. Le salut ne viendra pas forcément de là, d’autant qu’ils choisissent majoritairement le salariat.

Pour Laurent El Ghozi, président de l’association Élus Santé Publique et Territoires (ESPT) et conseiller municipal de Nanterre (92), pas question de se contenter de faire le dos rond en attendant l’effet-retard de l’augmentation du numérus clausus entamée au début des années 2000.

Le fond devrait être touché en 2025 marqué par un effet de ciseau avec l’augmentation de la population âgée. D’ailleurs certaines communes, « et pas seulement de gauche », s’engagent au point de créer des centres de santé municipaux. D’autres apportent leur soutien à la création de maisons de santé pluridisciplinaires en ancrant l’engagement contractuel professions de santé/élus dans le cadre des contrats de santé locaux (CLS) créés par la loi HPST de 2009 et pilotés par les agences régionales de santé (ARS) – 130 villes ont signé un CLS.

De nombreux leviers sur les déterminants de santé

Accompagné d’élus santé de Neuilly-sur-Seine (Alexandra Fourcade), Brest (Julie Le Goïc) et Rennes (Charlotte Marchandise Franquet), Laurent El Ghozi l’a dit avec force lors de son audition le 9 juin par la commission des affaires sociales du Sénat avant l’examen du projet de loi de modernisation de notre système de santé : « En matière de prévention , mais aussi d’organisation du système de santé au niveau local, les élus locaux disposent de nombreux leviers pour agir sur les déterminants collectifs de santé, conditions de vie, logement, éducation… Il faut leur en donner la compétence partagée avec l’ARS. »

A cet égard, l’association ESPT note avec satisfaction que l’article 13 du projet de loi consacre le rôle des conseils locaux de santé mentale (CLSM). Ils ont le vent en poupe, comme vient de le montrer l’état des lieux à fin 2014 que vient de publier le centre collaborateur OMS pour la recherche et la formation en santé mentale de Lille : on est passé de 35 conseils en 2010 à plus de 100 en 2014 !
« Nous tenons, là, un modèle de gouvernance que l’on devrait généraliser à la santé dans son ensemble, plaide le président d’ESPT : un territoire bien défini - celui du secteur en l’occurrence - et d’une taille pertinente avec une population moyenne de 80 000 habitants ; un tandem élus locaux/professionnels de la psychiatrie à la manœuvre au sein du comité de pilotage ; un travail en commun avec les centres communaux d’actions sociale (CCAS), les conseils départementaux, les ARS, les structures médico-sociales, les bailleurs, la police, les associations…. ; une prise en considération de toute la santé : prévention, articulation des soins, du médico-social, réhabilitation…. »

En revanche, pour le reste, le projet de loi reste elliptique sur le rôle des élus locaux, notamment dans les futures communautés professionnelles territoriales de santé et groupements hospitaliers de territoire. « Les maires doivent être parties prenantes » conclut Laurent El Ghozi. La commission des affaires sociales du sénat devrait remettre sa copie le 22 juillet et le projet de loi sera examiné en première lecture (procédure accélérée) fin septembre et début octobre. Le message passera-t-il ?

Une proposition de loi veut créer des territoires prioritaires

Le député de l’Yonne, Guillaume Larrivé et 45 députés LR ont déposé le 3 juin une proposition de loi créant des territoires prioritaires pour l’installation des médecins (TPIM). Les médecins généralistes, médecins spécialistes et les autres professionnels de santé bénéficieraient d’une exonération totale de l’impôt sur les bénéfices pendant les 10 années suivant leur installation puis d’une exonération de 50% les cinq années suivantes. Le coût pour l’Etat serait compensé pour l’essentiel, par la suppression « assumée » de l’aide médicale d’Etat (AME) et la hausse des prélèvements sur les jeux et paris.

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