Bâtiment - Santé

La qualité de l’air intérieur, grande perdante de la rénovation thermique

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Habitat Toulouse

La rénovation thermique des bâtiments est parfois synonyme de confinement, au risque de favoriser la présence d’un air intérieur toxique. Le 5ème colloque Défis Bâtiment Santé, organisé le 2 juin, a souligné les insuffisances de la réglementation française vis-à-vis du radon, ainsi que des manquements dans l’application des normes de ventilation.

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La qualité de l’air intérieur sous surveillance

En septembre dernier, Ségolène Royal reportait sine die l’obligation légale de mesurer la qualité de l’air dans les crèches et les écoles maternelles, prévue à l’origine pour le 1er janvier 2015, par souci d’allègement des coûts et de simplification des normes pour les communes. Heureusement pour ses élèves, la commune de Saint-Symphorien-sur-Couze, en Haute-Vienne, a réalisé ces mesures qui ont révélé un taux de plus de 1000 becquerels par mètre cube de radioactivité, soit un dépassement de seuil, ce qui a entrainé le déménagement de la classe dans une commune voisine en attendant que des travaux soient réalisés.

La ventilation, lot stratégique des bâtiments sains

Que ce soit pour le radon, ce gaz naturel radioactif qui s’échappe du sol et concerne prioritairement 31 départements (voir la carte de l’IRSN), ou d’autres polluants issus des matériaux de décoration, de construction, d’entretien, de chauffage, ou qu’il s’agisse encore de la propagation des maladies infectieuses par l’air dans les crèches, ou tout simplement le taux élevé de CO2 dans les classes confinées, qui empêche la concentration des élèves, l’importance de la ventilation est sous-évaluée et parfois négligée, au mépris d’une réglementation pourtant existante depuis 1982.

Tel est le constat inquiétant qui ressort de la 5e édition du colloque Défis Bâtiment Santé, organisé le 2 juin 2015. L’organisatrice de l’évènement et spécialiste de la question, Suzanne Déoux, déplorait dans nos colonnes, l’an dernier, l’obsolescence même de cette réglementation. Avec le projet de loi de transition énergétique et l’énorme chantier de l’isolation des bâtiments, la question de la ventilation devient d’autant plus stratégique et critique, les bâtiments étant plus étanches (44 % des logements performants énergétiquement sont équipés en VMC double flux, contre 1 % du parc national, selon une récente étude CSTB/OQAI).

Anomalies et mésusages

En effet, le paradoxe de la rénovation thermique est qu’elle peut engendrer des perturbations hygrothermiques, quand l’air ne circule pas suffisamment, et favoriser des moisissures dangereuses;  ces mêmes moisissures qui aiment se développer dans les filtres encrassés des systèmes de ventilation… Or, selon les mesures sur le terrain du programme Prebat(1), qui concerne les bâtiments performants thermiquement, « dans les bâtiments collectifs, les changements de filtres ont lieu environ tous les ans (ndlr : au lieu de tous les 4 mois pour une ventilation double flux) sauf hôpitaux, plus observants. Ils ne sont pas changés du tout chez les particuliers » rapporte Sébastien Le Meur, d’Air Normand (réseau ATMO France).

L’ingénieur Olivier Sidler, directeur du bureau d’études Enertech, observe les dégâts des défauts de maintenance dans la ventilation double flux : avec l’encrassage du filtre, « on passe de 100 à 25 % de soufflage en 9 mois ». Autre mésusage : boucher les arrivées d’air, quand la soufflerie entraîne une gêne. Mais c’est la conception qui est alors à blâmer. « Même dans les bâtiments neufs, on constate encore des non conformités sur la qualité de l’air » témoigne Sébastien Le Meur.

« Les mêmes anomalies se répètent, confirme Catherine Di Constanzo, directrice générale adjointe de Promotelec Services : bouches d’aération non présentes, ne correspondant pas aux pièces, entretien pas prévu… ». Selon elle, ces défauts seraient liés à une atomisation du marché de la ventilation et à la multiplicité des intervenants. Représentant 3 à 5 % des budgets d’un ouvrage, « ce lot n’a pas su montrer sa valeur ajoutée » conclut la spécialiste.

Les maîtres d’ouvrage n’ont pas acquis les connaissances et beaucoup d’entreprises manquent de compétences. Des fiches d’auto-contrôle, éditées avec le concours de l’Ademe, du Cerema, de la Capeb(2) et d’industriels, sont en cours de finalisation. Mais au service Bâtiment de l’Ademe, Pierre Deroubaix ne croit guère aux progrès, tant qu’il n’y aura pas de contrôle : « en Suède, on contrôle à réception et tous les 3 ans pour l’habitat public  » assure-t-il.

Le radon : un risque sanitaire sous-évalué

Selon l’InVS, 2000 décès par cancer du poumon lui sont imputés en France tous les ans, soit la deuxième cause derrière le tabac ! Le radon, un gaz radioactif qui s’échappe naturellement du sol, s’accumule dans les bâtiments rénovés thermiquement, quand l’air n’est pas suffisamment renouvelé. La réglementation française ne concerne que certains établissements publics accueillant du public de 31 départements prioritaires et les lieux de travail souterrains.

Les deux seuils d’intervention restent fixés, depuis 2004, à 400 et 1000 Bq/m3. Une norme que le Conseil de Santé Publique a conseillé d’abaisser à 300 Bq/m3 en 2010, avec un objectif à long terme à 100 Bq (recommandation de l’OMS). Plus de 40 % des bâtiments des communes à potentiel radon moyen ou élevé dépassent les 100 Bq/m3 et plus de 6 % dépassent les 400 Bq/m3.

En Suisse, une étude sur 160 bâtiments tessinois menée avant et après rénovation énergétique révèle une augmentation moyenne de 25 % du gaz à l’intérieur et même 35 % quand les fenêtres sont changées(3). La France ne possède aucune mesure de prévention dans l’habitat. Elle devra cependant intégrer la directive européenne Euratom [PDF] de 2013 d’ici 2018, en abaissant le seuil de référence à 300 Bq à tous les bâtiments.

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Commentaires

1  |  réagir

13/06/2015 05h11 - mathem18

La vérification de la qualité de l’air intérieur des habitations est pourtant très important. Il serait très utile, par exemple, de le vérifier dans les maisons dont les poutres ont été traitées à l’époque où l’on utilisait certains produits tel le lindane, dont les émanations perdurent très très longtemps.

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