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Education

Grande pauvreté et réussite : l’école aurait-elle une « préférence pour l’inégalité » ?

Publié le • Mis à jour le • Par • dans : A la une, France

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lehman_11 © Flickr CC by lehman_11

Deux rapports sur la réussite scolaire des plus démunis, rendus publics ce mardi 12 mai 2015, dressent un constat implacable sur la façon dont l’école s’empare de cette question, et avancent de multiples pistes pour enfin « faire le choix de la solidarité ».

 

Alors que la polémique sur la réforme du collège fait rage entre le gouvernement qui défend une école plus égalitaire, et ses opposants qui crient au nivellement par le bas, deux rapports sur la réussite scolaire des plus démunis, rendus publics ce mardi 12 mai 2015, remettent opportunément les pendules à l’heure. Le premier, « Une école pour la réussite pour tous », avis réalisé par le Conseil économique social et environnemental (Cese) donne la parole à ceux qui ne l’ont jamais sur l’école : les parents vivant dans la grande pauvreté. Le second, intitulé « grande pauvreté et réussite scolaire », réalisé par l’Inspection générale de l’Éducation nationale, dresse un constat alarmant sur la façon dont l’école répond à la grande pauvreté.

Les deux rapports s’inscrivent dans le sillon de la loi pour la refondation de l’école de la République du 8 juillet 2013 dont l’un des objectifs est de réduire les écarts de réussite liés aux origines sociales. C’est la première fois que ces deux instances collaborent. Elles ont pu compléter mutuellement leur travail sur les auditions et les visites de terrain. Ainsi plus de 200 auditions ont-elles pu être réalisées.

Pas de pédagogie idéale

« Vous ne trouverez rien d’original dans nos préconisations. Il n’y a pas de pédagogie idéale pour la réussite de tous les élèves, mais une multiplicité d’approches possibles. Tout l’enjeu est de réussir à essaimer ce qui fonctionne. Ce rapport n’est pas un rapport de déploration, mais une invitation à la mobilisation solidaire», a déclaré Jean-Paul Delahaye, inspecteur général de l’Éducation nationale et rapporteur. Qu’entend-on par réussite ? « C’est l’accession par tous les élèves du socle commun de connaissances de compétences et de culture », a précisé Marie-Aleth Grard, rapporteur du Cese et vice-présidente d’ATD Quart Monde. Or comment entrer sereinement dans les apprentissages quand on rencontre des difficultés pour se loger, se nourrir, s’habiller, se cultiver ? « Que faisons-nous pour réduire les inégalités entre les enfants ? Aurions-nous collectivement une “préférence pour l’inégalité”  », s’interroge Jean-Paul Delahaye dans son rapport, alors que l’Éducation nationale abordait déjà cette question dans un précédent rapport en 1992.

Désintérêt

Ainsi, 1,2 millions d’enfants et d’adolescents vivent sous le seuil de 50% du revenu médian en France. « Le problème s’est aggravé, mais il n’intéresse personne », se désole Jean-Paul Delahaye, les enfants étant les grands oubliés des débats autour de la crise économique et financière de 2008. Une grande pauvreté que l’école appréhende difficilement, car ses signes ne sont pas facilement détectables, et qui est souvent le terrain d’idées reçues qui mériteraient d’être déconstruites, préconise le rapport de l’inspection générale.

D’autre part, les réponses de l’institution scolaire et de ses partenaires face à la pauvreté sont insuffisantes, juge-t-il. « Disons le sans détour, des économies ont été faites sur les fonds sociaux destinés aux élèves pauvres », s’indigne Jean-Paul Delahaye. De fait ces fonds ont été divisés par deux entre 2001 et 2014. Dans le même temps, le nombre de bénéficiaires a diminué de près d’un tiers, alors que la crise battait son plein. Sur certains territoires, les fonds sociaux des départements ou des régions jouent donc un rôle essentiel de rattrapage. Le rapport insiste donc pour que les fonds sociaux soient progressivement sanctuarisés au niveau de 2001 (70 millions d’euros), mais qu’aussi les bourses du collège soient revalorisées (actuellement 357 € par an à taux plein, soit 1,98 € par jour de classe). Parallèlement à cela, un travail sur le non-recours aux bourses devrait être effectué.

évolution des fonds sociaux collégiens et lycéens dans le public

Implication des collectivités

Soulignant l’effort de nombreuses collectivités locales pour l’accueil de tous les élèves à la cantine, l’inspecteur général préconise de faire de la restauration collective un droit sans aucune condition restrictive. De même, aucun élève ne devrait être empêché d’effectuer un voyage culturel ou linguistique pour des raisons financières. Si les collectivités locales ont un rôle important à jouer en la matière, toutes ne sont pas à la même enseigne, et Jean-Paul Delahaye souligne des disparités susceptibles « de remettre en cause les principes d’égalité et de gratuité qui sont au cœur de l’école républicaine ». Il préconise donc de faire un état des lieux chaque année en Conseil départemental de l’Éducation nationale (CDEN) et/ou en Conseil académique de l’Éducation nationale (CAEN) des actions des collectivités territoriales qui interviennent en appui de l’action de l’État, pour favoriser l’égalité entre tous les élèves : fournitures scolaires, transports, restauration, actions éducatives et culturelles, temps périscolaires… Une préconisation que partage le Cese qui demande de son côté « d’actualiser nationalement et de manière explicite le périmètre de compétences des communes en matière de dépenses obligatoires et de dépenses facultatives ».

Allocations de moyens

La lutte contre l’échec scolaire ne peut se réduire à la question sociale. C’est aussi une question de pédagogie dans un système éducatif où les origines sociales pèsent lourdement sur la réussite scolaire.  

origine sociale des élèves à l'entrée en 6ème en 2014

Jean-Paul Delahaye préconise donc une allocation plus juste des moyens, en donnant la priorité à l’école primaire, et en veillant à mieux doter les collèges et lycées qui accueillent des élèves en difficulté, tout en réaffirmant l’impératif de scolariser davantage d’enfants de moins de 3 ans dans les zones urbaines et rurales défavorisées (30%) et dans les réseaux d’éducation prioritaires renforcés (50%) d’ici à 2017.

Vivre-ensemble

« Il faut faire du commun. Comment être crédible sur le vivre-ensemble si les enfants ne sont pas scolarisés ensemble ? » s’interroge Jean-Paul Delahaye. Comme en témoigne cette inspectrice générale, « ce qui est difficile, c’est l’hétérogénéité, mais quand il n’y en a pas c’est dramatique, car le levier, le moteur dans une classe, c’est le décalage. » Lutter contre les inégalités sociales implique d’aborder la question de la carte scolaire. « Le volontarisme des collectivités locales est de ce point de vue très inégal », pointe le rapport, tout en admettant que la marge de manœuvre des collectivités locales est mince pour rendre certains établissements plus attractifs. Il faut donc que l’Éducation nationale travaille à l’homogénéisation de l’offre de formation, et à l’amélioration du climat scolaire.

Compréhension mutuelle

On notera enfin la volonté de décloisonner l’école, avec entre autres, deux idées originales partagées par les deux rapports : organiser des rencontres et mettre en place des formations communes entre les personnels de l’Éducation nationale et les acteurs de la commune ou du quartier de l’école pour « faciliter les liens et la compréhension mutuelle ».

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  1. 1. BELKAID 16/05/2015, 09h13

    L'inégalité existe partout et dans tous les domaines!

    Au vu depuis des décennies déjà, le but de l'Education Nationale est de préparer l'Elite. Ceux qui ne suivent pas, tant pis pour eux, ils iront en apprentissage...

    Les programmes scolaires manquent de pertinence. L'orientation chez les pré-ados est une catastrophe.
    Il est très compliqué de s'épanouir à l'école pour ceux qui ne souhaite pas rentrer dans le moule...
    La France a un potentiel énorme grâce à tous ses enfants issus de la diversité.
    Je pense que les outils qui sont en place ne répondent pas à ce qu'attendent certains parents et enfants.
    Il y a très peu de concertation entre les pouvoirs publics, les parents et les enfants.
    De plus, nous sommes dans une société de consommation, une mondialisation, tous ces éléments extérieurs peuvent engendrer de la frustration chez certaines familles.

    Par ailleurs, ce souci de valoriser des compétences chez un jeun doué, uniquement sur des matières tels que le français ou les maths, me semblent réducteurs et improductifs.
    Le théâtre, le sport, le dessin, la musique... sont des éléments et des choix importants pour certains, dans la construction d'un parcours professionnel ou d'un projet de vie.
    Mettons l'enfant, le jeune au centre du projet éducatif.
    C'est elle, lui, l'acteur de demain!

    LB

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