Eau et Climat

Forum mondial de Daegu : les acteurs de l’eau veulent en faire un thème majeur de la Cop 21

| Mis à jour le 23/07/2015
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Source : COP 21 
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Le 7ème Forum mondial de l’eau, qui s’est tenu à Daegu du 12 au 17 avril, a été très peu médiatisé. Alors qu’en 2012, la France avait un temps été marseillaise, la capitale de Paca accueillant alors la 6ème édition de ce Forum. Si ce forum ne restera pas dans les annales, il pave néanmoins le chemin vers les conférences onusiennes majeures de septembre (New-York) sur les objectifs du développement durable et de décembre (Paris) sur le climat. Échanges croisés entre trois participants français de retour de Corée du Sud.

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La diplomatie des territoires au service de la COP 21

Rencontre  avec Célia Blauel, adjointe à la maire de Paris, chargée de l’eau et du plan climat territorial, Patrick Trémège, président de la commission coopération décentralisée du Syndicat interdépartemental pour l’assainissement de l’agglomération parisienne, et Philippe Guettier, directeur général du Partenariat français pour l’eau.

On a très peu entendu parler du 7ème Forum mondial de l’eau de Daegu. Quel bilan en tirez-vous ?

célia blauel - libre de droitsCélia Blauel, adjointe à la ville de Paris et présidente d’Eau de Paris : J’assistais là à mon premier forum, qui a amplement promu les entreprises et les solutions techniques. On n’y a pas retrouvé la dimension « société civile » qui avait marqué l’édition marseillaise de 2012 et dont j’ai beaucoup entendu parler.

Particularité du forum de 2015 : la thématique « eau et climat » a commencé à émerger. A titre personnel, toutefois, j’ai jugé les déclarations ministérielle et parlementaire assez déconnectées de la 21ème conférence des parties à la Convention climat (Cop 21, 30 novembre-11 décembre 2015, Paris-Le Bourget). L’occasion de donner une impulsion politique en vue de la prochaine Cop a été quelque peu manquée.

Or, il s’agit de faire de l’eau un enjeu majeur de la Cop 21, ce qui n’est pas encore gagné – alors même que c’est en matière d’eau que l’impact du dérèglement climatique est le plus patent. Jusqu’à présent, l’eau est présente de façon diffuse dans à peu près toutes les thématiques (énergie, santé, sécurité alimentaire, biodiversité …) mais pas abordée comme une problématique centrale.

 

élection du président du SIAAPPatrick Trémège, Syndicat interdépartemental pour l’assainissement de l’agglomération parisienne  (Siaap) : Le fond du problème, c’est que les Cop successives ont été circonscrites au climat, sans que l’eau y soit englobée. Pourtant, l’eau relève d’une problématique certainement mieux comprise que le climat. Elle est perçue comme « un bien commun qui n’a pas de prix » ; il n’existe rien de tel sur le climat, associé à une dimension punitive.

Célia Blauel : Dans l’imaginaire collectif, « l’eau, c’est la vie ». Cela se comprend bien mieux que le dérèglement climatique. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) avance des projections à l’horizon 2100 et au-delà. Parler de restrictions d’eau s’envisage à bien plus court terme. La Californie y est déjà confrontée.

philippe guettier - pseau

Philippe Guettier, Partenariat français pour l’eau (PFE) (1) : A Daegu étaient présents quelque 80 ministres – dont aucun français, ce qui explique en partie la faible couverture médiatique dans l’Hexagone, d’autant que les responsables sud-coréens et le Conseil mondial de l’eau ont peu communiqué de leur côté. Ces ministres étaient essentiellement en charge de l’Environnement et de l’Eau et donc peu à l’aise pour s’exprimer sur le climat, thématique portée par les ministres des Affaires étrangères. Ces derniers assisteront à l’Assemblée générale des Nations-Unies (New-York) des 21-23 septembre prochains, où seront arrêtés les Objectifs du développement durable (ODD) pour la période 2015-2030. C’est là que devra être donné un signal dans le domaine de l’eau, afin de faire le lien avec la prochaine conférence onusienne de décembre sur le climat.

Quel contenu pourraient revêtir ces Objectifs du développement durable ODD, qui devront tenir compte des enjeux climatiques auxquels seront confrontés les pays en développement ?

Philippe Guettier : Il y a un an, l’eau n’apparaissait pas dans le dispositif. Les propositions remises en décembre 2014 par le groupe de travail dit « ouvert » (associant quelque 80 pays) ont été reprises par le Secrétaire général de l’ONU. Il est donc à 90 % acquis que les ODD incluront un objectif centré sur l’eau et l’assainissement, pour lesquels sera visé un accès universel en 2030. A cette date, l’humanité entière devra être desservie par une eau réellement potable – et non juste protégée des contaminations animales, comme le prévoyaient les objectifs du millénaire pour le développement (OMD, 2000-2015) – et des toilettes dignes (2). Au-delà de l’eau et de l’assainissement, des objectifs plus généraux porteront sur la gouvernance, la lutte contre les pollutions et la biodiversité des milieux aquatiques. Tout ce travail a été engagé avant le forum de Daegu, qui a eu le mérite d’ajouter une couche supplémentaire au discours selon lequel la communauté internationale doit se fixer des objectifs ambitieux sur l’eau.

Comment progresse le dossier du financement de l’accès à l’eau et à l’assainissement ?

Philippe Guettier : A Daegu, a été réaffirmé le principe, déjà débattu à Marseille, des « 3 T », pour tarifs, taxes et transferts, notamment internationaux. Sur ce dernier point, la France dispose d’une loi-cadre (la loi Oudin-Santini de 2005), par laquelle les collectivités et les agences de l’eau dégagent environ 25 millions d’euros par an. En étant réaliste – car toutes les collectivités ne peuvent soutenir des actions de coopération décentralisées – 50 millions pourraient être mobilisés chaque année, il y a donc encore du potentiel. Les territoires en développement apprécient que cet argent soit mis à disposition sous forme de dons et non de prêts, comme c’est le cas de 80 % des moyens provenant de l’Agence française de développement.

Patrick Trémège : La coopération internationale n’est pas qu’une question d’argent, l’aide financière seule ne fonctionne pas. L’éloignement des pays partenaires, la faiblesse des institutions (il n’y a pas d’Etat à Haïti), la désorganisation de la gouvernance de l’eau imposent une collaboration avec des ONG immergées dans la situation locale et aptes à y faire de la microchirurgie – et à nous faire un retour hebdomadaire sur les avancées. Les solutions techniques sont disponibles mais leur mise en œuvre sur le terrain est très compliquée. Il est fort difficile de définir un cahier des charges commun, tant les spécificités diffèrent d’un pays à l’autre.

Sur une capacité annuelle de 4 millions d’euros, le Siaap n’en mobilise que la moitié pour des opérations de solidarité internationale : nous n’engageons que des opérations dont nous sommes sûrs qu’elles porteront des résultats. Outre le volet technique, nous travaillons sur des schémas directeurs, sur la formation et le renforcement des compétences. Le poids de l’histoire et des liens avec les acteurs fait avancer les projets. Le Siaap rénove ainsi le réseau d’assainissement d’une petite ville du Salvador, après avoir noué un bon contact avec son maire, lors du Forum de Marseille. Cet événement nous a donné du travail pour les six années suivantes. C’est dans les mois à venir que l’on mesurera le résultat du Forum de Daegu, où l’on a distribué des milliers de cartes de visite !

Célia Blauel : La ville est sollicitée sur une multitude de projets, pour lesquels il n’y pas toujours de portage crédible. Paris mène cinq partenariats sur l’eau avec des villes auxquelles la lie une amitié de longue date. A Phnom Penh (Cambodge), par exemple, elle finance des branchements au réseau d’eau potable tout en assurant des formations à l’entretien technique et à la gestion de la facturation.

La ville vient en outre de franchir une autre étape, avec l’adoption, mi-avril, d’une délibération sur la création d’un Fonds vert : il s’agit de répliquer, à l’échelle des collectivités, l’outil qui avait été prévu à la conférence climat de Copenhague en 2009, pour financer l’adaptation des pays en développement au dérèglement du climat.

Philippe Guettier : Pour qu’il y ait un accord à la Cop 21, il faut que les pays en développement aient envie de le signer. Ce qui suppose que l’accord comprenne un volet sur leur adaptation au dérèglement climatique. Or, 80 % des projets d’adaptation concernent l’eau, qu’il s’agisse de la gestion économe, de la qualité de la ressource, de la gestion des épisodes extrêmes … Il faudra donc que le Fonds vert créé l’échelle internationale dispose de moyens dédiés en priorité à l’eau. C’est la logique des acteurs du secteur, qui œuvrent pour que l’eau acquière une dimension pleine et entière dans la négociation climat.

Dans ce travail de longue haleine, ne craignez-vous pas l’essoufflement ?

Célia Blauel : Non car, en matière de climat, les collectivités ont quinze ans d’avance sur les Etats. A la Cop 20 de Lima (décembre 2014), j’ai eu à présenter 17 fois en trois jours l’action de Paris dans la lutte contre le changement climatique. Vu l’intérêt suscité, il semble que la ville n’ait pas à rougir de son action. Quand l’Etat en est comptabiliser les émissions de gaz à effet de serre et à tenter de faire passer une loi sur la transition énergétique, cela fait dix ans que la ville déploie un plan climat qui traite de la construction, des transports, de l’alimentation, qui mobilise les entreprises et les copropriétés … Lors de la dernière assemblée générale d’Energy Cities (un millier de villes européennes), fin avril, les représentants devaient exprimer le message qu’ils souhaitaient transmettre à leur gouvernement à leur retour. Il en est unanimement ressorti : « Regardez ce que l’on fait et soyez courageux ».

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