Climat et eau

Bassin Rhône-Méditerranée : les solutions d’adaptation intégreront les documents d’urbanisme

| Mis à jour le 04/05/2015
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rhône vu du ciel - lejournal.cnrs.fr

CNRD

De la Côte-d’Or à la Côte d’Azur, les inondations frappent de façon récurrente le bassin Rhône Méditerranée. Pour autant, les sols subiront un assèchement, du fait du dérèglement climatique. Le plan d’adaptation, que l’agence de l’eau a fait aboutir en mai 2014 après trois ans de préparation, a vocation à irriguer les documents d’urbanisme des autorités locales (schémas de cohérence territoriale et plans locaux d’urbanisme) ainsi que ceux liés à la nouvelle donne climatique (schémas régionaux climat-air-énergie et les plans climat-énergie-air territoriaux). Des collectivités, urbaines et rurales, en appliquent déjà les grands principes.

« En matière d’adaptation au dérèglement climatique, 90 % des mesures à engager concernent l’eau », rappelle Henri Bégorre, président du Partenariat français pour l’eau. Rhône-Méditerranée est particulièrement exposé : si l’on superpose les diverses cartes de vulnérabilité (au regard de la disponibilité en eau, du bilan hydrique des sols pour l’agriculture, de la préservation de la biodiversité des milieux aquatiques et humides, de la capacité d’auto-épuration des cours d’eau et de l’enneigement), c’est l’intégralité du bassin qui ressort en zone rouge.

Le plan d’adaptation de Rhône Méditerranée, élaboré avec l’appui du climatologue Hervé Le Treut et co-signé, en mai 2014, par les présidents des cinq régions concernées (1), est l’unique outil du genre adopté à l’échelle d’un bassin hydrographique.

Les cartes de vulnérabilité et les principales recommandations seront intégrées au nouveau Schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux (Sdage – 2016-2021), qui doit être adopté mi-2015.

Depuis la loi du 24 mars 2014 sur l’accès au logement et à un urbanisme rénové (Alur), le Sdage est opposable aux schémas de cohérence territoriale : les orientations du plan d’adaptation du bassin, piloté par l’agence de l’eau, auront donc leur traduction dans les documents d’urbanisme des collectivités.
« Le plan a été conçu pour être facilement ‘implémentable’ dans d’autres plans, à l’échelle des territoires, souligne Martin Guesperau, directeur général de l’établissement public. En termes techniques, il s’agit de mesures à portée de main, relevant le plus souvent de l’ordre de l’évidence. »

Revue des grands principes du plan, déjà en partie appliqués sur le terrain et présentés, le 29 avril 2015 à Lyon, lors d’une rencontre organisée par l’agence de l’eau.

1 – Retenir l’eau dans les territoires

Dans ce domaine, « l’évidence » consiste en une petite révolution, puisqu’il s’agit de revenir sur des décennies d’habitude du « tout-tuyau » : au lieu de capter les eaux de pluie via le réseau d’assainissement (le plus souvent unitaire c’est-à-dire collectant aussi les eaux usées des bâtiments), il s’agit de les laisser s’infiltrer simplement dans la terre, pour qu’elles rechargent les nappes. « Pourquoi collecter les eaux pluviales et les transporter, parfois sur des dizaines de kilomètres, vers une station d’épuration en voie de saturation, alors même que ces eaux sont propres ? », pointe Martin Guespereau. Les solutions d’infiltration sont peu coûteuses : pour 40 % des projets que soutient actuellement l’agence de l’eau, l’enveloppe n’excède pas 100 000 euros.

Le plan d’adaptation au changement climatique du bassin pose la règle de « la compensation à 150 % » des nouvelles imperméabilisations en zone urbanisée : pour chaque mètre carré construit ou bitumé, devra être créée une surface (fossé, noue, bassin, « jardin de pluie ») récupérant les pluies tombant sur 1,5 m2.

 

montpellier campus - Isabelle Zillig-Florin

La ville de Montpellier met déjà en œuvre ces solutions d’infiltration à la parcelle, dans le cadre du réaménagement du quartier de l’Université (Opération Campus) – situé en zone inondable. Bassins, noues, espaces verts, toitures végétalisées, couverture du sol en mélange de terre et de pierres permettent le « zéro rejet » d’eaux pluviales, infiltrées sur place. Cette solution s’est chiffrée à 7 millions d’euros, alors que le redimensionnement du réseau d’assainissement en aurait coûté 50 !

Malgré l’indéniable avantage économique de cet aménagement, il a fallu surmonter diverses réticences : frustrations liées à des espaces rendus inconstructibles, craintes sur la sécurité du fait de la présence de bassins, lesquels pouvaient en outre attirer des moustiques et poser un risque sanitaire… Les réserves ont été surmontées « par le dialogue », assure Béatrice Marti, responsable du service hydraulique urbaine de la ville. Surtout, « les inondations à répétition de l’automne 2014, qui ont causé 10 millions d’euros de dégâts pour les collectivités et 8 millions pour les entreprises, ont achevé de convaincre ».

2 – Mettre un terme aux gaspillages

Sur l’ensemble du bassin, les réseaux d’eau potable devront avoir atteint un rendement de 65 % en 2020 et de 85 % en 2030. Dans les collectivités, les économies passeront aussi par la mobilisation de ressources de substitution : en 2030, celles de plus de 10 000 habitants devront avoir remplacé par des eaux de pluie ou issues des stations d’épuration 30 % des volumes alloués à l’arrosage des espaces verts et au nettoyage de la voirie.

L’agriculture devra avoir réduit de 20 % les volumes mobilisés pour l’irrigation d’ici 2030. Dans ce secteur, « le mètre cube économisé coûte 2 euros, contre 15 à 20 euros pour celui issu d’une retenue d’eau », note Martin Guesperau.

En 2014, les opérations d’économies d’eau soutenues par l’agence ont fait épargner 70 millions de m3 sur l’année (toutes activités confondues), soit la consommation d’une ville d’un million d’habitants.

digne les bains - tuyaiu - villeIllustration à Digne-les-Bains : la ville-préfecture des Alpes de Haute-Provence est en passe d’atteindre les 70 % de rendement du réseau d’eau potable (partant de 45 % en 2010), à l’issue d’un programme d’investissement de 4,5 millions d’euros de 2011 à 2015 qui a vu renouvelés 10 km de canalisations (sur 170 km). Après un nouvel investissement équivalent, la régie municipale vise les 85 % de rendement dans une dizaine d’années.

Si la commune n’a jusqu’alors guère été regardante sur les fuites, c’est qu’elle dispose d’une ressource abondante et de qualité, provenant de la nappe de la Bléone. « L’eau s’achemine par voie gravitaire et sa potabilisation se résume à une simple chloration : sa mobilisation et son traitement sont donc peu coûteux, expose Christophe Bouchot, directeur de la régie. Dans ce contexte, le gaspillage n’a pas d’impact économique et les investissements que nous déployons ne présentent pas d’intérêt, au strict plan financier. Pour autant, cette situation n’est pas tenable à terme : nous devons passer à une logique de gestion patrimoniale du réseau, dont le manque d’entretien expose à un risque de grosse casse. En outre, il faut aussi anticiper une éventuelle sécheresse, la ville ne disposant d’aucune ressource de substitution », met en garde Christophe Bouchot.

3 – renforcer les défenses des milieux aquatiques

Pour redonner un espace de fonctionnement aux rivières, le plan d’adaptation du bassin Rhône-Méditerranée prévoit le déploiement de champs d’expansion naturelle des crues sur 20 % du linéaire des cours d’eau d’ici 2050. Autre voie à privilégier : la protection et la restauration des zones humides, éponges naturelles qui retiennent l’eau dans le sol.

aude - débardage - ladepeche.frLe conseil départemental de l’Aude a engagé un tel chantier sur la forêt de Bac Pégulllier, espace naturel sensible dont il est propriétaire et gestionnaire depuis 2010. Sur quelque 65 hectares situés entre 1 600 et 1 800 m d’altitude, sur la face nord du Pic Madres, le site abrite 36 zones humides, en tête du bassin versant de l’Aude. Dans les années 1960, il a été planté d’épicéas, très gourmands en eau et responsables de l’assèchement des tourbières.

En septembre 2014, le département y a dégagé 400 m3 de résineux, extraits par des chevaux pour ne pas endommager le site Natura 2000, également classé en forêt de protection. Il se donne dix ans pour avoir intégralement restauré les zones humides de la forêt, qui pourront ainsi « soutenir le débit des cours d’eau en période d’étiage et réduire l’impact des crues », fait valoir François Chantellard, chef du service aménagement des territoires du conseil départemental. La première opération s’avère « économiquement abordable et facilement reproductible ».

Selon une étude réalisée dans le cadre de l’élaboration du schéma d’aménagement et de gestion (Sage) de la Haute Vallée de l’Aude, les 3 000 ha de tourbières de la forêt de Bac Pégullier permettraient de retenir 19 millions de m3. Soit autant que les deux barrages hydroélectriques de Matemale et Puyvalador, qui servent aussi à réguler le cours de l’Aude.

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