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Travail social

Protection de l’enfance : l’Anas livre ses attentes

Publié le 28/04/2015 • Par Hervé Jouanneau • dans : Actu experts prévention sécurité, France

antoine guillet
Valerio Vincenzo
Un mois après l'assassinat d'un travailleur social à Nantes, Antoine Guillet, membre du conseil d'administration de l'Association nationale des assistants de service social (ANAS) fait le point sur l'actualité du secteur, et notamment l'examen à venir de la proposition de loi sur la protection de l'enfant. Entretien.

Un mois après l’assassinat d’un éducateur à Nantes, l’émotion reste vive parmi les professionnels. Sur place, plusieurs voix disent ne pas pouvoir continuer « sans les moyens de faire face ». Quelle est la position de l’ANAS ?

Nous nous joignons à l’émotion suscitée par cet assassinat qui nous bouleverse tous en tant que travailleurs sociaux. Mais nous avons choisi de ne pas entrer dans ces revendications sur les moyens qui, selon nous, ne peuvent se baser sur un fait divers, aussi dramatique que celui qui s’est produit en mars. L’ANAS a, par le passé, dénoncé les revendications de La Voix de l’Enfant suite à l’Affaire Marina qui utilisait l’émotion liée à un fait divers pour alimenter des discours simplistes et sécuritaires.

Si les constats alarmistes de nos collègues de Loire-Atlantique viennent pointer à raison des évolutions à l’œuvre depuis plusieurs années et un manque de moyen, il me paraît dangereux de relier cela au drame survenu il y a un mois. Sur le fond, bien sûr, la protection de l’enfance souffre d’un manque évident de moyens, en termes d’effectifs, en termes de formation et en termes financiers. Nous le disons depuis longtemps.

Par exemple en matière d’évaluation, avec la création en 2011 par la PJJ des mesures d’investigation judiciaire éducative sans que soit pris en compte les besoins, l’avis des associations. On a alors supprimé un dispositif pour créer cette mesure moins coûteuse.

Autre exemple : les mesures en souffrance. Des mesures en milieu ouvert pour lesquelles il y a parfois six mois d’attente avant d’être mise en œuvre quand bien même, dans certains cas, il y a urgence. De même pour certaines mesures de placement qui ne sont pas appliquées faute de places disponibles.

Le drame de Nantes a lancé un débat sur les violences subies par les travailleurs sociaux. Quelle analyse votre association fait-elle de cette question du risque ?

Oui, les professionnels sont exposés à des risques. Mais il faut faire attention à ce qu’on veut dire. Les professionnels n’ont pas le choix : ils doivent travailler avec ces risques. S’ils veulent les diminuer, cela se fera au détriment du lien établi avec la personne.

La violence ne signifie pas qu’on travaille avec une population dangereuse en soi. Mais l’agressivité, les insultes résultent certes d’un climat général mais aussi de la manière dont sont perçues les interventions par les personnes.

Il y a des situations de précarité grandissante, de ressenti violent de la part d’une frange de la population la plus en difficulté. Les systèmes d’intervention dans lesquels ils sont plongés pour être aidés sont parfois violents. C’est l’exemple des informations préoccupantes. C’est aussi l’exemple des mesures qui prennent du retard ou celles mal comprises….

Vous avez rencontré le 20 avril dernier la secrétaire d’Etat en charge de la famille, Laurence Rossignol pour évoquer notamment la proposition de loi sur la protection de l’enfant. Adoptée à la mi-mars au Sénat, elle sera examiné à partir du 12 mai à l’Assemblée nationale. Qu’est-il ressorti de cette rencontre ?

Nous sommes revenus sur certains aspects de ce texte, dans un un communiqué où nous alertions sur la dangerosité de certaines dispositions de cette proposition de loi. Nous avons exprimé notre satisfaction suite à la décision du Sénat de ne pas adopter par exemple le retrait automatique de l’autorité parentale pour le parent condamné. Cela ne devrait d’ailleurs pas être réintroduit à l’Assemblée. Satisfaction également de l’abandon d’une durée maximale pour les mesures éducatives.

En revanche, nous déplorons que le Sénat n’ait pas retenu le projet de créer une instance interministérielle de pilotage de la protection de l’enfance. Mais la proposition devrait revenir à l’Assemblée d’après ce que Laurence Rossignol nous a dit.

Nous avons également évoqué l’évolution des cellules de recueil d’informations préoccupantes, qui ont contribué à un abaissement général du seuil de « tolérance » des professionnels face aux difficultés éducatives des parents. En somme, on s’inquiète plus vite et on s’ingère dans la famille plus vite dans un cadre administratif de contrainte… Il y a là un effet pervers du souci de protection. Cela pose question.

Depuis les attentats de janvier, le gouvernement a fait une priorité de la prévention de la radicalisation. L’ANAS ne cache pas ses réticences à investir ce champ. Pourquoi ?

Par provocation, je dirais que le travail social n’a pas vocation à prévenir le terrorisme ! En revanche, nous avons pour fonction d’intervenir sur ce qui peut amener les jeunes ou moins jeunes à dévier vers des fonctionnements sectaires ou fanatiques.

Le fait est qu’on a de plus en plus tendance à décliner les politiques publiques en fonction de problématiques très ciblées. Les mêmes jeunes peuvent être considérés comme en voie de radicalisation, ou encore en situation de danger en termes de protection de l’enfance. Mon sentiment est que des dispositifs extrêmement lourds et coûteux sont créés sans régler le fond du problème. Il faut y faire attention car on peut imaginer que les cellules de recueil des informations préoccupantes puissent être instrumentalisées aux fins de prévention de la radicalisation…

C’est la raison pour laquelle nous sommes très réticents à participer à ces réflexions qui rejoignent d’ailleurs celles sur la prévention de la délinquance qui appelle régulièrement les assistants de service social à participer à l’échange d’informations avec les partenaires locaux de conseils locaux de sécurité et de prévention de la délinquance.

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Protection de l’enfance : l’Anas livre ses attentes

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yannisgab

05/05/2015 12h22

Cher Monsieur,

votre prise de parole est selon moi des plus malheureuses et je regrette au plus haut point que cela soit le résumé de la position de l’ANAS à ce sujet.
Cet assassinat n’est pas qu’un fait divers mais bien également la résultante d’un manque de moyens, ne vous en déplaise.

Quand les travailleurs sociaux n’ont pas le temps de réfléchir aux situations qu’ils rencontrent parce qu’ils sont dans l’obligation d’assurer le suivi de 30 mineurs, que le CG fait ce choix de ratio (inférieur dans certaines régions, supérieur dans d’autre), c’est bien de moyens et de choix politiques dont il s’agit.

Quand les décisions de justice mettent plusieurs mois à être appliquées car les services habilités sont débordés et que nous nous retrouvons dans l’urgence de devoir respecter ces ordonnances qui n’ont parfois plus de sens, c’est bien de moyens dont il s’agit.

Ces moyens consisteraient à l’embauche de quelques travailleurs sociaux et de psychologues supplémentaires sur chaque service de milieu ouvert pour faire baisser ces ratio intenables. Ceci permettrait aux professionnels d’avoir le temps d’appréhender les situations au lieu de se situer systématiquement dans l’action. Ainsi pourrions-nous enfin mettre en oeuvre l’articulation théorie/pratique que l’on enseigne de manière quasi dogmatique pendant trois ans d’école pour la voir réduite à peanuts sur le terrain ou les temps de réflexion manquent cruellement, quand ils ne sont pas absents purement et simplement dans certains services.

Loin de moi l’idée de travailler avec le risque 0, mais le manque de moyens génère du risque supplémentaire, ce que vous ne pouvez nier. Le drame et le manque de temps pour penser et analyser les situations auxquelles nous sommes confrontés en tant que travailleurs sociaux sont ainsi intimement liés, c’est un fait. Les professionnels alertent les pouvoirs publics depuis des années à ce sujet, dénonçant les risques que cela comporte (cf le billet d’humeur de 2011 téléchargeable ici et intitulé « faut-il un mort? »http://www.lecanardsocial.com/ArticleFil.aspx?i=275 )

Il me parait donc logique de considérer votre comparaison entre le positionnement des salariés du SSPE et le comportement de l’association » la voix de l’enfant » lors de l’affaire Marina comme inadmissible et particulièrement maladroite, termes que je choisis soigneusement pour éviter toute forme de vulgarité.
Je n’ai pas la sensation d' »utiliser l’émotion liée à un fait divers » comme vous l’écrivez si mal. Je pense uniquement utiliser le peu de médiatisation qui est faite autour de ce drame pour faire entendre des revendications finalement anciennes, ce que vous notez également, à plus grande échelle que l’entre-soi dont semble se satisfaire l’ANAS, qui ne parle finalement qu’aux professionnels et -un peu- aux décideurs.La communication est aujourd’hui une chose importante et les problèmes qui demeurent sous-médiatisés sont rarement pris en compte.
Davantage de moyens n’auraient peut-être pas évité ce drame. Mais le « peut-être » implique également la possibilité d’un contraire, ce qui fait que cet événement et cette question sont liés.
Réfléchissez bien à ce que vous avez écrit, relisez vous, contactez les salariés du SSPE si vous voulez des précisions, mais ne les accusez pas de l’ignominie alors que vous n’avez pas pris la peine d’en échanger car ce n’est pas loin d’être pitoyable outre la méchanceté gratuite que cela implique.

Y.Gaborieau

GUILLET Antoine

06/05/2015 03h22

Monsieur,

Je comprends complètement votre émotion et sachez que l’ANAS soutient les revendications concernant le manque de moyens et de reconnaissance des professionnels de la protection de l’enfance. Si mon analyse des choses vous a heurté, je le regrette profondément.

Toutefois, je pense que vous interprétez mal mon propos. J’essaye de proposer une analyse apportant de la complexité face à l’émotion qui nous submergent.
A aucun moment je ne dis que vos revendications ne sont pas justifiées et je ne compare pas ces revendications à celles de La voix de l’enfant. Ceci est une lecture rapide et partielle de mon propos.

Je tente simplement d’expliquer la vigilance nécessaire dès lors que des revendications, des propositions surviennent suite à un fait divers. Rien de plus. J’appelle aussi à la prudence face au risque de considérer certaines populations comme dangereuses en soi.

Ensuite, j’évoque le manque de moyens et les mesures qui prennent du retard. L’ANAS le dit depuis longtemps comme d’autres associations. En ce sens, je pense que nos deux propos se rejoignent.

Si vous êtes en désaccord avec mon analyse des choses, je l’entends tout à fait. Par contre, je ne pense pas que mes propos soient insultants ou irrespectueux, contrairement aux vôtres.

Je peux tout à fait me rendre disponible si vous souhaitez en échanger en direct.

Cordialement.

A.GUILLET

yannisgab

07/05/2015 03h31

Très bien. Expliquez-vous sur le parallèle avec « La voix de l’enfant » dans l’affaire Marina. Expliquez – vous également quant à la phrase « utiliser l’émotion liée à un fait divers ». Je vous demande aussi de me dire si vous considérez cette mort véritablement comme un fait divers à la lumière des éléments que je vous ai donné moyens manquans/drame survenu.
S’il vous plait, ne jouez pas la carte de « je comprends votre émotion » « l’émotion qui nous submerge « , je suis tout à fait en capacité de raisonner. Puisque nos revendications ne sont ni plus ni moins les mêmes qu’il y a 10ans, dites moi en quoi l’émotion est intervenue dans les propos des salariés relayés médiatiquement et quel est donc le sens de votre « appel à la vigilance », puisque c’est ainsi que vous nommez à présent les choses.
Mes collègues et moi-même avons communiqué depuis le drame avec un constant souci de dignité. La mort de notre collègue nous amène simplement à dire certaines choses, effectivement peu éloignées de votre prise de position. Nos propos sont mesurés et réfléchis, je ne comprends donc en aucun cas vos réserves. J’aimerais aussi savoir qui a évoqué, dans ce cadre, le fait de pouvoir considérer « certaines populations comme dangereuses en soi »? L’avez vous lu quelque part ou bien faites vous de nouveau des projections hasardeuses?

Cordialement
Y.Gaborieau
@yannisgab

GUILLET Antoine

07/05/2015 04h52

Monsieur,

Je me suis expliqué dans mon précédent message.

La communication par commentaires interposés atteint ses limites et je ne veux pas alimenter une escalade dans l’agressivité qui n’apporte rien au débat et à notre échange.

Aussi, je vous propose un échange téléphonique. Vous pouvez adresser un mail au secrétariat de l’ANAS (adh.anas@yahoo.fr) en demandant à vous entretenir avec moi et en laissant vos coordonnées.

Je ne manquerai alors pas de vous contacter afin que je puisse vous préciser ma perception des choses et répondre à vos questions.

Cordialement.

A.GUILLET

yannisgab

07/05/2015 07h47

Très bien. Je vous envoie ça de suite. J espère effectivement pouvoir converser prochainement avec vous car votre message précédent me paraît certes défensif mais en rien explicatif.
Cordialement
Y.Gaborieau

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