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Travail social

Protection de l’enfance : l’Anas livre ses attentes

Publié le • Par • dans : Actu experts prévention sécurité, France

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antoine guillet © Valerio Vincenzo

Un mois après l'assassinat d'un travailleur social à Nantes, Antoine Guillet, membre du conseil d'administration de l'Association nationale des assistants de service social (ANAS) fait le point sur l'actualité du secteur, et notamment l'examen à venir de la proposition de loi sur la protection de l'enfant. Entretien.

 

Un mois après l’assassinat d’un éducateur à Nantes, l’émotion reste vive parmi les professionnels. Sur place, plusieurs voix disent ne pas pouvoir continuer « sans les moyens de faire face ». Quelle est la position de l’ANAS ?

Nous nous joignons à l’émotion suscitée par cet assassinat qui nous bouleverse tous en tant que travailleurs sociaux. Mais nous avons choisi de ne pas entrer dans ces revendications sur les moyens qui, selon nous, ne peuvent se baser sur un fait divers, aussi dramatique que celui qui s’est produit en mars. L’ANAS a, par le passé, dénoncé les revendications de La Voix de l’Enfant suite à l’Affaire Marina qui utilisait l’émotion liée à un fait divers pour alimenter des discours simplistes et sécuritaires.

Si les constats alarmistes de nos collègues de Loire-Atlantique viennent pointer à raison des évolutions à l’œuvre depuis plusieurs années et un manque de moyen, il me paraît dangereux de relier cela au drame survenu il y a un mois. Sur le fond, bien sûr, la protection de l’enfance souffre d’un manque évident de moyens, en termes d’effectifs, en termes de formation et en termes financiers. Nous le disons depuis longtemps.

Par exemple en matière d’évaluation, avec la création en 2011 par la PJJ des mesures d’investigation judiciaire éducative sans que soit pris en compte les besoins, l’avis des associations. On a alors supprimé un dispositif pour créer cette mesure moins coûteuse.

Autre exemple : les mesures en souffrance. Des mesures en milieu ouvert pour lesquelles il y a parfois six mois d’attente avant d’être mise en œuvre quand bien même, dans certains cas, il y a urgence. De même pour certaines mesures de placement qui ne sont pas appliquées faute de places disponibles.

Le drame de Nantes a lancé un débat sur les violences subies par les travailleurs sociaux. Quelle analyse votre association fait-elle de cette question du risque ?

Oui, les professionnels sont exposés à des risques. Mais il faut faire attention à ce qu’on veut dire. Les professionnels n’ont pas le choix : ils doivent travailler avec ces risques. S’ils veulent les diminuer, cela se fera au détriment du lien établi avec la personne.

La violence ne signifie pas qu’on travaille avec une population dangereuse en soi. Mais l’agressivité, les insultes résultent certes d’un climat général mais aussi de la manière dont sont perçues les interventions par les personnes.

Il y a des situations de précarité grandissante, de ressenti violent de la part d’une frange de la population la plus en difficulté. Les systèmes d’intervention dans lesquels ils sont plongés pour être aidés sont parfois violents. C’est l’exemple des informations préoccupantes. C’est aussi l’exemple des mesures qui prennent du retard ou celles mal comprises….

Vous avez rencontré le 20 avril dernier la secrétaire d’Etat en charge de la famille, Laurence Rossignol pour évoquer notamment la proposition de loi sur la protection de l’enfant. Adoptée à la mi-mars au Sénat, elle sera examiné à partir du 12 mai à l’Assemblée nationale. Qu’est-il ressorti de cette rencontre ?

Nous sommes revenus sur certains aspects de ce texte, dans un un communiqué où nous alertions sur la dangerosité de certaines dispositions de cette proposition de loi. Nous avons exprimé notre satisfaction suite à la décision du Sénat de ne pas adopter par exemple le retrait automatique de l’autorité parentale pour le parent condamné. Cela ne devrait d’ailleurs pas être réintroduit à l’Assemblée. Satisfaction également de l’abandon d’une durée maximale pour les mesures éducatives.

En revanche, nous déplorons que le Sénat n’ait pas retenu le projet de créer une instance interministérielle de pilotage de la protection de l’enfance. Mais la proposition devrait revenir à l’Assemblée d’après ce que Laurence Rossignol nous a dit.

Nous avons également évoqué l’évolution des cellules de recueil d’informations préoccupantes, qui ont contribué à un abaissement général du seuil de « tolérance » des professionnels face aux difficultés éducatives des parents. En somme, on s’inquiète plus vite et on s’ingère dans la famille plus vite dans un cadre administratif de contrainte… Il y a là un effet pervers du souci de protection. Cela pose question.

Depuis les attentats de janvier, le gouvernement a fait une priorité de la prévention de la radicalisation. L’ANAS ne cache pas ses réticences à investir ce champ. Pourquoi ?

Par provocation, je dirais que le travail social n’a pas vocation à prévenir le terrorisme ! En revanche, nous avons pour fonction d’intervenir sur ce qui peut amener les jeunes ou moins jeunes à dévier vers des fonctionnements sectaires ou fanatiques.

Le fait est qu’on a de plus en plus tendance à décliner les politiques publiques en fonction de problématiques très ciblées. Les mêmes jeunes peuvent être considérés comme en voie de radicalisation, ou encore en situation de danger en termes de protection de l’enfance. Mon sentiment est que des dispositifs extrêmement lourds et coûteux sont créés sans régler le fond du problème. Il faut y faire attention car on peut imaginer que les cellules de recueil des informations préoccupantes puissent être instrumentalisées aux fins de prévention de la radicalisation…

C’est la raison pour laquelle nous sommes très réticents à participer à ces réflexions qui rejoignent d’ailleurs celles sur la prévention de la délinquance qui appelle régulièrement les assistants de service social à participer à l’échange d’informations avec les partenaires locaux de conseils locaux de sécurité et de prévention de la délinquance.

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