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Economie sociale et solidaire

Que mille monnaies locales fleurissent

Publié le • Mis à jour le • Par • dans : Dossiers d'actualité, France

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Jean-Philippe Magnen, vice-président du conseil régional des Pays-de-la-Loire et vice-président du Réseau des territoires pour une économie solidaire (RTES) Jean-Philippe Magnen, vice-président du conseil régional des Pays-de-la-Loire et vice-président du Réseau des territoires pour une économie solidaire (RTES) © Flickr by CC Manuel

Le rapport « D’autres monnaies pour une nouvelle prospérité » a été remis le 8 avril au gouvernement. Interview, en avant-première, de l’un des auteurs, Jean-Philippe Magnen.

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Cet article fait partie du dossier

Economie sociale et solidaire : quand les territoires inventent leur monnaie

 

Un rapport sur les monnaies locales complémentaires (MLC) ainsi que les systèmes d’échange locaux (SEL) et leur impact sur le développement économique et social des territoires a été remis au gouvernement mercredi 8 avril. En janvier 2014, Cécile Duflot, alors ministre du Logement, de l’Egalité des territoires et de la Ruralité et Benoît Hamon, ministre délégué à l’Economie sociale et solidaire, avaient confié une mission d’étude exploratoire sur ce sujet à deux spécialistes.

Jean-Philippe Magnen, vice-président du conseil régional des Pays-de-la-Loire et Christophe Fourel, chef de la Mission analyse stratégique à la Direction générale de la cohésion sociale ont ainsi mené, à titre bénévole, une enquête sur ces outils d’échange qui permettent de remettre l’homme au cœur de l’économie.

Dans votre rapport intermédiaire, remis au gouvernement, en juin 2014, vous préconisiez de « saisir l’opportunité de l’examen de la loi relative à l’ESS pour ébaucher un cadre légal plus clair permettant le développement des monnaies locales complémentaires ». Verdict : c’est la consécration ?

Cette préconisation a en effet permis d’introduire un article (cf. article 16 de la loi du 31 juillet 2014 sur l’ESS) reconnaissant les monnaies locales complémentaires comme titres de paiement, dès lors que ceux-ci sont initiés par des acteurs de l’ESS tels que définis à l’article 1er de cette même loi. Jusqu’à présent, l’Etat ne faisait que tolérer les MLC. C’est une première dans le monde. La symbolique est très forte !
Concrètement, de nombreux verrous vont être levés. Par exemple, les communes pourront accepter et utiliser les MLC pour les prestations des services municipaux, comme la piscine, la cantine ou encore la bibliothèque. Et, même, pour les indemnités du maire et des agents municipaux.

Nous sommes à la croisée des chemins : cette loi va donner une ampleur à ce mouvement. L’impact social et environnemental des MLC va être amplifié. Comme on l’observe dans d’autres collectivités territoriales d’Europe : en Sardaigne, notamment, ou à Bristol, en Angleterre. Autant de pays beaucoup moins centralisés que la France…

Quel état des lieux dressez-vous de ce mouvement en France ?

Les monnaies locales complémentaires ont émergé, à l’initiative de la société civile, avec la crise des supprimes de 2008 et celle des dettes souveraines en 2009. Avant elles, dès les années 1990, de nouvelles formes d’échanges avaient été expérimentées, comme les systèmes d’échange locaux inspirés du modèle anglo-saxon. On récence actuellement entre 350 et 400 SEL actifs.
Puis, au tout début des années 2000, les Accorderies ont été importées du Québec. Il y en aurait aujourd’hui une quinzaine. La première MLC, l’Abeille, a été mise en circulation en janvier 2010, à Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne). Depuis, une trentaine fonctionnent et autant sont en projet. Les choses bougent très vite. Même les collectivités territoriales se sont emparées de ce dispositif. D’ailleurs, lors des municipales de mars 2014, un nombre significatif de projets de MLC figuraient sur les programmes électoraux. Dans le monde, on estime à 5 000 le nombre d’initiatives monétaires de ce type. La plus illustre est le WIR, né lors de la crise des années 1930, en Suisse, qui concerne, uniquement, les échanges entre (65 000 !) entreprises.

Comment expliquez-vous le lien entre la crise, économique et financière, et cet engouement ?

L’effet contre-cyclique des monnaies locales complémentaires est fort. Face à la crise, trois options se présentent : le repli sur soi avec la sortie de l’euro. Deuxième choix : la dérégulation totale, l’ultra libéralisme et la mondialisation, symbolisé par l’apatride et anonyme bitcoin. Enfin, la relocalisation des activités économiques et le fait de remettre l’humain au coeur des échanges, suivant le modèle des monnaies locales complémentaires. Comme ce dernier mot l’indique, il ne s’agit pas de remplacer l’euro, mais de pallier ses insuffisances. Les Français ont en effet perdu confiance en la monnaie européenne. La crise a révélé les limites d’un système libéral dérégulé, dominé par la spéculation financière et déconnecté de la réalité. Pour rappel, 2 % seulement de la masse monétaire circule au sein de l’économie réelle.

 Quels avantages présentent les monnaies locales complémentaires ?

Les MLC privilégient l’usage local de revenus tirés d’une production locale, autrement dit, les circuits courts. Cela participe au maillage d’un territoire entre les citoyens, commerçants, producteurs, artisans, entreprises, etc. Autre atout : la réappropriation des échanges par les citoyens à travers des formes d’auto-organisations collectives dans un processus de démocratisation de la monnaie. Par ailleurs, le système est davantage résilient en cas de difficulté économique grâce à la « biodiversité monétaire ». Enfin, les MLC amènent à une consommation plus responsable, éthique et respectueuse de l’environnement. Et sont une invitation à reconsidérer, comme le propose Patrick Viveret, ce qui fait notre prospérité.

Qualitativement, l’impact est très fort, mais qu’en est-il sur le plan quantitatif ?

En terme de volume de transaction, cela reste modeste. Selon nos données, qui datent d’avril 2014, la masse monétaire moyenne en circulation tourne autour de l’équivalent de 26 000 €, avec une fourchette entre un minimum de 1 600 € et un maximum de 245 000 €. Le nombre d’utilisateurs moyen est de 450 pour 90 prestataires impliqués. Mais, encore une fois, cela évolue très vite. Par exemple, on note le succès de l’Eusko, lancé il y a deux ans au Pays-Basque, avec une masse monétaire qui s’élève aujourd’hui à 350 000 €. Notre conclusion, c’est que leur actuelle modestie ne doit pas conduire à sous-estimer le potentiel que les MLC peuvent générer en termes de dynamisation des territoires et d’implication citoyenne au service d’un développement plus durable.

Quels obstacles voyez-vous au développement de ces nouveaux systèmes d’échange ?

Aucun ! Plus précisément, aucun risque, que ce soit la fragilité des dispositifs, la contrefaçon, le blanchiment ou l’évasion fiscale (notamment vis-à-vis de la TVA) n’est spécifique aux MLC. A noter, même, qu’il n’y a pas danger d’inflation, puisque l’enjeu n’est pas la création monétaire.

Que proposez-vous afin d’assurer l’essor des monnaies locales complémentaires ?

Notre rapport formule 12 propositions qui s’articulent autour de quatre axes.

Le premier vise à faire vivre l’article 16 de la loi relative à l’ESS. Par exemple, via le paiement de services publics locaux ou le versement des indemnités des élus en MLC.

Deuxième axe : favoriser le débat public autour de la réappropriation de la monnaie par les citoyens et améliorer la connaissance des initiatives monétaires et de leurs enjeux. Pour ce faire, le CESE organiserait un colloque réunissant des experts et des initiateurs européens de MLC. De leur côté, France Stratégie et le Commissariat général à l’égalité des territoires mettraient en place un observatoire pérenne sur les dispositifs novateurs (MLC, SEL, etc).

Le troisième axe consiste à développer un appui méthodologique aux acteurs afin de mieux mesurer l’impact sociétal des MLC et d’amplifier le potentiel de ces dispositifs en termes de plus-value sociale et environnementale. Nous invitons France Stratégie et les régions volontaires à lancer une étude de faisabilité pour la conception de plates-formes régionales autofinancées de MLC. Et le Réseau des collectivités territoriales pour l’économie solidaire, en lien avec le collectif Richesse, pourrait concevoir, de manière participative, une démarche d’audit des richesses sur les territoires, avant de la tester sur certaines localités.

Dernier axe : soutenir des innovations monétaires favorisant l’initiative économique, l’inclusion sociale et la transition énergétique. Dans cette optique, France Barter et le Labo de l’ESS mettraient en place des plates-formes interentreprises spécifiques pour dynamiser les Pôles territoriaux de coopération économique. Autre exemple : l’AFPA et des régions volontaires expérimenteraient une monnaie destinée à la formation professionnelle des demandeurs d’emploi.

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Thèmes abordés Démocratie localeDéveloppement économiqueDéveloppement localEconomie

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  1. 1. Le Batmail 12/04/2015, 22h27

    Les pouvoirs publics à l’œuvre pour phagocyter l'initiative citoyenne !!!

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