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Urbanisme

Les maires plutôt ouverts aux résidences fermées

Publié le • Par • dans : A la une, Actu experts prévention sécurité, France

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LaCourneuveANRU © Flickr CC sa by Sabine Blanc

Les résidences fermées – munies de grilles, de caméras et de visiophones – se développent en Ile-de-France et sur la façade méditerranéenne. Tout en faisant attention à ne pas tomber dans l'excès des gated-communities poussant outre-atlantique, les maires observent ce phénomène urbain avec une certaine bienveillance.

 

Le Domaine Perceval, le Clos Saint Marcel, les Terrasses de Versailles, les Jardins de Navarre, etc… Ces résidences aux noms bucoliques, évocateurs de tranquillité et à l’accès sécurisé, connaissent depuis le début des années 2000 un véritable succès auprès des acheteurs et emportent l’adhésion des édiles des communes où elles s’implantent.

La forme la plus répandue ? Un ou plusieurs immeubles entourés de grilles avec deux entrées à l’accès restreint. Sont érigés un grand portail pour le passage des véhicules et un portillon muni de visiophone et digicode pour les piétons. Pour parfaire le système de sécurité, la plupart des promoteurs installent des caméras de surveillance dans les parties communes.

La sécurité, avant tout

Un éventail de mesures qui n’effraie en rien Laurent Lafon, maire UDI de Vincennes (Val-de-Marne). Tout au contraire, il se félicite que ces résidences participent à la qualité de vie dans sa commune : « Les accès sécurisés de ces immeubles limitent les cambriolages et la petite délinquance. Cela rassure les administrés qui y vivent. » Les audits que l’édile effectue régulièrement avec la police nationale en témoignent : les atteintes aux biens y sont moins nombreuses.

Même son de cloche à Rambouillet (Yvelines) où la société Tagerim a bâti la résidence Le Montespan. Le maire UMP, Marc Robert, voit lui aussi d’un bon œil cette hausse de la sécurité dans ces nouveaux logements : « Si ces mesures permettent de faire diminuer la délinquance dans la ville, je ne vois pas pourquoi je m’y opposerai, c’est une très bonne chose » souligne le premier magistrat qui est aussi ancien assureur.

Nouvelle signature architecturale

Plus qu’un sentiment d’insécurité à assouvir, c’est avant tout le désir d’appartenir à ces « domaines » privatifs qui séduiraient les résidents d’après Luc Carvounas, le maire PS d’Alfortville (Val-de-Marne). L’édile a été témoin du phénomène « s’installant crescendo » dans sa ville du Val-de-Marne : « L’apparition de ce type de logements, c’est tout simplement une demande dans l’air du temps. La fermeture est la nouvelle signature architecturale des années 2000, à l’opposé des immeubles ouverts sur le reste de la ville construits dans les années 70. »

Symbole de ce nouvel individualisme urbain dans la ville, la résidence Apollonia, jouxtant un quartier HLM et qui a été construite sous le mandat de son prédécesseur. « Au début, tout était ouvert, puis un jour la copropriété a décidé de clôturer, se souvient Luc Carvounas. Le pari était de faire cohabiter ces deux zones et cela n’a pas fonctionné. »

Soucieux de l’esthétique urbaine de sa commune, le maire a rédigé une charte qualité destinée aux architectes et promoteurs. « Je tiens à ce que cela reste harmonieux, prévient-il. Aux grilles, je préfère les haies, un peu de verdure cela ne fait pas de mal. »Residentialisation

Loin des forteresses pavillonnaires

Pour François Madoré, professeur de géographie à l’université de Nantes et co-auteur de « Quartiers sécurisés : un nouveau défi pour la ville ? » aux éditions Modes de Ville, ces résidences fermées sont le signe du passage à une culture du contrôle des accès.

« On observe une banalisation du phénomène dit de « résidentialisation. » Les démarcations physiques comme les grilles limitent la propriété dans l’espace et empêchent les intrusions : démarcheurs, groupe de jeunes bruyants. »
Un cadre serein et préservé, voilà ce que recherchent les acheteurs.

En 2005, le géographe avait estimé que 40% des promoteurs lançaient une opération immobilière fermée, et ce, sur l’ensemble des régions françaises avec une prédominance néanmoins dans les villes du sud.
Accusées de favoriser l’entre-soi, ces résidences plébiscitées en France par la classe moyenne, n’ont pourtant rien de commun avec les gated communities, ces forteresses pavillonnaires américaines destinées aux plus riches.

« Les résidents n’ont pas l’intention de se mettre à l’écart, de créer un groupe en dehors de la ville, tranche François Madoré. Les gens qui y vivent appartiennent souvent à la même catégorie sociale mais c’est d’abord dû à la segmentation du marché de l’immobilier, qui exclut de fait les CSP inférieures. »

Attention surenchère

À Sceaux, où le Clos Saint-Marcel est en train d’être construit, on n’envisage pas d’instaurer une quelconque fragmentation spatiale ou sociale : « Il n’existe pas assez d’espace dans la commune pour créer un parc de pavillons clos semblable a ce qu’on trouve aux États-Unis donc je n’ai pas d’inquiétude, explique Philippe Laurent, maire UDI de la ville. L’important est d’avoir une politique sociale équilibrée, c’est pour cela que nous avons imposé plusieurs logements sociaux au sein du Clos Saint-Marcel. »

L’élu a d’ailleurs appliqué les codes urbanistiques de ces résidences fermées aux logements sociaux de la ville : « Nous avons mis des murets surmontés de grilles autour des immeubles afin de faciliter la gestion de ces espaces. »

Si les maires ne s’opposent plus à la fermeture des espaces résidentiels, ils restent vigilants quant à la surenchère en matière de sécurité, à l’image du maire de Rambouillet : « Il ne faudrait pas que cela aille trop loin, je n’accepterai pas des murs de prison dans ma ville sous prétexte de protéger une copropriété. »

Dans cette quête de tranquillité dans laquelle sont lancés acheteurs et promoteurs, l’impair à ne pas commettre aux yeux des maires serait de tomber dans l’excès.

L’IAU-IDF appelle à « repenser » l’articulation entre rénovation urbaine et prévention de la délinquance

Dans une étude publiée en février 2015, l’Institut d’Aménagement et d’Urbanisme d’Ile-de-France (IAU-IDF) a étudié la prise en compte des questions de prévention de la délinquance et de sécurité dans la rénovation urbaine des quartiers prioritaires. Un sujet habituellement tabou chez les acteurs de la politique de la ville.

Néanmoins, la chercheuse Camille Gosselin observe que ces enjeux délicats seraient au cœur des préoccupations de l’ANRU et des bailleurs sociaux, tant dans les démolitions/reconstructions que les opérations de résidentialisation.
Et pour cause : la mauvaise réputation « insécurisante » des territoires de banlieues continue à mettre en échec leurs politiques volontaristes visant à changer l’image des quartiers prioritaires, tandis que le sentiment d’insécurité de leurs habitants demeure toujours bien plus important que partout ailleurs. L’ANRU et les bailleurs sociaux tentent d’y remédier par le biais de l’aménagement et une politique de « prévention situationnelle » active, bien que silencieuse.

Vision technique et défensive - Toutefois, faute d’anticipation et d’implication réelle des habitants, ces deux opérateurs majeurs de la politique de la ville sont porteurs « d’une vision technique et défensive de la prévention situationnelle » regrette Camille Gosselin, ancienne chargée de mission à l’ANRU ainsi qu’à l’OPH de Bobigny.

A l’aune du prochain plan de renouvellement urbain, l’IAU-IDF appelle donc l’ANRU et les bailleurs sociaux à « repenser de façon simultanée la rénovation urbaine et le traitement des enjeux de sécurité. » Objectif : mieux appréhender les dysfonctionnements urbains et sociaux des quartiers prioritaires, et « pallier les mécanismes et les logiques menant à l’exclusion et la ségrégation, qui nourrissent la formation de certains phénomènes de délinquance. »

Lire la suite de cet article du Club Prévention-Sécurité (réservé aux abonnés)

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