En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X
Déposez votre CV Fournisseurs du secteur public

Logo Gazette.fr

1

Commentaire

Réagir

Table ronde

La laïcité, une valeur à (re)définir pour la traduire en actes

Publié le • Par • dans : A la une, France

1

Commentaire

Réagir

Rémy Schwartz, conseiller d’Etat apportent des réponses nuancées, Vincent Potier, directeur général du CNFPT, Nicolas Cadène, rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité et Mathieu Cahn, maire adjoint de la ville et vice-président de l’eurométropole de Strasbourg Rémy Schwartz, conseiller d’Etat apportent des réponses nuancées, Vincent Potier, directeur général du CNFPT, Nicolas Cadène, rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité et Mathieu Cahn, maire adjoint de la ville et vice-président de l’eurométropole de Strasbourg © S. Gautier

Près de trois mois après l’attentat contre la rédaction de « Charlie Hebdo » et les attaques qui ont suivi, « La Gazette » poursuit le débat : cette crise nationale sera-t-elle soluble dans la laïcité, telle qu’elle est définie par la loi de 1905 ? Nos invités, Mathieu Cahn, maire adjoint de la ville et vice-président de l’eurométropole de Strasbourg, Vincent Potier, directeur général du Centre national de la fonction publique territoriale, Nicolas Cadène, rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité et Rémy Schwartz, conseiller d’Etat apportent des réponses nuancées.

 

 

  1. Que retenez-vous de l’après-Charlie ?
  2. En quoi la laïcité est-elle une réponse ?
  3. Et au quotidien ? 

 

Que retenez-vous de l’après-Charlie ?

Comment évaluez-vous la mobilisation qui a suivi les attentats ?

Nicolas Cadène, rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité : Je retiens la formidable mobilisation du dimanche 11 janvier, laquelle, finalement, était profondément laïque, puisque nous avons vu défiler des millions de personnes très différentes pour défendre les mêmes principes républicains. C’est très positif pour l’avenir, si, bien entendu, tout cela se traduit par des actes.

Rémy Schwartz, conseille d’Etat : Je complèterais en relevant – c’est mon analyse personnelle mais qui est partagée – que, certes, il y a eu une très forte mobilisation populaire, mais qu’elle n’était pas unanime. Cela m’interpelle profondément quant au vivre-ensemble et au partage des valeurs communes.

Vincent Potier, directeur général du Centre national de la fonction publique territoriale : J’interprète ce qui s’est passé comme une étape forte dans un processus un petit peu plus ancien, qui remonte à la fin des années 2000, du fait de la crise économique : l’attente d’un retour de l’action publique, des services publics et de la fonction publique. Nous retrouvons là quelque chose qui est fondamental : on ne peut pas être fonctionnaire, exercer des fonctions publiques, sans avoir les idées claires sur la question des valeurs.

Mathieu Cahn, maire adjoint de la ville et vice-président de l’eurométropole de Strasbourg

Mathieu Cahn, maire adjoint de la ville et vice-président de l’eurométropole de Strasbourg

Mathieu Cahn, maire adjoint de la ville et vice-président de l’eurométropole de Strasbourg : J’ai été frappé que, dans une ville comme la mienne, Strasbourg, énormément de monde ait défilé, tandis que l’adjoint des quartiers populaires que je suis n’a pu que constater l’absence d’un certain nombre de personnes. Il ne s’agit pas de stigmatiser mais de comprendre. C’est l’enjeu auquel nous faisons face aujourd’hui. Il y a eu une prise de conscience de la nécessité et de l’importance des politiques publiques, notamment de la politique de la ville – que l’on redécouvre malheureusement à chaque fois qu’il y a un drame, pour l’oublier immédiatement après -, qui a besoin d’être claire sur un certain nombre de principes, dont la laïcité.

Quelles sont les annonces nationales les plus urgentes à engager ?

V. P. : La formation des agents aux valeurs de la laïcité, en particulier à la neutralité, existe déjà. Aujourd’hui, il y a une prise de conscience de l’importance de ces thématiques et de la nécessité de les multiplier, notamment pour les agents en contact avec le public. Et il faut adopter une méthodologie pédagogique, ne pas en faire une leçon de morale.

M. C. : Heureusement, l’idée du service civique obligatoire, qui contribuait à une forme de stigmatisation de la jeunesse, a été écartée. Maintenant, il faut que l’Etat se donne les moyens et passe à l’action. Il faut beaucoup informer, parce qu’il y a un pas à franchir entre la connaissance d’un dispositif et la possibilité d’y accéder.

R. S. : Parmi les propositions faites après les événements, celles qui concernent l’école, comme le fait d’y enseigner la laïcité, sont peut-être les plus faciles à mettre en œuvre, celles qui auront les effets les plus rapides. En revanche, pour la politique de la ville par exemple, cela prendra plus de temps.

V. P. : Parler laïcité à l’école est une bonne chose mais cette institution, ce creuset peut s’engager dans quelque chose de plus large. Le fait de se concentrer sur la laïcité va dans le bon sens, bien que ce soit une vision un peu parcellaire de la problématique.

M. C. : Justement, l’école va former à la morale civique, à la construction d’un esprit critique, pour outiller les élèves, leur permettre de s’émanciper et de faire ensuite leurs choix librement. A cet apprentissage, s’ajoutera un enseignement laïc du fait religieux, pour fournir une approche historique des religions.

[Retour en haut]

2 – En quoi la laïcité est-elle une réponse ?

Pourquoi les pouvoirs publics ont-ils tout de suite invoqué la laïcité ?

Nicolas Cadène, rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité

Nicolas Cadène, rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité

V. P. : Avant tout, ce qui s’est passé, ce sont des actes de terrorisme sous couvert de religion. Dans ce contexte-là, il faut retrouver ce qu’est le vivre-ensemble, ce que sont le pacte républicain et les valeurs de la République, et la laïcité, qui en est la quatrième valeur. En revanche, résumer la situation à un problème de laïcité, cela me paraît un peu court. Il faut redresser l’économie de la France, donner de l’emploi dans les quartiers populaires, ramener de la cohésion urbaine.

N. C. : J’ajoute que la laïcité a également été attaquée parce qu’elle garantit la liberté de conscience et, par là même, la liberté d’expression. Il faut donc réaffirmer nos principes, faire en sorte que tous les jeunes se sentent intégrés à la République et se sentent français. Cela passe par leur intégration au récit national, en particulier lorsqu’ils viennent de pays qui ont une histoire commune avec la France, par exemple à travers les livres d’histoire. Quand on a une identité structurée, on est moins faible face aux dérives sectaires, à l’endoctrinement.

Mais la laïcité n’a pas la même portée juridique, selon que l’on se place du point de vue de la Constitution ou de la loi de 1905…

R. S. : Ce n’est pas la même portée juridique mais c’est la même définition. La laïcité, c’est le rapport qu’entretient la République avec le religieux. Nous l’oublions parfois, parce qu’en France nous pensons que les choses sont acquises et que les nouveaux venus le savent. C’est faux : il faut sans arrêt expliquer ce qu’il en est, la notion de liberté de tous les cultes qu’implique la laïcité, de croire, de ne pas croire. Car c’est ça, l’esprit de 1905 : le respect de la liberté religieuse de chacun. D’un autre côté, il y a des règles de fonctionnement du service public qu’il faut appliquer et imposer. Autant de choses que nous avons oublié de transmettre.

N. C. : Le concept global qui vient d’être rappelé est en fait assez clair. En revanche, les règles qui en découlent ne sont pas très bien explicitées, notamment dans leur dimension concrète, pour les acteurs de terrain, qui ne savent pas toujours comment réagir. Il faudra donc faire preuve de pédagogie en la matière. Et, même si le concept est clair, il n’est pas forcément connu. Il faut le rappeler sans cesse, pour dissiper les malentendus, la confusion. Cependant, nous n’avons pas besoin d’une nouvelle loi, car les règles existent déjà !

Vincent Potier, directeur général du CNFPT

Vincent Potier, directeur général du CNFPT

V. P. : Ce sont effectivement des règles du jeu qu’il faut connaître. Des éclaircissements ont déjà été apportés par le Conseil d’Etat, en particulier sur les accompagnateurs de sorties scolaires, sur les associations qui gèrent des missions d’intérêt général mais pas de service public, etc. A l’arrivée, la notion de laïcité a été clarifiée. D’ailleurs, l’un des documents qui y a participé est le guide que l’Observatoire de la laïcité a réalisé sur les collectivités et le principe de laïcité.

Ensuite, il y a la notion déontologique, de neutralité, qu’il faut comprendre dans son acception de la laïcité pour les agents. Dans ce guide, figurent aussi des éléments pour assimiler toutes les subtilités de la déclinaison concrète, par exemple en matière d’utilisation des bâtiments publics, de fonctionnement des cimetières, de signes extérieurs religieux ostentatoires, de sorties scolaires, de restauration scolaire, etc. Il aborde les aspects pratiques qui intéressent les collectivités.

[Retour en haut]

3 – Et au quotidien ?

Comment les collectivités doivent-elles répondre aux demandes religieuses ?

M. C. : A Strasbourg, par exemple, dans les cantines scolaires, nous proposons – mais c’est un débat depuis quinze ans – un menu classique, un menu végétarien et un menu halal. Personnellement, je ne considère pas que ce soit une atteinte au principe de laïcité. Car en face de ce principe, il y a, dans certains quartiers, des enfants qui ne mangent pas à la cantine quand des menus halal ne sont pas proposés. Ils n’ont donc pas accès à des repas équilibrés. Or nous avons une responsabilité sur ce plan, c’est une politique publique que d’offrir l’accès à la restauration scolaire à tous les enfants. Mais il est vrai que les menus halal posent aussi des problèmes d’organisation pratique : dans le cas d’un self-service, où chacun choisit ce qu’il veut, halal ou pas halal, il n’y a pas de distinction dans l’espace de la cantine, tandis que d’autres restaurants scolaires sont organisés en tablées où, pour des questions pratiques, les enfants qui mangent halal sont regroupés parce que ce sont des plats partagés. Là, cela pose un problème.

Rémy Schwartz, conseiller d’Etat

Rémy Schwartz, conseiller d’Etat

R. S. : Il y a un autre problème, c’est celui du type de nourriture halal. Et c’est sur ce point que je suis en désaccord. En effet, il y a différents courants au sein d’une même religion et, à partir du moment où vous rentrez dans cette logique de menus différenciés, il faut aussi pouvoir répondre aux parents qui souhaitent que leurs enfants suivent tel type d’alimentation émanant de tel circuit de viande halal.

N. C. : C’est pour cette raison qu’il ne faut pas rentrer dans cette logique-là.

M. C. : Oui, je suis d’accord et je rejoins plutôt la position de l’Observatoire de la laïcité, qui propose de présenter un menu avec et un menu sans viande. Mais, concrètement, en termes d’accès autant que de message d’intégration, les menus halal sont toutefois à maintenir, à condition que les espaces de restauration ne soient pas séparés. D’ailleurs, c’est un débat aussi à Strasbourg. Si nous penchons actuellement pour le maintien des menus halal, il y a pourtant des villes, au sein de l’eurométropole, qui proposaient des menus halal et avaient communiqué sur leur mise en place, mais y ont progressivement renoncé sans, hélas, avoir suffisamment communiqué sur ce retrait. Cela s’est souvent fait par exemple au moment du renouvellement d’un marché public. En revanche, ces villes ont maintenu le principe d’un menu végétarien. Il y a donc toujours une alternative.

D’où la nécessité de limiter les effets de stigmatisation…

M. C. : Quand on parle du vivre-ensemble, il faut éviter les stigmatisations. Par exemple, lorsque l’on évoque les signes religieux ostentatoires, on évoque toujours le voile. C’est oublier les kippas, les crucifix, etc. D’autant que le problème du voile est dépendant de la manière dont il est porté. Sur ce sujet aussi, il existe un problème d’identification. Nous le constatons également au moment des célébrations de mariages : nous avons eu des maires qui ont refusé de marier des couples dont la femme était voilée, parce qu’un officier d’état civil doit pouvoir identifier la personne qui se marie. Mais nous sommes là sur un autre plan et il faut arrêter d’instrumentaliser le voile. Dans les deux sens d’ailleurs, car les maires font parfois face à de la provocation pure : le but du « jeu » étant de se faire jeter dehors par l’officier d’état civil. Dans ces cas-là, il faut être clair, ferme et précis.

N.C. : Il peut effectivement y avoir des provocations des deux côtés, qui vont, chacun, maintenir une position plutôt radicale. Et quand les positions des protagonistes sont très rigides, le dialogue est effectivement rompu.

[Retour en haut]

Le projet de loi sur la déontologie actualisé

Pour mieux accompagner les fonctionnaires dans le traitement des questions liées à la laïcité, la ministre de la Fonction publique, Marylise Lebranchu, a confirmé, fin février, qu’une disposition allant en ce sens serait ajoutée au projet de loi sur la déontologie et les droits et obligations des fonctionnaires, d’une part, et le principe de laïcité inscrit dans le statut, d’autre part.

Egalement, la ministre souhaite que se développent, « de façon systématique », des formations à la pratique de la laïcité (sur un modèle déjà expérimenté à Lyon), qui seront dispensées dès 2016 dans l’ensemble des instituts régionaux d’administration. En outre, a-t-elle précisé, le projet de loi « déontologie » prévoit que, dans chaque service, des règles déontologiques pourront être adoptées, après consultation des représentants des personnels, et traduites, par exemple, sous la forme de guides pratiques.

En déposant le projet de loi, Marylise Lebranchu a souligné que les droits et obligations des fonctionnaires, qui fondent la spécificité de leur statut, n’ont pas été revisités de façon générale depuis 1983.

Association des maires de France : le groupe de travail rendra son rapport en juin

L’Association des maires de France (AMF) a installé, le 22 janvier dernier, un groupe de travail « laïcité », afin d’offrir des outils et des réponses concrètes aux maires pour mettre en œuvre le principe de laïcité dans de nombreux domaines : éducation, périscolaire, petite enfance, politique de la ville, formation des agents, financement des lieux de culte, etc. Poursuivant ses travaux alimentés par les retours d’expériences des élus sur le terrain, le groupe de travail souhaite soumettre au bureau de l’AMF du 17 juin un document de référence, sur lequel les maires et les présidents d’intercommunalité pourront s’appuyer pour faire face aux difficultés.

Composé de 18 membres, ce groupe est coprésidé par Patrick Molinoz, maire de Vénarey-les-Laumes (2 900 hab., Côte-d’Or), et Gilles Platret, maire de Chalon-sur-Saône (44 600 hab., Saône-et-Loire), qui a récemment décidé de retirer du menu de ses cantines scolaires les repas de substitution aux plats contenant du porc.

[Retour en haut]

Haut de page

1

Commentaire

Réagir
Publicité
Publicité

Télécharger
l'appli!

En savoir plus

Formations d’experts

1 Commentaire

Ajouter un commentaire
  1. 1. Michel SEELIG 07/04/2015, 10h24

    A Strasbourg on propose des repas halal dans les cantines ... il est vrai aussi que l'enseignement religieux (catholique protestant ou juif) est obligatoire à l'école publique, que les ministres du cultes sont salariés par l'impôt (de tous les Français), que les facultés de théologie catholique et protestante sont dans l'université publique ... la laïcité évidemment ... à l'alsacienne !!!

  1. Ajouter un commentaire

      Votre e-mail ne sera pas visible

    Conformément à la loi "Informatique et libertés" du 6 janvier 1978, vous pouvez accéder aux informations vous concernant, les rectifier ou vous opposer à leur traitement et à leur transmission éventuelle à des tiers en écrivant à : Groupe Moniteur - 17, rue d'Uzès 75018 Paris cedex 02 ou en cliquant ici.