Data

Les chief data officers : in data, they trust

| Mis à jour le 01/04/2015
Par • Club : Club Techni.Cités

Le think tank de Vinci, La fabrique de la cité, a organisé le 23 mars une riche matinée d’échanges avec des CDO américains, ces nouvelles fonctions chargées d’utiliser les données pour optimiser le fonctionnement des villes. Un discours très enthousiaste, trop peut-être.

La croissance exponentielle du nombre de données urbaines laisse entrevoir un futur très proche où les atomes de béton seront en partie remplacés par des bits numériques, opérant un déplacement de la valeur pour les opérateurs traditionnels. Dans cette perspective, Vinci essaye de se tailler une légitimité sur le sujet, via son think tank La fabrique de la cité.
Elle organisait ainsi lundi 23 mars un riche séminaire, “Comment optimiser les villes avec les data ?”, avec une belle brochette de chief data officers (CDO), qui avait fait le déplacement des Etats-Unis. Ces administrateurs généraux des données (AGD), en bon français, sont chargés de valoriser les données urbaines afin d’optimiser le fonctionnement de la ville. Pour le moment, en France, il n’existe qu’un AGD, au niveau de l’Etat.

Il peut sembler superflu de le dire, pourtant le postulat de départ n’a rien d’évident : les professionnels qui sont intervenus ont une grande foi dans la capacité de la donnée à régler des problèmes. Chacun a décliné des exemples de projet déjà opérationnels et exposé sa vision, dans différents champs d’action, entre développement économique, transparence et participation citoyenne accrue et efficacité des services.

Suivi de la ville en temps réel

Brett Goldstein, chief data and information officer de Chicago de 2011 à 2014, a évoqué le travail d’analyse prédictive effectué pour diminuer la criminalité, sujet sur lequel la ville a été pionnière. Il a aussi présenté WindyGrid, sorte de killer app pour suivre l’activité de la ville en temps réel, qui agrège des données critiques variées – transport, 911 (appels d’urgence), tweets, etc. – utilisée entre autres lors des grosses manifestations comme le sommet de l’OTAN, la gay pride…

Prometteur, Plenar.io est un guichet unique de données sur une zone géographiques, qui répond au problème des données en silo par thème, ouvrant des perspectives en matière de croisements et de connaissance d’un territoire.

Soulignant l’importance de développer des services usager-centrés et d’adopter une approche de résolution de problème, Amen Ra Mashariki, CDO de New York, a détaillé l’outil pour le FDNY, leur département incendie, pour mieux détecter les bâtiments à risques.

Destiné aux entreprises, le NYC Business Atlas les aident à optimiser leurs chances de réussir en leur donnant accès aux données sur les quartiers. “Il permet de justifier une demande de prêt : regardez, ce quartier est prometteur, a raconté Amen Ra Mashariki. Il casse les clichés sur des quartiers en montrant qu’ils sont en fait prometteurs.”

Lire aussi : L’open data dans les transports n’est pas un choix mais une obligation, sur l’Usine digitale

Importance de la communauté de “civic hackers”

Le fluet Abhi Nemani, CDO de Los Angeles, a axé sa présentation sur l’importance de bâtir une communauté de “civic hackers”  (hacker citoyen, hacker signifiant “bidouilleur passionné”) pour que le potentiel de la donnée urbaine se réalise, et de toucher un public plus large. Soit en un slogan :

Create a place where good people can work on good problems.

Rendre accessible et “parlante” la data est un premier objectif, avec un gros travail d’éditorialisation des données sur le portail de la ville, comme des datavisualisations sur des sujets qui intéressent les gens. Ils ont également noué un partenariat avec Yelp, le guide de restaurant, et l’association Code for America pour intégrer les données issues des inspections sanitaires dans Yelp, qui étaient jusqu’à présent peu mises en valeur.

Actuellement, il n’existe pas d’équivalent en France d’une communauté telle que Code for America, devenu un acteur incontournable de toute ville soucieuse de se montrer en pointe sur l’open data, l’open gov, et de façon plus générale la “governement technology”.
Debra Lam, chief of innovation and performance de la ville de Pittsburgh (et seule femme du panel, dans une salle remplie aux trois quarts de managers quadra ++ blancs), est allée dans son sens :

L’idée qu’une ville peut tout faire est dépassée.

Soucieuse de s’attaquer au problème des hackathons coup de comm’ sans lendemain, elle a mis en place le Steel City Codefest. Les projets lauréats sont financés au-delà du week-end de codage intense qui n’aboutit en général qu’à une ébauche de prototype.
Elle a évoqué des outils simples mais pratiques, en attirant l’attention sur la personnalisation du service, comme le planning des chasse-neige – la neige est connue pour tomber en abondance dans cette ville moyenne du nord des Etats-Unis.

Son alter ego de Boston, Jascha Franklin-Hodge, a lui aussi parlé de mètres de neige, et relevé que la donnée “rend  tout le processus de gestion de la ville beaucoup plus humain et transparent” : maintenant, les habitants savent le nom de la personne qui déblaye la rue pour eux.
« La data crée de la responsabilité(1), du bureau du maire à l’ordinateur du chef de service”, a-t-il poursuivi.

Il a également insisté sur l’importance de “mettre en place une infrastructure qui rende lisible les données pas uniquement pour les maires mais aussi les experts”, autrement dit de s’adresser aux gens des métiers. Boston a mis également en place un partenariat avec Uber, le service de mise en relation de véhicule avec chauffeur, pour mieux monitorer la rue, un exemple de “l’approche de laboratoire urbain” permise par la donnée.

Mutualisation

La mutualisation est une piste revenue souvent. “Il faut mutualiser entre villes car les défis sont communs : les sans-abri, l’éducation, la collecte des ordures, il faut une approche collaborative”, a résumé Amen Ra Mashariki.
Elle est d’autant plus nécessaire que ces outils demandent des professionnels à forte valeur ajoutée qui coûtent cher. Brett Goldstein a rappelé que l’open source est primordial dans cette optique, de même l’interopérabilité. L’API (Application Programming Interface) met tout le monde d’accord comme outil de structuration standard indispensable.
Prenant au mot l’invitation au partage, Sandrine Mathon, responsable de l’open data à la métropole de Toulouse, et membre d’Open Data France, leur a lancé : “Bienvenue dans notre association, nous avons les mêmes problèmes en France !”

Questions éthiques

Le monde de la donnée urbaine semble merveilleux à les entendre. Pourtant, la simple circulation de la donnée est encore problématique, comme l’a illustrée la démission du CDO de Philadelphie, à la suite du refus, par le service concerné, de lui transmettre des données financières. Ce n’est qu’au bout de 3 heures de débat que Jean-Louis Missika, l’adjoint à la mairie de Paris chargé de l’urbanisme, de l’architecture, du projet du Grand Paris, du développement économique et de l’attractivité, a abordé la question des freins à l’ouverture des données.

D’eux-mêmes, les intervenants s’interrogent peu sur leurs pratiques, alors qu’il y a largement matière à alimenter des thèses en économie et en philosophie pour plusieurs années. Brett Goldstein n’a ainsi pas développé la polémique notion d’algorithmisation de l’anormalité, qui est au centre de son logiciel de police prédictive.

Brett Goldstein a aussi expliqué que la transparence des données était la meilleure façon de ne pas se tromper, tout en reconnaissant plus tard qu’on ne pouvait mettre toutes les données en open data pour des questions de respect de la vie privée.

Uber limite

De même, nouer des accords avec les nouveaux entrants de l”économie numérique, comme Uber, ne semble pas poser de problème. Ce sont pourtant loin d’être des agneaux, d’autant qu’il s’agit là d’échanger des données personnelles entre la ville et l’entreprise. La question est évidemment centrale, sous peine de transférer à des entreprises de taille mondiale la gestion des villes… Amen Ra Mashariki estime d’ailleurs que “le public est le meilleur garant de la sécurité et de la vie privée”.
Jean-Louis Missika a de son côté rappelé qu’une clause open data est désormais inclue dans les contrats de la Ville de Paris, pour déterminer le propriétaire de la donnée produite par le service rendu, et le cadre d’utilisation.

Le rôle donné aux start-ups dans cet écosystème a été également mis en avant, que l’on retrouve aussi en France : lors des débuts de l’open data, on pensait que le mouvement allait faire naître des jeunes pousses à succès ; la suite s’est révélée plus compliquée. Non sans une certaine fascination : « Le nouveau maire a été exposé à la Silicon Valley, il a envie de recruter des gens atypiques, il a le sentiment que les choses peuvent être plus efficaces”, a avancé Brett Goldstein, qui a lui-même créé une start-up à vrai succès, OpenTable. Et tant pis pour le taux d’échec énorme des start-ups.

L’ensemble des interventions laisse une question de fond sans réponse : quelle vision politique sous-tend leur action ? Si Debra Lam a affirmé qu’il fallait “une vision, par-delà les modes technologiques”, bien malin celui qui pouvait dire, au sortir de la matinée, si ces CDO travaillaient pour une municipalité républicaine ou démocrate. La technologie est-elle vraiment politiquement neutre ?

Références

L’étude de La fabrique de la cité

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Commentaires

1  |  réagir

28/03/2015 07h44 - Henri Tanson

Bel exercice de style sur l’usage de l’américain à outrance dans cet article. Mais c’est pour rire, hein…?
Et, à part à la fin, très peu de réticence globale sur une volonté d’anticiper la délinquance… « L’algorithmisation de la délinquance », logiciel de police prédictive…
Les pires scénarios des films d’anticipation sont peut-être dépassés…
Moi, ça m’inquiète.. Surtout que, citer les américains, parler américain, et les prendre en exemple n’est peut-être pas la bonne approche… À moins que NSA, PRISM et autres, pour vous, ce soit le progrès?… Youpee, et tant pis pour les libertés, tant pis pour la vie privée…
Il faut freiner des deux pieds tant que c’est possible si ça l’est encore !
Quand on pense qu’en plus, aux USA, de nombreux responsables avouent le manque d’efficacité de cette surveillance délirante, cette parano sécuritaire, qui n’aurait aucun résultat concret. Ce n’est peut-être pas son but?
Bonne question…

Tiens, une autre question: ça commence à être n’importe quoi ces textes à déchiffrer avant d’envoyer un commentaire…. Vous êtes tellement ciblés par des robots que vous ayez à complexifier autant la procédure d’envoi?
D’autres journaux n’imposent rien de cela… Et quand on voit le peu de commentaires que vous recevez, on est en droit de se poser des questions…?

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