Climat

Hautes eaux en Basse-Normandie : la région ne veut pas subir

| Mis à jour le 27/03/2015
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C’est une toute autre histoire que la « marée du siècle » - qui vient de se dérouler sans dommage : d’ici 2100, le niveau de la mer pourrait monter d’un mètre, en l’absence de politique volontariste de maîtrise du dérèglement climatique. La région Basse-Normandie prépare sa stratégie d’adaptation à long terme.

 

« On a cessé de compter » : protéger les 470 km de côtes face à l’élévation du niveau de la mer aurait un coût si faramineux que la région Basse-Normandie n’envisage plus cette option, pose en préambule Muriel Jozeau-Marigné.

La conseillère régionale, chargée de la politique de l’eau et du littoral, a exposé la stratégie de gestion de la bande côtière lors de la présentation, le 25 mars au ministère de l’Ecologie, du 5ème volume du rapport sur le climat de la France au XXIe siècle.

 

Le déni n’est plus de mise

Selon la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement de Basse-Normandie, mettre à l’abri les quelque 11 000 bâtiments et 2 000 km de routes aujourd’hui situés en-dessous du niveau de la mer se chiffrerait à une quinzaine de milliards d’euros.

« La diffusion de ces chiffres et des cartes des territoires concernés a suscité un large débat chez les élus locaux, dont certains portaient des projets d’aménagement sur ces sites vulnérables, rapporte l’élue régionale. Au-delà de l’urbanisme, ce sont l’agriculture, la pêche, le tourisme qui seront impactés. Des élus qui étaient jusqu’alors dans le déni (« cela n’est pas possible, ou alors, pas chez nous ») sont aujourd’hui très conscients, affirme l’élue du Cotentin. D’autant que la tempête Xynthia de février 2010 puis le récent procès des élus de la Faute-sur-Mer (Vendée) les ont rappelés à leurs responsabilités en matière de signature de permis de construire. »

La défense contre la mer non plus

Depuis 2007, la région a ainsi cessé de soutenir systématiquement les communes, intercommunalités et départements dans les travaux de renforcement des ouvrages de défense. « Des épis perpendiculaires à la mer vont protéger la plage où ils sont installés … et accélérer l’érosion sur les plages voisines, comme cela s’est vu autour de Dragey (Manche), note Muriel Jozeau-Marigné. C’est inéluctable : le trait de côte est vivant et mouvant. Nous devons passer d’une politique de défense contre la mer à une politique durable de gestion de la bande côtière. Il s’agit d’anticiper pour ne pas subir. »

Cette stratégie de gestion durable est formellement adoptée – à l’unanimité – en octobre 2012. Elle consiste d’abord à acquérir des connaissances – notamment par le biais du Réseau d’observation du littoral Normand et Picard.

et la participation de quatre sites bas-normands(1) au projet européen Licco (Littoraux et changements côtiers) – afin de sensibiliser les élus locaux. Dans un deuxième temps, la région accompagne les communes et intercos dans l’élaboration des documents d’urbanisme, sur lesquels elle émet un avis.

 

Un appel à projet appelé à devenir permanent

En juin 2014, le conseil régional lance un appel à projets auprès des territoires côtiers. « On craignait de ne recevoir qu’une poignée de dossiers. Le succès a été total : la quasi-totalité du littoral s’est manifestée », se rejouit Muriel Jozeau-Marigné. Quelque 130 élus suivent cette année les formations dispensées par l’Institut régional du développement durable, association créée par la région et l’Université de Caen.

Par la suite, le conseil régional apportera un appui technique et financier aux acteurs locaux qui bâtiront des stratégies à 20, 50 et 100 ans. Dans le pays de Coutances (Manche), « le travail de diagnostic et de réflexion sur l’adaptation à long terme s’engagera d’ici l’été », indique Muriel Jozeau-Marigné. La région, dont l’appel à projet « a vocation à devenir permanent », devra alors trouver des partenaires financiers – est notamment visée l’agence de l’eau Seine-Normandie.

 

Terres protégées versus digues rehaussées

Si certains secteurs à fort enjeux (services publics, habitations, activités économiques) seront à protéger, il faudra se résoudre au repli stratégique ailleurs. « Se préparer à la montée des eaux suppose de comparer le coût du mètre carré à préserver à celui du mètre supplémentaire de hauteur de digue à construire », résume l’élue régionale.

« Si le niveau de la mer augmente d’un mètre, relever d’autant les digues ne suffira pas : c’est de 2 ou 3 mètres qu’il faudra les rehausser, signale Goneri le Cozannet, chef de projet sur le changement climatique et la vulnérabilité au BRGM. En dernier recours, il faudra accepter un moindre niveau de service rendu par les infrastructures et une relocalisation des enjeux  situés sur les zones sujettes à submersions, qui seront plus fréquentes et plus intenses », poursuit l’expert.

 

« Les pieds dans l’eau » : de l’image à la réalité

En Basse-Normandie, les constructions en bord de mer sont aujourd’hui quasi-gelées. Demain, des déménagements s’imposeront. Muriel Jozeau-Marigné songe par exemple au camping de Lion-sur-Mer (Calvados), « dont la première rangée de mobile-homes se trouve aujourd’hui au pied de la falaise, du fait de l’érosion côtière ». L’appellation « Les pieds dans l’eau » a pu conférer au site une image attractive ; mieux vaudra l’avoir relocalisé avant qu’il ne soit effectivement tombé à la mer.

En métropole, les régions du Languedoc, du delta du Rhône et de l’Aquitaine sont particulièrement concernées par la hausse du niveau de la mer, selon le rapport publié par le ministère de l’Ecologie. « Lors de la tempête de 1982 qui a frappé Palavas-les-Flots (Hérault), quelques rues avaient été inondées, rappelle Goneri le Cozannet, du BRGM. Si le niveau de la mer était rehaussé d’un mètre, ce que laissent entrevoir pour la fin du siècle les scénarios les plus pessimistes du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), c’est toute la bande urbaine qui serait submergée. »

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