Risques naturels

«Marée du siècle» : comment les collectivités s’y sont préparées

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Philippe Alès - CC BY-SA 3.0

Coefficient de marée du 21 mars 2015 : 119 sur une échelle de 120...Cette « marée du siècle » - qui revient en fait tous les 18 ans - inquiète les collectivités littorales exposées au risque de submersion marine. Plusieurs d'entre elles mettent en œuvre cette année une surveillance exceptionnelle des côtes. En particulier des départements, comme la Charente-Maritime, où le dispositif a été amélioré depuis Xynthia.

Même si le conseil général n’a pas de compétence particulière en matière de défense contre la mer, plusieurs départements ont mis en place des dispositifs de veille. Ainsi, la Charente-Maritime peut mobiliser, au profit de la préfecture, deux de ses directions opérationnelles, la direction du Développement Durable et de la Mer et la direction des Infrastructures, sous astreinte pendant toute la période des grandes marées. De plus, deux agents sont intégrés au centre opérationnel départemental (COD) de la préfecture. Une coordination est aussi organisée avec les collectivités littorales. « Ce dispositif existe depuis environ 10 ans, mais a été formalisé et conforté depuis Xynthia » explique William Proust, responsable mer au conseil général.

Charente-Maritime : un dispositif bien rôdé

La surveillance est ajustée selon les prévisions météo : favorables (niveau allégé, pas de tournée programmée), défavorables (vent et houle), orange ou rouge « vague, submersion ». Dans ces deux derniers cas, des agents de la direction des Infrastructures se positionnent sur des points sensibles une heure avant et une heure après la pleine mer. Lors du niveau d’alerte orange, le nombre de points pré-identifiés est augmenté, et des engins de travaux publics sont pré-positionnés. « Le vent et la houle sont des facteurs déterminants pour les débordements. Pour cette semaine, les prévisions météo sont bonnes et le niveau de surveillance est allégé » assure William Proust.

Depuis 15 ans, un marché à bon de commande  » travaux d’urgence de défense contre la mer  » est en vigueur auprès de deux groupes d’entreprises. Objectif : réaliser des travaux en conditions de crise en moins de 4 heures (personnel sous astreinte). Lors des tempêtes de janvier 2014, des travaux d’urgence ont par exemple été effectués pour renforcer une digue, dont la rupture menaçait la station d’épuration de l’île d’Aix.

Côtes d’Armor : 70 agents départementaux mobilisés

Dans les Côtes d’Armor, où le risque de la mer se conjugue avec celui de l’eau pluviale, un nouveau dispositif est sur pied cette année. « La spécificité est de pouvoir mettre en alerte et coordonner l’intervention de trois directions de façon simultanée : la direction de l’environnement pour le volet barrages, celle de la mer pour le volet portuaire, celle des infrastructures pour la gestion des routes. 70 agents départementaux sont mobilisés sur 4 jours » indique Hervé Tanguy, directeur général adjoint du conseil général.

Concernant les routes, des tractopelles sont prépositionnées à proximité des zones à risque de submersion marine. Le département gère deux barrages situés à quelques kilomètres du littoral, l’un sur le Gouet, l’autre sur l’Arguenon, dont l’un des buts est la protection contre les crues hivernales. Ils doivent réguler le débit des cours d’eau qui, conjugué à la montée des eaux marines, pourrait occasionner des inondations. « Pour éviter ce risque, le barrage stocke un maximum d’eau pluviale dès le 19 mars, avant les grandes marées » explique Hervé Tanguy. Mais cette gestion des crues atteint ses limites lors de pluies exceptionnelles, comme lors de l’hiver 2014.

Une responsabilité partagée

Dans la Manche, le département n’est « en aucun cas maître d’ouvrage des actions de défense contre la mer. Il appartient aux propriétaires riverains de la mer de protéger leur bien » souligne son chargé de communication. Cependant, les communes et communauté de communes mobilisent également leur personnel technique et leurs engins pour intervenir. En outre, ce sont bien souvent les associations syndicales autorisées (ASA) qui ont compétence pour intervenir, en particulier sur les digues et les marais littoraux.

De même, en Vendée, les gestionnaires des ouvrages de défense contre la mer organisent eux-mêmes des tournées pour suivre l’évolution de la marée. Cependant, une astreinte routière composée de 8 patrouilleurs et de 20 équipes de 2 agents et une astreinte portuaire sont également mises en place par le département.

Un hiver plus clément, mais un risque toujours présent

Enfin, à Soulac (Gironde), où l’immeuble le Signal est emblématique de l’érosion littorale, aucune mesure de prévention particulière n’a été prise. « Il n’y a aucun risque météo particulier d’annoncé. Le seul bémol est la durée de ces grandes marées : 4 jours à un coefficient de plus de 110 » explique Frédéric Boudeau, DST de la communauté de communes du Médoc. L’année dernière, Soulac a rallongé un épi de 120 m à 200 m. Depuis, la plage a regagné environ 40 m. De quoi rassurer la commune et ses habitants.

Au final, la météo marine de cet hiver aura donc été bien plus clémente que celle de l’hiver dernier. Cependant, les problèmes ne sont pas résolus pour autant, comme le souligne France Nature Environnement, qui déplore que « les éternelles solutions à court terme (bétonnage, rechargement de plage…) soient préférées à une politique de prévention durable des risques ».

Pas de dégâts suite aux grandes marées de février

En février 2015, la dernière grande marée (coefficient 118) n’a pas causé de dégâts particuliers, car les conditions météo étaient favorables. En Charente-Maritime par exemple, le niveau de la mer n’a pas atteint le boudin gonflable disposé en prévention sur le port de Boyardville (Ile d’Oléron).

La côte Aquitaine, particulièrement touchée par l’érosion, a également été épargnée cette année. Sauf Biarritz (60 cm au-dessus du niveau de la plage), où le casino, notamment, toujours menacé par la mer, tente de se protéger derrière des dunes et des sacs de sable.

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