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Déserts médicaux

Démographie médicale : les départements les plus touchés d’ici 5 à 10 ans

Publié le • Mis à jour le • Par • dans : A la une, Dossiers d'actualité, France

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carte-medecins-une © Lagazette.fr

La démographie médicale, les enjeux d’accès aux soins et la lutte contre la désertification médicale sont devenus des motifs de préoccupation pour un grand nombre de territoires depuis une dizaine d’années. Si l’on connaît l’état actuel des inégalités territoriales, peu de travaux se sont penchés sur une analyse prospective des territoires les plus à risques dans un futur proche. C’est l’exercice auquel nous nous sommes livrés, en identifiant les départements les plus menacés, d’ici 5 à 10 ans.

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Cet article fait partie du dossier

Déserts médicaux, démographie médicale : les politiques publiques impuissantes

 

Les départements de Lozère, de la Creuse ou de l’Yonne ont du souci à se faire en matière d’offre de soins dans les 5 à 10 ans qui viennent. Mais Paris aussi, ainsi que certains départements du pourtour méditerranéen, qui vont devoir faire face à un départ massif de médecins, généralistes et spécialistes.

C’est la conclusion à laquelle on parvient en explorant les données du Répertoire Partagé des Professionnels de Santé publié par la DREES. En traitant les données sur l’âge des médecins, au niveau départemental, on peut en effet se projeter pour répondre à la question : quels seront les départements confrontés à un risque de pénurie de médecins dans 5 à 10 ans ?

En identifiant la part des médecins âgés de plus de 55 ans, libéraux et salariés confondus, on distingue les départements qui connaîtront le plus de départ en retraite, et seront donc confrontés à un défi de remplacement (RRPS)(1).

Une démographie médicale vieillissante

Les dynamiques d’installation des médecins, et les enjeux démographiques généraux sont bien connus, notamment grâce aux travaux du Conseil national de l’ordre des médecins, publiés chaque année dans son Atlas de la démographie médicale (2).

On sait ainsi que, au 1er janvier 2014, « en moyenne, les médecins prennent leur retraite à l’âge de 65 ans ». On sait aussi que « les médecins âgés de 60 ans et plus représentent 25,6% des effectifs. Ils sont susceptibles de partir à la retraite d’ici à 2020 tandis que les médecins nouvellement inscrits, dont l’âge est inférieur à 40 ans, ne représentent que 16,3% de l’effectif total ». Les médecins généralistes âgés de 60 ans et plus sont 25,8 %, tandis que les spécialistes sont 26 % dans cette tranche d’âge.

Les risques de démographie médicale au niveau départemental

Le traitement des données du RPPS permet d’approfondir ces éléments globaux, et d’identifier l’évolution probable de la démographie médicale pour chaque département (hors Territoires d’Outre-Mer). Les données sont visualisées au travers de 3 cartes interactives.

Carte des médecins, généralistes et spécialistes, âgés de plus de 55 ans


Cliquez sur un département pour faire apparaître les données

Si l’on observe la démographie médicale en additionnant les médecins généralistes et les spécialistes, on compte 36 départements dans lesquels la part des médecins âgés de plus de 55 ans est supérieure à la part de ceux âgés de 30 à 54 ans. Ce qui signifie que, d’ici 5 à 10 ans, la majorité des médecins de ces départements est susceptible de partir en retraite. D’où de forts enjeux de remplacement.

D’autant que ces départements cumulent les défis. En effet, 28 d’entre eux se situent déjà au-dessous de la moyenne nationale en termes de densité de médecins (3,04 médecins pour 1000 habitants).

Les 8 départements qui se situent au-dessus, et pour lesquels le défi est moins prégnant sont le Var (3,51), les Alpes-Maritimes (4,52), la Corse du Sud (3,18), le Tarn (3,05), les Yvelines (3,06), Paris (8,09), le Vaucluse (3,42), les Hautes-Pyrénées (3,6).
Ceci dit, 56 départements au total enregistrent une densité de médecins inférieure à la moyenne nationale, dont 28 qui comptent une part minoritaire de médecins âgés de plus de 55 ans. Leur situation n’est pas pas excessivement confortable dans les années à venir.

Carte des médecins généralistes âgés de plus de 55 ans


Cliquez sur un département pour faire apparaître les données

La situation pour les seuls généralistes s’annonce moins risquée dans les prochaines années, avec seulement 24 départements qui comptent une majorité de médecins âgés de plus de 55 ans. Mais 5 d’entre eux seulement disposent d’une densité de médecins supérieure à la moyenne nationale (1,53 généraliste pour 1000 habitant).

La densité de généralistes est d’ailleurs un problème largement partagé, puisque 49 départements se situent en dessous de la moyenne nationale. Parmi ceux-ci, 31 ont une population de médecins généralistes majoritairement en dessous de 55 ans ; leur situation est moins préoccupante.

Carte des spécialistes âgés de plus de 55 ans


Cliquez sur un département pour faire apparaître les données

Dans les 5 à 10 ans, c’est le remplacement des spécialistes qui sera le plus ardu des enjeux. 52 départements, la majorité donc, enregistrent une part majoritaire de médecins spécialistes âgés de plus de 55 ans.

Paris est particulièrement concerné, car, même si la part des plus de 55 ans n’est que faiblement majoritaire (50,5 %), le département-capitale compte 2056 spécialistes âgés de 65 ans et plus et qui sont donc théoriquement en retraite.

Les Alpes-Maritimes sont également dans ce cas de figure. A leur crédit, on note cependant une densité de spécialistes au-dessus de la moyenne (1,52 spécialistes pour 1000 hab.), avec 2,62 pour les Alpes-Maritimes, et même très au-dessus pour Paris (5,65).
Au total, 55 départements présentent une densité de spécialistes inférieure à la moyenne, dont 11 qui possèdent cependant une majorité de spécialistes âgés de 30 à 54 ans.

Densité régionale, les projections du CNOM

Nos cartes confirment ainsi les données de l’Atlas démographique du CNOM, qui se penchait sur les évolutions de la densité régionale d’ici à 2020, mais au niveau régional. L’Atlas recense ainsi que « les régions Basse-Normandie, Nord-Pas-de-Calais, Provence-Alpes-Côte-d’Azur et Corse ont une forte probabilité de voir stagner leur densité médicale. Les régions de la Côte Atlantique ont une forte probabilité de continuer d’être attractive ; de la même manière pour les régions Alsace, Rhône-Alpes et Languedoc-Roussillon. À noter qu’une région sur deux a une forte probabilité de voir sa densité médicale diminuer d’ici à 2020 ».

Des éléments pondérateurs ?

Les départs en retraites prévisibles des médecins, généralistes et spécialistes, d’ici 5 à 10 ans doivent bien entendu être pondérés par le nombre de médecins qui s’installeront sur la même période.
Chaque année, le ministère de la Santé publie des arrêtés recensant les postes offerts par spécialité. Il a également publié, le 1er juillet 2013, un arrêté prévoyant le nombre de postes d’internes à former sur la période 2013-2017.

Selon ces données, le nombre de médecins qui s’installeront ne compensera pas le nombre de ceux qui sont susceptibles de prendre leur retraite. En effet, 47 009 postes ont été offerts entre 2007 et 2013, tandis qu’il est prévu d’en ouvrir 40 208 sur la période 2013-2017. Or, selon les données du RPPS, on compte, au 1er janvier 2014, 97 583 médecins, spécialistes et généralistes âgés de plus de 55 ans, en France. Soit un écart d’un peu plus de 10 000 médecins, alors même que la population va continuer de croître, et vieillir.

Il est en outre peu probable que l’arrivée de nouveaux médecins corrige les inégalités territoriales en entraînant des installations dans les départements les plus à risques de pénurie.

Thomas Renaud, consultant du cabinet TecSta, spécialiste en statistique et économie de la santé, rappelle à ce titre qu’il existe une forte prime à l’académie de formation lors de l’installation.

Il ne faudra pas compter non plus sur l’effet des mesures incitatives, mises en place par de nombreuses collectivités locales, qui ne parviennent pas, globalement, à inverser la tendance. Pour Thomas Renaud, les critères individuels qui président à l’installation des médecins à la fin de leurs études restent plus structurants que la plupart des incitations financières.

“Les études ont identifié 3 critères dans le choix d’installation des médecins, détaille-t-il : un critère de pratique, avec un attrait pour les modes d’exercice collectifs, un critère économique, et un critère hédoniste. Et ces critères n’entraînent pas nécessairement de comportements rationnels.

Les médecins ont bien tendance à privilégier les départements où le besoin de soins est le plus important, notamment là où la part des plus de 75 ans est élevée. Cependant, ils ne choisissent pas forcément les départements sous-dotés en confrères, car ils voient dans l’implantation d’autres médecins autant l’opportunité de pratiques collaboratives qu’une éventuelle concurrence. Enfin, le critère hédoniste intervient souvent, avec une prédilection pour les régions littorales ou ensoleillées, où la qualité de vie est meilleure”.

Et la liberté d’installation des médecins restera la règle, ainsi que l’a confirmé la ministre de la Santé, Marisol Touraine, le 19 février lors des questions cribles au Sénat.

Pour corriger cette pente négative, reste un élement pondérateur qui prend de plus en plus d’importance : le phénomène des retraités actifs.
Depuis la loi Fillon de 2003, les médecins libéraux retraités peuvent cumuler leur retraite avec une activité libérale, une faculté étendue en 2009.
Résultat : depuis 2009, selon les chiffres du CNOM, le nombre de retraités actifs a été multiplié par trois, passant de 4081 à 12946 ! Les variations régionales entre 2007 et 2014 sont encore plus impressionnantes.

Source : Atlas de la démographie médicale au 1er janvier 2014, COM. Cliquez sur l'image pour l'agrandir.

Source : Atlas de la démographie médicale au 1er janvier 2014, COM. Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

Et les géographes du CNOM posent la question : “la sur-représentation des retraités actifs, dans certains départements, est-elle un moyen de lutter « partiellement » contre la démographie médicale désertifiante de ces mêmes territoires ?”
La carte qu’il établissent montre que non, ou alors, partiellement.

Source : Atlas de la démographie médicale au 1er janvier 2014, COM. Cliquez sur l'image pour l'agrandir.

Source : Atlas de la démographie médicale au 1er janvier 2014, COM. Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

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  1. 1. Nestor Ramirez 17/08/2015, 08h21

    Nivellement par le bas
     
    Dans un très long me très sournois projet le système œuvre pour la paupérisation des majorités tout en permettant le paradis pour d'autres minorités.

    Sans doute que certains diraient que je rabâche la même rengaine, le même sujet, pourtant il contienne l'explication la plus plausible.

    Le système reste conçu de sorte à concentrer pouvoir et richesses, avec une large liste de conséquences ; mais c'est avant tout l'indifférence et l'individualisme “ induits ” qui favorisent le procès : Un néophyte de la médecine en règle générale aura envie de s'installer à Nice, Marseille, Lyon ou Paris  et non pas dans certains départements et régions pauvres, dépourvues d'intérêt culturel, de loisir et de confort en générale (haut débit internet, centres de loisir, etc)

    Il y a quelques mois humblement j'avais publié un projet pour la ville de Joigny, de construction d'un centre de loisir, de grande taille, dans le but de faire concurrence à EURO-PARK, sans avoir trouvé trop d'écho, si bien à niveau de la communauté de communes et du département c'est logique avec 11 milliards de moins en dotation de la part de l'état ! Un tel projet reste très ambitieux mais serait un des pilier du progrès pour la région, avec création d'emploi, et avec un grand impact culturel, au-delà même de la part économique. Puisque au moins attractifs touristique (loisir) aurait le rôle d’aimant pour d'autres domaines, des laboratoires, des unités d'imagerie médicale, comment auraient été le projet de lycée hôtelier dans les locaux laissés par le Groupe Géographique.

    C'est vraie que le pouvoir local seul n'est pas en mesure d'assumer certains décisions de grande envergure demandant des niveaux d'investissements hors de leur capacité. Mais alors le gouvernement centrale n'aura pas envie de promouvoir la croissance ? La création d'emploi ?

  2. 2. sulfit 03/08/2015, 16h49

    Esperons que les citoyens contribuables vont enfin rechercher la responsabilité des elus parlementaires devant les tribunaux.

  3. 3. Vincent 03/08/2015, 13h43

    Sur http://www.remplamap.com il y a une carte des demandes de remplacements qui dézoomée montre finalement surtout une forte demande de remplacement en ile de france (rattachable à la plus grande densité de population) mais une répartition assez homogène sur le reste du territoire. Si on admet une corrélation demande de remplacant-desert médical; pour le moment le defaut de medecin incontestable semble assez homogène ou compensé par les medecins etrangers/subventions locales... .

  4. 4. Laurence75015 23/02/2015, 17h24

    Il y a l'inquiétude face à ces chiffres de la démographie médicale qui est inverse à celle de la population vieillissante et donc ayant un besoin accru de médecine de ville pour le maintien à domicile. Se pose aussi la question de l'obligation du régime de SS qui fait du médecin généraliste le référent avant la consultation des spécialistes alors que les généralistes vont devenir rares.

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