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Logement et hébergement

Pour la Fondation Abbé Pierre « il faut dépasser les égoïsmes locaux »

Publié le • Par • dans : A la une, France

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construction de logement © Flickr CC by sa Alexandre Prévot

La Fondation Abbé Pierre pour le logement des personnes défavorisées a présenté son 20ème rapport annuel ce mardi 3 février, devant un parterre d'anciens ministres du Logement. Christophe Robert, son nouveau délégué général, revient sur les constats de ce rapport, et pointe la responsabilité des collectivités locales.

 

Quel est l’état des lieux dressé par la Fondation Abbé Pierre à l’occasion de la sortie de son 20ème rapport ?

Nous comptons 3,5 millions de mal-logés en France, ce qui est, bien sûr, beaucoup trop. Il manque aujourd’hui 800 000 logements en France et on assiste à un double phénomène. D’un côté, il y a de plus en plus de chômeurs, de travailleurs pauvres et de bénéficiaires de minima sociaux. De l’autre, le prix des loyers ne cesse de croître puisqu’ils ont augmenté de 50% en dix ans. De plus, certains logements sont de mauvaise qualité, de taille inadaptée ou bien trop éloignés du lieu de travail. Quant aux structures d’hébergement, elles jouent le rôle d’amortisseur de crise. Elles accueillent de plus en plus d’exclus tandis que les personnes qui pourraient en sortir y sont maintenues faute de logements.

Comment expliquer cette situation ?

Les objectifs ambitieux affichés par le gouvernement ne sont pas remplis puisque la loi a fixé la construction de 500 000 logements par an et que nous n’en sommes qu’à 298 000. C’est très préoccupant. Quant à la construction de logements sociaux, nous en sommes aussi très loin puisque seulement 106 000 ont été construits sur les 150 000 annoncés. D’ailleurs, certains maires freinent des projets en cours. Les aides à la pierre sont en baisse et seuls dix terrains publics ont été cédés.

De notre point de vue, il y a deux problèmes majeurs. D’abord, un manque d’ambition, surtout de la part de l’Etat, qui devrait porter une dynamique pour entraîner les collectivités locales et les bailleurs Et, tous les acteurs sont unanimes, il y a un réel manque de visibilité de l’action publique. Personne ne connaît le montant des subventions pour les années à venir, c’est une bataille chaque année. Ce n’est pas favorable à un secteur qui a besoin de temps pour constituer son appareil de production et monter en puissance.

Les collectivités locales ont-elles un rôle à jouer ?

Tout d’abord, il faut souligner que les collectivités locales ont largement pris le relais de l’Etat qui n’a cessé de diminuer les aides à la pierre. Mais au-delà, les collectivités locales ne doivent pas agir sans dissocier les problématiques du logement et de l’hébergement. Elles doivent assurer l’accès au logement des plus démunis, en leur proposant, par exemple, un accompagnement social. Elles ont également un rôle de prévention à jouer en essayant de trouver des solutions alternatives pour les personnes menacées d’expulsion. Il nous semble que les intercommunalités et les agglomérations sont le bon niveau d’intervention car ce sont des bassins de vie, de transport et d’emploi. C’est là que peut se construire la solidarité pour procéder à des rééquilibrages territoriaux. La strate de la commune est trop étriquée, il faut dépasser les égoïsmes locaux. Enfin, les 11 milliards d’économies vis-à-vis des collectivités annoncés par le gouvernement nous préoccupent beaucoup. Cela peut entraîner un désengagement sur le front du logement et plus largement sur les aides sociales et conduire à une logique de hiérarchisation (voir encadré).

Le rapport qualifie l’année 2015 d’année « blanche » et estime que nous sommes aujourd’hui à un point de bascule…

Le gouvernement affichait des objectifs ambitieux avec la loi Alur ou la cession de foncier public. Mais en août dernier, il y a eu un changement de posture qui suscite pas mal d’inquiétude et nous sommes aujourd’hui arrivés à un point de bascule, symbolisé par les récentes déclarations de Manuel Valls. Soit la politique de peuplement aboutit à la construction de plus de logements à bas coût, à l’application stricte de la loi SRU, y compris des pénalités prévues, afin qu’il y ait un véritable partage de l’effort de solidarité. Soit elle se traduit par la fermeture des quartiers populaires, où se situent les logements à bas coût, aux plus pauvres. Le risque d’une telle posture serait de ne pas permettre aux plus fragiles de se loger dans les seuls endroits qui leur soient accessibles. La Fondation Abbé Pierre restera très attentive ces prochaines semaines…

La sélection parmi les plus faibles

Le rapport de la Fondation Abbé Pierre pointe la problématique de la gestion de la pénurie, liée à l’insuffisance des dispositifs d’aide, notamment en zone tendue.  Ainsi, il dénonce deux types de démarches qui aboutissent, ni plus, ni moins, à la sélection du public qui sera aidé.  Dans le domaine de l’hébergement, les places n’étant pas suffisamment nombreuses, les centres ont mis au point un système de « rotation » du public accueilli. Dans le Bas-Rhin, par exemple, certaines structures accueillent les sans-abri pour une durée de 5 à 7 jours maximum puis elles imposent un délai de 5 jours avant de les héberger à nouveau. Même logique infernale pour la domiciliation, demandée par des personnes sans-abri ayant besoin d’une adresse pour mener à bien leurs démarches. A Marseille, certains guichets ferment pendant plusieurs semaines pour gérer le stock ou bien les demandes qui ne sont pas renouvelées dans les 15 jours sont automatiquement radiées.

L’accès au logement social n’est pas exempt de ces pratiques sélectives. Les organismes adoptant tantôt une sélection « par le haut » tantôt une sélection « par le bas ». Ainsi, dans l’Hérault, les ménages dont le chef de famille est en CDI, CDD ou intérim sont sur-représentés dans les attributions (47% contre 37 % parmi les demandeurs) alors que ceux dont le chef de famille est au chômage sont sous-représentées (22% des attributions contre 28% de demandeurs). Le rapport note qu’au-delà de ces critères économiques, des critères plus subjectifs sont pris en compte, comme la « capacité à habiter » des familles, qui marginalisent encore plus les ménages surendettés, ou encore celui d’avoir été désignés pour avoir commis des incivilités.

Références

Le rapport

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