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Politique de la ville

« Accélérons de toute urgence les réponses sociales » – Gilles Leproust, Ville et Banlieue

Publié le • Par • dans : Actu prévention sécurité, France

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GLeproust © G. Liberge (Ville d'Allonnes)

Satisfait qu'une partie des 120 propositions de Ville & Banlieue semblent en passe d'être retenues par le gouvernement en vue du comité interministériel de lutte contre les inégalités prévu début mars, le secrétaire général de ce réseau d'élus Gilles Leproust insiste toutefois sur l’urgence d’apporter en priorité une réponse sociale. Également maire (PCF) d'Allonnes, une commune populaire en banlieue du Mans, il souhaite combattre de façon constructive les paradoxes de l'Etat et mettre le gouvernement face à ses erreurs passées.

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Comment jugez-vous les premières réponses apportées par le gouvernement ?

En l’état, ce sont des engagements plus que des propositions précises. Rien de réellement impactant pour les habitants des quartiers populaires n’a encore été dévoilé.

Les problèmes de peuplement et de mixité sociale ne se règlent pas en deux mois. Si le gouvernement est décidé à mener cette bataille, tant mieux. En attendant, mon discours sur les valeurs républicaines restera inaudible tant que je ne garantirai pas aux habitants le droit de vivre décemment. Accélérons de toute urgence les réponses sociales, le soutien à l’Education nationale et l’accompagnement des associations !

Le volet « social » de la politique de la ville n’est-il pas déjà en cours de rééquilibrage avec la loi Lamy qui devrait pleinement entrer en application en 2016 ?

En effet, en instaurant un contrat unique, la loi « Lamy » rééquilibre les actions de la politique de la ville et acte que la rénovation urbaine n’avait pas répondu à la crise sociale. C’est bien. Des habitants me reprochaient les importants investissements réalisés dans l’urbain alors que leurs conditions de vies se dégradaient au quotidien.

Nous nous en félicitons, mais cela ne nous interdit pas de toujours constater l’absence d’un volet « social » doté d’importants moyens financiers, permettant de s’éviter des lendemains qui déchantent. Il manque aussi une volonté publique et des actions concrètes pour régler la question économique et celle de l’emploi, bien que ce soient des problèmes plus larges qui ne concernent pas uniquement les quartiers populaires.

Que peuvent faire les élus locaux, à leur échelle ?

C’est une vraie question alors que l’État a repris d’une main ce qu’il nous avait donné de l’autre. L’augmentation et la sanctuarisation de la dotation de solidarité urbaine (DSU) obtenue par le ministère de la Ville n’atténuent même pas la baisse de la dotation globale de fonctionnement (DGF) ! C’est une terrible erreur qui fragilise les élus de territoires où 20% de la population est au chômage et 60% des habitants sont exonérés de la taxe d’habitation.

Avec de nombreux services publics et une tarification réduite permettant l’accès au plus grand nombre, les élus de banlieue – quel que soit leur couleur politique – ont des dépenses plus élevées et moins de recettes fiscales. Du fait de la cure d’austérité aux collectivités, certains maires concernés par la politique de la ville – et ayant à ce titre des dépenses de fonctionnement élevées – pourraient bien présenter des budgets en déséquilibre.

Le plan pour l’école présenté par Najat Vallaud-Belkacem vous convient-il ?

C’est très bien que l’État souhaite favoriser la mixité à l’école en s’attaquant au contournement de la carte scolaire. C’est un véritable devoir républicain. Mais il pourrait aussi montrer l’exemple en envoyant des enseignants aguerris dans les banlieues, et pas seulement les débutants.

Les quelques millions supplémentaires accordés à l’Éducation nationale pour développer la citoyenneté sont intéressants, mais, là encore, il y a d’autres priorités. Développer des modules de formation pour les enseignants évoluant dans nos territoires, ou même proposer des primes pour attirer les enseignants expérimentés fuyant les établissements REP et REP+ se serait révélé beaucoup plus efficace.

Qu’attendez-vous de la concertation à venir pour préparer le comité interministériel ?

Nous avons l’habitude de travailler en bonne intelligence avec Patrick Kanner et Myriam El Khomri, et nous continuerons ainsi. Ville & Banlieue n’est pas dans la culture du rapport de forces, quelque soit les gouvernements en face. C’est ainsi que certaines de nos 120 propositions ont pu être reprises. Cela dit, c’est aussi notre rôle de rappeler au gouvernement l’urgence d’agir concrètement.

Sans être un horrible re-centralisateur, j’estime que nos territoires ont besoin d’un partenariat plus efficace entre collectivités et Etat. Un certain nombre de questions appellent des réponses nationales. L’Etat a tout son rôle à jouer. Ce dont souffrent les mairies de banlieues, c’est avant tout l’absence des moyens de droit commun de l’Etat.

Il est anormal que les administrations publiques se soient progressivement désengagées de nos territoires. Indirectement, ce gouvernement continue à renforcer les inégalités territoriales en transférant aux collectivités l’organisation des temps d’activité périscolaire (TAP), ce qui contribue à créer une offre très dépendante des ressources financières des communes…

En tant que maire d’une ville de banlieue, parleriez-vous comme le premier ministre Manuel Valls d’apartheid ?

C’est autre-chose l’apartheid. Ce terme ne me paraît pas le plus approprié pour décrire une situation, certes bien réelle, d’inégalités qu’il faut corriger au plus vite. Mais le gouvernement de Manuel Valls ne pourra pas toujours se payer de mots ! Je peux me la ramener autant que je veux sur la République, mais il faudra bien aborder un jour la question des moyens financiers et humains réellement alloués dans nos territoires.

Ne lâchons rien sur le vivre-ensemble et la promotion des valeurs républicaines, mais n’oublions pas qu’il y a d’autres urgences en parallèle, notamment en matière sociale. Avant comme après 2012, Ville & Banlieue n’a cessé d’alerter sur le volet social, la dégradation des conditions de vie et la souffrance des habitants des quartiers populaires. Le gouvernement ne nous a pas entendus et a sous-estimé cette désespérance.

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