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Après-attentats

Laïcité, éducation, ville : les acteurs locaux réagissent

Publié le • Mis à jour le • Par • dans : A la une, Dossiers d'actualité, France

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education-politique-de-la-ville-une © Flickr by CC Francisco Gonzalez

Plus de trois semaines après l’attentat contre « Charlie Hebdo », le gouvernement a annoncé la mise en place prochaine de mesures qui sollicitent les collectivités territoriales. Entre satisfaction et scepticisme, leurs équipes sont partagées.

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Cet article fait partie du dossier

Quand les attentats bousculent les politiques de cohésion sociale

 

Chiffres-clés

  • Les moyens déployés par l’Etat

Le gouvernement a annoncé la création de 2 680 postes, dont 1 400 en faveur du ministère de l’Intérieur (1 100 pour le seul renseignement), 950 pour la Justice et près de 250 pour la Défense. Soixante aumôniers musulmans supplémentaires prendront leur poste dans les prisons. S’y ajoutent aussi 425 millions d’euros de crédits sur trois ans pour du matériel (informatique, armes, gilets pare-balles, véhicules).

Laïcité et valeurs républicaines, apprentissage de la citoyenneté, réduction des inégalités : le gouvernement veut tirer les leçons des attentats des 7, 8 et 9 janvier dernier et déployer une série de mesures en direction des jeunes et des quartiers populaires. Sur le terrain, le plan gouvernemental suscite autant de satisfaction que d’interrogations.

Qu’il s’agisse de la définition de la laïcité, de la priorité accordée à la réussite éducative, de la réorientation de la politique de la ville ou encore de la volonté d’améliorer la prévention de la radicalisation, le programme annoncé fait réagir les acteurs locaux.

Laïcité : une définition encore floue

La laïcité aura été au coeur de tous les discours et de toutes les annonces du gouvernement depuis les attentats de janvier, posée et établie comme le socle de la République et du vivre-ensemble. Mais personne ne s’aventure à lui donner une définition. Malgré son omniprésence dans les textes, de la circulaire à la Constitution, la laïcité est définie tantôt comme le respect de la liberté religieuse, tantôt comme une interdiction d’exprimer publiquement sa foi.

Laïcité à géométrie variable - Rien de surprenant donc à ce que les élus locaux aient eux aussi leur propre interprétation quand il s’agit de l’appliquer au quotidien. En matière de restauration scolaire par exemple, certains maires vont opter pour un repas unique « au nom de la laïcité », alors que d’autres instaureront des repas sans viande de porc, toujours « au nom de la laïcité ».

Or « la laïcité n’est pas une opinion, ni une option », affirme Agnès Le Brun, maire (UMP) de Morlaix (15 500 habitants, Finistère), qui souhaiterait une clarification, regrettant que « les maires soient souvent mal à l’aise face aux demandes confessionnelles des usagers, au point d’y répondre en échange d’une certaine paix sociale ».

Instabilité juridique - « Pour beaucoup, la laïcité est un instrument agressif, offensif, car les seules explications qui en sont données sont orientées contre la communauté musulmane. Il nous faut de vrais dispositifs de lutte contre les discriminations, qui concourent à l’émancipation intellectuelle, économique, culturelle », estime Khalid Ida-Ali, président de l’antenne champenoise de l’Interréseaux des professionnels du développement social urbain (IRDSU) et chef de projet « développement social » à Vitry-le-François (13 100 habitants, Marne).

L’instabilité juridique sur la notion de laïcité a conduit l’Association des maires de France à accélérer l’installation de son groupe de travail dédié à ce sujet et composé de 18 membres. Ses réflexions seront alimentées par les retours d’expériences des maires sur le terrain, tant sur les difficultés rencontrées que sur les initiatives locales mises en oeuvre dans les services publics quels qu’ils soient. Un rapport est prévu pour le mois d’avril prochain. A suivre donc.

Ecole : la réussite éducative au premier plan

La ministre de l’Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, a annoncé une série de mesures portant sur l’éducation à la citoyenneté et à la laïcité à l’école, ainsi que sur les temps périscolaires. Les programmes éducatifs territoriaux devraient ainsi être généralisés et contenir un volet « laïcité et citoyenneté ». La ministre a aussi indiqué que les dispositifs de réussite éducative seraient généralisés ou amplifiés, ce qui a parfois surpris les professionnels du secteur.

Un dispositif survalorisé ? - « Ces annonces sont importantes mais semblent partir tous azimuts, souligne Khalid Ida-Ali. Je suis surpris par le lien direct qui paraît être établi entre la réussite éducative et des thématiques aussi complexes. La réussite éducative peut certes jouer un rôle positif sur l’apprentissage de la vie en société, mais au même titre que toutes les politiques en lien avec du public. »

« Nous pratiquons une certaine écoute qui peut apaiser des tensions, nous accompagnons les familles sans leur imposer d’injonction. Mais nous en suivons aussi beaucoup moins que ne doit le faire un travailleur social », explique Audrey Brichet, présidente de l’Association nationale des acteurs de la réussite éducative (Anaré).

Radicalisation et dotations en baisse - Ces professionnels de la politique de la ville ont donc du mal à croire qu’une telle généralisation permette de prévenir les radicalisations. Si l’Anaré milite pour que la réussite éducative rejoigne les politiques de droit commun, le réseau soulève aussi la question des moyens : comment généraliser les programmes de réussite éducative dans un contexte de baisse des dotations ?

Plus globalement, des interrogations se font jour : « On ne peut pas séparer la laïcité des questions d’égalité. Pour respecter la laïcité, il faut déjà respecter l’égalité. Or nous ne disposons d’aucune politique nationale de lutte contre les discriminations », regrette Sophie Ebermeyer, chargée de mission « égalité et lutte contre les discriminations » à Grenoble-Alpes métropole (28 communes, 402 900 habitants) et membre de l’IRDSU.

La carte scolaire en question

En concertation avec les départements, un état des lieux de la mixité sociale au sein des collèges publics et privés sous contrat sera établi en 2015-2016. Le but est de définir des objectifs en la matière au niveau infradépartemental. Une circulaire du 7 janvier 2015 détaille les modalités de la concertation entre l’Etat et les départements.

Lutte contre les inégalités : une bataille qui promet d’être longue

Aujourd’hui soucieux de revoir « les politiques de peuplement » pour favoriser la mixité  sociale, le gouvernement peut donc à-priori compter sur le soutien des professionnels… qui ne lui donne pas carte blanche pour autant.

Ségrégation… des consciences - Sans souscrire à l’emploi très connoté du terme « apartheid », le vice-président de l’IRDSU, Etienne Varaut, « constate au quotidien au quotidien une énorme  ségrégation spatiale et sociale : le communautarisme peut bien évidemment être dangereux pour la République, mais n’oublions pas que ce phénomène concerne d’abord et avant tout l’existence de ghettos de riches. Notre plus gros chantier de citoyen reste de nous battre contre la ségrégation des consciences. »

Craignant effectivement une montée des amalgames vis-à-vis des individus d’origine maghrébine et/ou de confession musulmane susceptible de provoquer « une coupure entre deux mondes », Patrice Allais regrette le faible écho rencontré au sein de l’Etat par la lutte contre les discriminations : « les commissions pour la promotion de l’égalité des chances et de la citoyenneté (COPEC) n’existent plus dans certains départements, ou sont en sommeil » se désole le président du réseau Amadeus, réunissant les directeurs de la politique de la ville.

Mobilisation du droit commun - Ce cadre de Rennes Métropole (38 communes, 406 700 habitants) enjoint ses collègues, après le prochain comité interministériel de lutte contre les inégalités programmé début mars, de « s’assurer de la mise en œuvre concrète des objectifs qui seront fixés, ce qui n’a pas toujours été le cas, notamment après les émeutes de 2005. »

« L’Etat a un rôle à jouer : un certain nombre de questions, comme l’emploi, appellent des réponses nationales. Ce dont souffrent le plus les maires de banlieue, c’est de l’absence des moyens de droit commun de l’Etat », atteste le secrétaire général de l’association Ville et banlieue, Gilles Leproust.

Dubitatif sur l’ajout d’un quatrième volet intitulé Citoyenneté et laïcité aux contrats de ville – une réponse « technocratique » qu’il ne juge pas « à la hauteur des enjeux, alors que ces objectifs sont à inscrire au cœur des projets de cohésion sociale et urbaine » –, Etienne Varaut estime que « notre premier devoir est de redonner du sens politique à la politique de la ville.

Participation des habitants - Comment ? En faisant participer les citoyens aux débats : « A l’heure où nous répétons notre attachement à la liberté  d’expression, n’ayons pas peur des débats et des désaccords et clarifions notre définition de la laïcité, interrogeons-nous sur l’application de l’égalité républicaine dans les quartiers populaires comme ailleurs. »

« Développer vigoureusement le pouvoir d’agir des habitants – dont la grande majorité est profondément républicaine –permet de développer le « mieux vivre-ensemble » et de contrecarrer les forces extrémistes et antirépublicaines. Il est urgent et nécessaire de s’attaquer à ces groupes qui organisent des réseaux communautaires à notre place et à celle des associations, et exploitent la misère sociale ou psychologique pour vendre leurs discours fanatiques » exhorte l’IRDSU.

Prévention de la radicalisation : le travail social mobilisé

Si les chantiers ouverts par le gouvernement font de l’éducation, de la citoyenneté et de la lutte contre les ségrégations des priorités, les acteurs locaux sont également sollicités pour détecter les jeunes en voie de radicalisation en relayant les fameux « signaux faibles ».

Nouveau et difficile à appréhender - « Nous faisons face aujourd’hui à un phénomène nouveau. Il nous faut nous appuyer sur notre expérience et bâtir des discours, des argumentaires, des modes de faire, sur ce sujet précis de la radicalisation », affirme Roger Vicot, président du Forum français pour la sécurité urbaine. Selon lui, les élus doivent s’inspirer « des réseaux préexistants qui ont été structurés ces dernières années dans les conseils locaux de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD), dans les communes, au travers des contrats locaux de sécurité ».

« Les professionnels en première ligne sont surtout ceux de la protection de l’enfance, de l’éducation ou de l’insertion professionnelle », fait remarquer une coordonnatrice de CLSPD, qui se demande « quels outils et quels interlocuteurs vont être mobilisés pour s’attaquer à des phénomènes aussi difficiles à appréhender ».

Des éducateurs mobilisés - Premier rempart face à la marginalisation, les éducateurs de rue, à travers le Comité national de liaison des acteurs de la prévention spécialisée, se disent prêts à s’engager dans « une politique publique de prévention éducative et sociale de la radicalisation ».

D’ores et déjà, le gouvernement a annoncé que le fonds interministériel de prévention de la délinquance bénéficierait d’une rallonge de 60 millions d’euros sur trois ans pour financer des actions de prévention de la radicalisation. Sans donner plus de détails.

Des décisions attendues en mars

Le Premier ministre, Manuel Valls, a annoncé la tenue, début mars, d’un comité interministériel consacré à la lutte contre les inégalités et au combat pour l’égalité dans les quartiers. « C’est ensuite que nous prendrons les décisions qui s’imposent en matière budgétaire, mais aussi de politiques de peuplement ou d’emploi », a-t-il expliqué.

Concertation - Manuel Valls a chargé le ministre de la Ville, Patrick Kanner, et la secrétaire d’Etat à la politique de la ville, Myriam El Khomri, d’organiser d’ici là une « phase de débats », afin de réfléchir à la traduction concrète de la volonté gouvernementale.

A la suite des attentats de Paris, ce tandem ministériel avait déjà réuni à plusieurs reprises les associations d’élus, les réseaux de professionnels, ainsi que des associations de lutte contre le racisme, de médiation sociale ou encore d’éducation populaire.

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  1. 1. Refus de culpabilisation 05/02/2015, 18h42

    Sur le site de la gazette, j'ai lu cet intéressant commentaire. Il montre qu'on a écarté de certains logements les classes moyennes qui, payant des impôts et ayant des revenus n'étaient plus assez riches pour se les payer. A la place on a installé des personnes dont les revenus étaient plus bas et qui, étant aidés avaient la possibilité d'être logés là ! Vous ne trouvez pas que les "dominés" sont ceux qu'on chasse, qu'on fait payer et qui ne touchent pas d'aide ? Les personnes qui ont bénéficié d'une assistance seraient des victimes de l'apartheid ?
    De qui se moque t'on ?
    « Je partage les mots du Premier ministre sur l’apartheid et la politique de peuplement dans les quartiers », a affirmé avec force François Pupponi, maire de Sarcelles et président de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru), lors de la présentation des vœux de celle-ci à la presse, le 29 janvier 2015.
    A ceux pour qui on ne peut parler d’apartheid, il répond que la situation actuelle découle bien d’une politique délibérée de l’Etat, en citant l’exemple de Sarcelles : « Dans les années 80, la rénovation des grands ensembles a provoqué un doublement des loyers. Les classes moyennes sont parties et ont été remplacées par des personnes ayant droit à beaucoup d’APL touchée directement par le bailleur. La préfecture et la Caisse des dépôts ont attribué les logements et la ville s’est alors constituée avec la tour des Marocains, la tour des Maliens, des Antillais… Il s’agissait bien d’une politique organisée de ghettoïsation, pas d’un hasard. »

  2. 2. bassa67 04/02/2015, 10h26

    Pour lutter contre l'apartheid faut il être N-MANDELA ? Oui !pour lutter contre la ségrégation ethno-raciale être MALCOM X oui!

    Pour lutter contre le racisme ,l'antisémitisme l'islamophobe et toutes les phobies sociales collective MV dit l'innommable d'une société ou l'entrisme l'esprit de coterie a réduit la vitalité de tout une partie des "dominés" au silence ou à la sommation à la prise de parole forcée et orientée.
    Que des élus ait enfin l'envie de connaitre la laïcité en France c'est à se demander encore comment peut on être Persan?

  3. 3. Manola 03/02/2015, 14h22

    Lu dans l'article : "... la laïcité est définie tantôt comme le respect de la liberté religieuse, tantôt comme une interdiction d’exprimer publiquement sa foi". Tout faux ! Ça commence vraiment mal...
    1 - Loi du 9 décembre 1905, article 1 : "La République assure la liberté de conscience...". Or, la liberté de conscience comprend la liberté d'avoir des convictions religieuses mais aussi d'être athée, agnostique, de douter ou d'être totalement indifférent ou allergique à la religion. Voila pour "la liberté religieuse"
    2 - Concernant "le respect", relisons la loi du 9 décembre 1905, article 2 : "La République ne reconnait, ne salarie ni ne subventionne aucun culte". Les élus doivent donc "respecter" les religions comme toutes les convictions philosophiques, politiques, syndicales, etc... Ni moins, ni plus. Ne pas "reconnaitre", ce n'est pas méconnaitre, ce n'est pas ignorer.
    3 - Concernant les financements évoqués dans l'article (de la viande Halal aux lieux de cultes), une bonne lecture de l'article 2 de la loi de 1905 permet aux élus de prendre en compte les religions, sans pour autant les prendre en charge... C'est plus qu'une nuance : "prendre en compte" c'est tenir compte de la réalité, "prendre en charge" c'est violer la loi.
    4 - Aux élus qui veulent mieux connaitre la laïcité, je recommande les livres d'Henri Pena-Ruiz et de Catherine Kintzler sur ce sujet.

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