Biodiversité

Pesticides : le Sénat examine une résolution défendant l’interdiction des néonicotinoïdes

| Mis à jour le 02/02/2015
Par • Club : Club Techni.Cités

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Les sénateurs doivent examiner, le 4 février en soirée, la proposition de moratoire sur les pesticides de la famille des néonicotinoïdes, portée par le sénateur écologiste Joël Labbé. Si le texte était adopté, il faudrait encore que le gouvernement le relaie auprès de Bruxelles. Par ailleurs, le ministère de l'Agriculture a présenté le 30 janvier un plan "Ecophyto 2" repoussant à 2025 l'objectif de réduire les pesticides de 50%.

Admirateur des vers de terre, auxquels il rendait un vibrant hommage lors de la troisième Conférence environnementale (fin novembre 2014), Stéphane Le Foll devrait en toute logique soutenir l’interdiction d’une famille de pesticides particulièrement ravageuse pour ces invertébrés, que Joël Labbé a défendue devant la presse, le 29 février au Sénat.

 

Bannir ces « poisons »

L’élu (EE-LV) du Morbihan soumettra à la Haute assemblée, le 4 février, une résolution proposant un moratoire européen sur les néonicotinoïdes, insecticides associés à l’effondrement des colonies d’abeilles(1). Ces pesticides sont aussi très toxiques pour la faune des sols, dont le « camarade » ver de terre, cet inlassable laboureur dont le ministre de l’Agriculture faisait l’éloge, le 27 novembre dernier. Une telle mesure nécessiterait l’intervention du gouvernement français auprès de la Commission européenne. Bruxelles a restreint, en 2013, l’usage de trois molécules. Joël Labbé, à l’origine de la loi de février 2014 proscrivant les pesticides dans les espaces publics à compter de fin 2016), appelle aujourd’hui au bannissement pur et simple des « poisons » que sont l’ensemble des néonicotinoïdes. Il y a vingt ans, après un parcours de 500 km en voiture, le pare-brise était maculé d’insectes. Ce n’est plus le cas : c’est le symptôme dramatique de la perte de biodiversité, explique le sénateur.

 

Une contamination généralisée

Introduits en France en 1994, les néonicotinoïdes, sont aujourd’hui présents « dans tous les compartiments de l’environnement : sol, eau et air », relève la proposition de résolution, déposée le 19 juin 2014(2). Ces toxiques très persistants dans les milieux ont chroniquement intoxiqué les abeilles et autres insectes pollinisateurs – à l’origine de 35 % de la production mondiale de nourriture, souligne le texte signé par 53 élus de tous bords. En Italie, l’abandon des néonicotinoïdes a fait baisser de moitié de la mortalité des abeilles en trois ans – sans que ne chute le rendement des cultures de maïs, note la résolution soutenue par des organisations syndicales et environnementalistes(3).

 

Menace sanitaire

Le texte se réfère aux récentes études de l’Autorité européenne de la sécurité des aliments, soupçonnant deux néonicotinoïdes d’altérer le développement du système nerveux humain, et de l’Agence pour la protection de l’environnement des Etats-Unis, classant un autre néonicotinoïde comme cancérigène probable. Menace directe pour les agriculteurs qui les appliquent, les néonicotinoïdes sont présents à l’état de résidus sur la plupart des fruits et légumes, affirme Générations futures. François Veillerette, président de cette association ainsi que du Pesticide Action Network européen, espère pouvoir s’appuyer sur la résolution française pour inciter les parlements voisins à reprendre la démarche.

 

« Ecophyto 2 » : l’objectif de baisse de 50 % de l’usage des pesticides décalé à 2025

« Si possible », précisait le relevé des conclusions du Grenelle, en 2008. La division par deux en dix ans l’usage des pesticides en agriculture s’avère clairement impossible, la consommation ayant progressé de 5 % entre 2009 et 2013. Le ministère de l’Agriculture, qui a présenté le plan « Ecophyto 2 » le 30 janvier, vise désormais une réduction de 25 % d’ici 2020 puis de 50 % d’ici 2025.

Doté de 70 millions d’euros par an, le plan vise notamment l’essaimage des bonnes pratiques des 2 000 fermes du réseau Dephy (Démonstration, expérimentation et production de références sur les systèmes économes en phytosanitaires), qui ont réduit de 12 % l’emploi des pesticides en 2013, quand la moyenne nationale progressait de 9 %.

Un système de certificats d’économie de produits phytosanitaires (CEPP), conçu sur le modèle des certificats d’économie d’énergie, sera expérimenté pour inciter les distributeurs à réduire de 20% en cinq ans les quantités vendues, sous peine de santion financière. Enfin, il s’agira d’infléchir dans le sens de la sobriété en intrants la future politique agricole commune, qui sera arrêtée en 2020.

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