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Nouveaux métiers

Le data scientist, oiseau en voie d’apparition dans la fonction publique

Publié le • Par • dans : A la une emploi, Actu Emploi, Dossiers d'actualité, France

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smart-city-donnees-une © WavebreakmediaMicro - Fotolia.com

On parle beaucoup des données mais les compétences pour en tirer tout le potentiel sont encore rares dans la sphère publique. Cette dernière pâtit d’une mauvaise image, pas toujours justifiée, et de salaires qui ne font pas rêver des professionnels très courtisés.

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MAP : moderniser pour économiser ?

 

Lors du passionnel débat sur le redécoupage des régions, une application au doux nom ironique de Régionator 3000, avait eu beaucoup de succès : là où les politiques s’écharpaient sur le puzzle pour des motifs pas toujours d’intérêt général, une petite équipe de data scientists de Data Publica, une société spécialisée dans le traitement et l’analyse de données, avait imaginé se baser sur la proximité géographique et les mobilités professionnelles interdépartementales quotidiennes.

Un coup de pub drôle, qui soulevait de réelles questions de fond dont la moindre n’était pas : pourquoi n’y a-t-il pas plus de data scientists dans le secteur public pour apporter un éclairage nouveau sur les politiques publiques ?

Courtisée par le privé, cette nouvelle profession qui englobe et dépasse celle du statisticien peine à émerger dans la sphère publique. Pourtant, il y aurait de quoi faire. Samuel Charron, data scientist chez Data Publica, égrène :

  • Traitement de données (issues du secteur public, du privé, d’un mélange des deux, du web) pour aider à la décision.
  • Justifier par des chiffres des actions.
  • Surveiller l’effet de mesures dans le temps.
  • Informer le public de faits mal connus.
  • Simuler des scénarios de modification de politique, ou d’effets extérieurs.

“Le secteur public ne fait pas le poids”

Pour le moment, le secteur public ne fait pas le poids, comme Samuel Charron le résume cruellement : “Il est peu probable que je travaille dans le public : le salaire est probablement inférieur, le poste souvent mal défini, et on ne sait pas si le résultat du travail sera utilisable ; je crains l’inertie, la lenteur à réagir et s’adapter.” Il est vrai qu’à 45000 euros par an actuellement pour un débutant en fourchette haute, le public ne peut rivaliser.

“J’ai voulu m’installer dans une start-up pour avoir une rapidité d’action, d’analyse, d’adaptation et de production. Je ne vois pas ces aspects dans le secteur public, renchérit son collègue Loïc Petit.

Complètement cuit alors le public ? “Certaines instances sont plus attirantes que d’autres (OCDE, Etalab…)”, nuance leur collègue Clément Chastagnol.
En administration centrale, il faut aller fouiner du côté d’Etalab. La mission en charge de l’ouverture des données publiques, renforcée par la création du poste d’administrateur général des données, vient d’en recruter une poignée, dans l’optique de commencer à mettre en place la vieille nouveauté de la “data driven policy”, ou “gouvernance guidée par les données”.

“Cela change de la finance et de la publicité”

“Le sujet est attractif, cela change de la finance et de la publicité”, estime Simon Chignard, d’Etalab. Il confirme que la culture de l’administration au niveau de l’Etat peut rebuter car “la boucle est plus longue”.

De façon générale, il souligne que la délégation de décisions et la personnalisation sont encadrées par la loi dans le domaine des politiques publiques, comme le rappelait la dernière étude du Conseil d’Etat consacrée au numérique (1), ce qui restreint potentiellement l’aire de jeux.

Ce contexte n’a pas rebuté les candidats aux postes d’Etalab. “Nous n’avons eu aucun mal à recruter, indique Pierre Pezziardi,animateur de la filière des« startups d’Etat » et qui a été impliqué dans le recrutement de certains data scientists à Etalab. Ils sont intéressés par les leviers de changement, l’envie de contribuer à fabriquer un Etat moins bête. Ce sont des déçus du privé et des organisations cloisonnées. Cela ne démarrera pas à l’ENA, mais dans des écoles de challengers.”

L’objectif est de “créer une culture de la données dans l’administration”, indique-t-il et peut-être par là de susciter des vocations en interne. “Henri Verdier commence à faire circuler la donnée en interne et encourage les administrations à faire des règles de trois”, indique Philippe Charlot, du cabinet de data scientists La mètis. Et pour lui, c’est déjà un pas important, mais cela montre bien le chemin caillouteux à parcourir.

“La culture de la donnée et de son traitement n’ont pas encore fait assez de chemin”

Pour le moment, il n’y a pas, à notre connaissance de data scientist dans les collectivités territoriales. “La culture de la donnée et de son traitement n’ont pas encore fait assez de chemin dans les collectivités pour en être au stade de recruter un data scientists, indique Jérémie Valentin, en charge de l’open data à Montpellier. Elles en sont plus à avoir déjà quelqu’un qui puisse faire de l’open data à temps plein !”

De ce point de vue, il n’y a pas de fossé entre administrations centrales et collectivités territoriales. “La seule chose qui pourrait se rapprocher de cet état d’esprit réside plus dans « l’éditorialisation » de certaines données, rajoute-t-il. Ce qui recouvre peu ou prou la mission de Simon Chignard pour data.gouv qui présente son poste comme “data editor”. A Montpellier, on essaie de travailler sur ces aspects. On est loin d’une approche scientifique, et plus proches finalement d’un démarche de communication, en essayant de faire coller certaines de nos données à de l’actualité en cours.”

Victor Fouqueray, chargé de mission open data à la région Île-de-France, va dans son sens : “si on entend simplement ‘valorisation de données’, alors nous pouvons parfois rentrer dans la catégorie des data scientist, lorsque nous produisons nous-mêmes des cartographies et autres visualisations.”

A la métropole de Lyon, où la donnée est au centre de la réflexion sur la “ville intelligente”, la réflexion est toutefois déjà bien avancée. “Le recrutement d’un data scientist et le big data sont l’étape naturelle d’après, à court terme, indique Karine Dognin-Sauze, vice présidente au Grand Lyon en charge de l’innovation, de la métropole intelligente et du développement numérique. Il faut monter en puissance sur les compétences RH pointues.”

Elle souligne que la collectivité n’est actuellement pas dépourvue : “Nous disposons d’une offre académique sur le territoire, avec l’IRIS et le living lab le Tuba.” Il est possible que le ou la future data scientist soit un-e thésard-e, une solution “intéressante” déjà choisie pour le poste de chargé de mission open data.

Externalisation des compétences

Mais pour l’heure, les compétences filent surtout vers différents acteurs privés. Les opérateurs de la “smart city” fournissent ainsi des “dashboards” pour gérer des services publics comme l’eau. Quelques cabinets conseils sont aussi implantés sur ce secteur : outre Data Publica et La Mètis, on peut citer Spallian ou Map revelation qui se sont placés sur le créneau de la cartographie. En terme de datavisualisation, une agence comme WeDoData travaille par exemple avec la région Île-de-France.

Cette concurrence pose la question de l’externalisation des savoir-faire qui peut sembler paradoxale : soit la donnée est un enjeu important et il faut une expertise publique, soit elle ne l’est pas.

Si les différences de salaire se maintiendront sans doute même si la bulle se dégonfle, le secteur public est aussi victime de préjugés qui peuvent tomber.

Pierre Pezziardi souligne que le cloisonnement est davantage le fait des grandes structures, privées ou publiques. A ce jeu, les collectivités territoriales, de taille plus modeste, seraient des terrains de recrutement plus aisés qu’une administration centrale. Et il serait peut-être plus facile d’y opérer en mode “agile”. Une piste qui laisse Loïc Petit dubitatif : “Je ne peux qu’espérer que les collectivités construisent de petites équipes qui auront la même dynamique qu’une start-up, mais j’en doute.”

L’évolution de postes internes est aussi une possibilité : “les services des collectivités territoriales sont de plus en plus outillés pour faire de l’évaluation de politiques publiques”, indique Simon Chignard, citant le cas de Rennes métropole, même si “cela reste encore de la culture de l’analyse”.

Plus pessimiste, Philippe Charlot émet l’hypthèse que les data scientists ne percent nulle part dans le secteur public, que ce soit au niveau de l’Etat ou en collectivité : “On en est aux innovateurs. Si le politique n’a pas envie d’objectiver, je ne suis pas sûr qu’on passe la cap des pragmatiques, c’est-à-dire oser regarder sans fard les faits, sans rester entre barons.”

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  1. 1. bruno stavy 29/01/2015, 15h41

    Aujourd'hui, dans nos collectivités, nous avons déjà une « première génération » de data scientists. Je pense à tous mes collègues, contrôleurs de gestion qui animent et utilisent le système d'information décisionnel (business intelligence) pour aider au pilotage des ressources, des processus et des métiers (politiques publiques) de leur collectivité. Avec cet outil, ils produisent des fiches, des états de reporting et des tableaux de bord dynamiques avec (c'est vrai..) des données essentiellement d'origine interne ( RH, finances, indicateurs d'activité et de résultats par politique publique...)

    Mais demain, nous allons devoir passer à la « deuxième génération » de data scientists avec des méga-données d’origine externe. Exemple, pour les grandes futures Régions, il va falloir changer de dimension si elles veulent exercer pleinement leur rôle de chef de filât du développement économique . Sur le territoire régional, on ne connaît pas précisément les aides publiques et privées apportées aux entreprises ainsi que leurs effets en terme de création ou de maintien d'emplois. Par conséquent, les Régions vont devoir récupérer, traiter et analyser des données des autres collectivités, des services de l’État, des acteurs privés, des réseaux sociaux, des données non structurées...pour rendre leurs financements efficaces et efficients.
    Vivement demain.

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