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Lutte contre l’exclusion

Pauvreté : le bilan mitigé du plan pluriannuel

Publié le • Par • dans : A la une, France

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pauvrete-exclusion-une © Flicr by CC Klovovi

Adopté le 21 janvier 2013, le Plan pluriannuel de lutte contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale devrait produire ses premiers effets. Mais, en deux ans, les obstacles se sont accumulés, de l’absence de reprise économique aux incertitudes liées à la réforme territoriale à venir.

 

Chiffres-clés

3 axes de réforme pour le plan pluriannuel

  1. réduire les inégalités et prévenir les ruptures ;
  2. venir en aide et accompagner vers l’insertion ;
  3. coordonner l’action sociale et valoriser ses acteurs. De ce troisième axe découle la démarche, en cours, des états généraux du travail social.

1,2 million d’enfants pauvres

en France en 2012, soit un peu moins d’un sur dix (en se basant sur le seuil fixé à la moitié du niveau de vie médian, le plus restrictif), les adolescents étant les plus touchés. Entre 2003 et 2012, le nombre d’enfants vivant sous ce seuil de pauvreté a augmenté de 158 000. Ce n’est pas une « explosion », mais la dégradation est réelle.
Source : Observatoire des inégalités.

La crise actuelle de l’hébergement d’urgence alarme. Le plan pluriannuel lancé le 21 janvier 2013 n’aurait-il donc pas réussi à mettre un terme à la « gestion au thermomètre » ? Il n’y aurait donc aucun progrès sur le front de la lutte contre la pauvreté ? Le bilan de ces deux ans d’action, qui doit faire l’objet d’un rapport de François Chérèque, inspecteur général des affaires sociales, attendu pour fin janvier, semble effectivement bien en deçà des besoins.

La conférence contre la pauvreté, initialement prévue dans le plan pour 2015, qui aurait pu se tenir à l’occasion de ce second anniversaire, n’a pas été confirmée et pourrait être remplacée par une rencontre entre le Premier ministre et les associations de solidarité.

Embûches - « Il y a du positif », estime néanmoins Roland Giraud, président de l’Association nationale des directeurs d’action sociale et de santé des départements et des métropoles, notant « un vrai changement de regard sur les personnes précaires ».
La Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (Fnars), qui a réalisé son propre bilan, confirme que le plan, qui promeut la co construction, a enfin rendu effective la participation des usagers. « Davantage dans les associations que dans les collectivités », nuance Florent Guéguen, directeur général de la Fnars.

Toujours au titre des avancées, on note des mesures concrètes d’accès aux droits telles que la revalorisation du RSA-socle ou le relèvement du seuil d’éligibilité à la CMU-C.

Mais ces progrès ne font pas le poids face à la réalité : en France, la pauvreté a encore gagné du terrain. Si le nombre de personnes pauvres, environ 8,6 millions, a légèrement diminué en 2012 (dernier recensement disponible, Insee), c’est en raison du revenu médian qui a, lui aussi, reculé.

Cette paupérisation « constitue un tournant dans l’histoire sociale de notre pays depuis les années 60 », affirme l’Observatoire des inégalités. La crise économique a particulièrement pénalisé les publics les plus fragiles et a fait basculer des personnes jusque-là épargnées. Les associations d’aide alimentaire en témoignent régulièrement, voyant venir à elles davantage de retraités et de travailleurs pauvres.

Une montée en charge trop lente de la garantie-jeunes - A cette difficulté conjoncturelle, s’ajoutent les conséquences de la réforme territoriale à venir. François Chérèque le souligne dans le bilan dressé par la Fnars : « La réaction de l’Assemblée des départements de France, à la suite de l’annonce de la suppression des conseils généraux, a provoqué un mouvement d’humeur et celle-ci s’est un peu retirée du suivi global du plan, en mettant la pédale douce dans certains départements. »

Depuis, l’ADF s’est réengagée à la faveur d’une convention, mettant en place l’expérimentation « Agille » (1), signée en novembre 2014 avec la secrétaire d’Etat chargée de la Lutte contre l’exclusion, Ségolène Neuville.

Avec Agille, les départements ont la possibilité de proposer des innovations, des simplifications administratives ou des partenariats inédits dans l’objectif de faciliter les parcours des personnes accompagnées. L’inspecteur de l’Igas déplore que la circulaire à destination des préfets pour la mise en œuvre du plan « n’ait été envoyée qu’en août 2014 », entraînant du retard dans la déclinaison territoriale.

Comme il y a deux ans, la pauvreté des jeunes inquiète tout particulièrement. Si la création des emplois d’avenir a permis d’apporter, à certains et pour un temps défini, une réponse, la Fnars regrette une montée en charge « trop lente » de la garantie-jeunes – moins de 10 000 bénéficiaires fin 2014 pour 50 000 programmés fin 2015 – qui lui laisse craindre un « impact limité » sur la précarisation de ce public surexposé aux difficultés. De son côté, François Chérèque confie qu’il envisage d’insister dans son rapport sur la pauvreté des enfants.

Analysant la problématique, l’Unicef effectuait, dans sa dernière enquête Innocenti (2), une évaluation (en se basant sur la notion de pauvreté relative) de l’impact de la crise sur la situation des plus jeunes dans les pays dits « riches ».

La comparaison entre les années 2008 et 2012 mettait en lumière, pour la France, une augmentation de la pauvreté des enfants de trois points, ce qui la place dans le groupe des pays les plus impactés, quand des pays comme la Norvège ou la Belgique sont parvenus à faire reculer la précarité de leurs enfants.

Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités, souligne que si ces enfants sont pauvres, « c’est parce qu’ils grandissent dans des familles pauvres, souvent monoparentales », et que, en toute logique, « la réduction de leur précarité passe, notamment, par la lutte contre le temps partiel subi par leur mère et le développement de l’offre d’accueil de la petite enfance ».

Etat des lieux départementaux - Et demain ? Les acteurs de l’insertion portent leurs espoirs sur la généralisation, au premier semestre 2015, des diagnostics à 360 degrés, états des lieux départementaux qui doivent permettre d’objectiver les besoins sociaux, en particulier en matière de logement, et d’engager une programmation adaptée aux enjeux de chaque territoire.

Ils attendent aussi de connaître les conditions précises d’attribution et l’enveloppe globale qui sera dévolue à la future prime d’activité, née de la fusion du RSA-activité et de la prime pour l’emploi, conçue pour soutenir les travailleurs pauvres.

Patrick Kanner, le ministre de la Ville, de la jeunesse et des sports, a récemment réaffirmé que l’aide serait accessible aux moins de 25 ans car « ce sont les plus touchés que nous devons le mieux aider ». Mais l’accélérateur tant attendu demeure la relance de l’emploi.

Réactions

« Nous demandons une relance du plan »

Florent Guéguen, directeur général de la Fnars.

Si la préparation du plan, avec sa méthode de co construction, innovante, et sa première année d’application ont été des périodes actives, 2014 a marqué une pause. Elle a été source de déception, en particulier au sujet du logement très social. On se souvient des propos de ministres stigmatisant les pauvres. Aujourd’hui, le plan n’est plus, dans le discours des ministres, un outil de référence. Il n’est plus en haut de la pile des priorités alors que la pauvreté s’est intensifiée. Nous demandons sa réactivation, très rapidement, et souhaitons réinterroger certains dispositifs. Pourquoi ne toujours pas rendre le RSA-socle accessible aux jeunes, l’un des publics les plus touchés ?

« Il y a urgence à penser l’inclusion sociale »

Roland Giraud, président de l’Andass

Les départements se sont emparés de façon variable du plan. La réussite de cette déclinaison dépend aussi de l’implication des services déconcentrés de l’Etat, car il s’agit d’un travail partenarial. Parallèlement au plan, les collectivités ont leurs propres actions. Quand elles proposent du transport à 1 euro, elles luttent contre la pauvreté. Il y a urgence à penser l’inclusion sociale. Les récents événements [l’attentat contre Charlie Hebdo, ndlr] témoignent du besoin aigu de lien social, de faire vivre la démocratie au quotidien. Pour cela, l’Andass met en avant, notamment au sein des groupes de travail des états généraux du travail social, la voie du développement social local.
Lire l’interview intégrale

« Comment y croire encore ? »

Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités

Comment peut-on croire encore à ce plan assez fourre-tout, incantatoire et, surtout, en complet décalage avec la réalité de la pauvreté en France ? Il n’y a qu’à observer la progression du nombre de titulaires du RSA pour constater que la situation s’aggrave. Elle dépend, certes, de la récession, mais aussi des choix politiques. Pourquoi avoir accordé 46 milliards de baisse des prélèvements par an (à partir de 2017) ? Cette somme aurait pu servir à construire des logements sociaux ou à ouvrir des places en crèche. Ce gouvernement construit moins de logements sociaux que le précédent… En outre, pourquoi se contenter de lancer des mesures pour les pauvres en particulier alors que notre société n’a jamais eu autant besoin de projets qui rassemblent ?

Dans l’attente des états généraux du travail social

Le retard pris par la tenue des états généraux du travail social, attendus en 2014 et finalement programmés, mais sans assurance, pour la fin du premier semestre 2015, vient assombrir, un peu plus, le bilan de deux ans d’action. Ce grand rendez-vous, qui est une mesure du plan pluriannuel, vise à refonder le travail social pour « donner aux politiques sociales les professionnels dont elles ont besoin ». Les cinq groupes de travail nationaux devaient rendre, à la mi-janvier 2015, après six mois d’études, leur rapport de synthèse, avant que ne s’engage au ministère des Affaires sociales une consultation avec les employeurs et les syndicats. Mais les débats pourraient se concentrer sur la réforme, en cours, des diplômes du travail social, sujet très sensible pour les acteurs de terrain et, par conséquent, ne pas embrasser l’ensemble des thèmes prévus (place des usages, développement social local, etc.).

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    Notes

    Note 01 - Améliorer la gouvernance et développer l’initiative locale pour mieux lutter contre l’exclusion. - Retourner au texte

    Note 02 - Bilan Innocenti 12, « Les enfants de la récession : impact de la crise économique sur le bien-être des enfants dans les pays riches », Unicef, octobre 2014. - Retourner au texte

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  1. 1. serge de semisens 21/01/2015, 21h55

    Oui la pauvreté gagne jours après jours bien des couches sociales ! Le pire est que nous avons aujourd'hui une catégorie grandissante de pauvres qui sont des travailleurs au smic précarisés années après années qui eux ont un emploi mais n' arrive plus à joindre les deux bouts tant la vie est horriblement chère ( loyer , chauffage , carburant , assurances ,alimentation , soins ...etc etc...) bref une vie ou
    l' on ne fait que compter l' argent qu'il nous reste sur notre compte en banque souvent à découvert le 15 du mois .La vie ce n' est pas ça , on devrait en attendre autre chose !
    Oui la pauvreté gagne même les travailleurs qui ne s'en sortent plus , cette situation s' aggrave depuis des années , la crise aura finie par mettre à genoux cette frange de la population , alors tous les autres Français ou pas , les sans travail , les sans papiers aussi sur notre sol , la vie est devenu pour eux un enfer .
    Que pouvons -nous souhaiter pour 2015 , et bien tout simplement beaucoup moins de pauvreté et surtout que 2015 soit le signe du redressement de notre PAYS , c'est ce

  2. 2. Pad 21/01/2015, 09h56

    Un quatrième axe devrait être inscrit, et il n'est pas des moindres : la simplification administrative. Car plus on est dans la difficulté, plus on rencontre de difficultés. Je cite deux exemples : il m'a fallu 16 mois pour obtenir mes droits à la CMU-C nécessitant de remonter mes difficultés jusqu'au niveau national ; en ce moment, j'en suis à trois mois pour obtenir une carte Navogo valide de la part de Solidarité Transport (trop d'intercoluteurs qui n'ont pas de vision transversale).

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