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Interview

Les CCI contre-attaquent

Publié le • Par • dans : A la une, France

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andre marcon © F. Calcavechia

Entretien avec André Marcon, président de CCI France, à l'heure où les chambres de commerce sont soumises à une ponction de leurs ressources et de leurs fonds propres. En retour, elles vantent leur souplesse et leurs résultats économiques. Leur chef de file appelle les collectivités territoriales à s’inspirer de leur exemple.

 

Quel est, in fine, le montant de ponction de l’Etat sur les chambres de commerce et d’industrie ?

Le gouvernement a, contre l’avis du Sénat, forcé la main à sa majorité à l’Assemblée nationale pour baisser nos ressources de 213 millions d’euros et nos fonds propres de 500 millions. Autant d’argent perdu pour le service aux entreprises sur les territoires et les investissements que nous faisons en matière d’équipement. C’est le coup de rasoir à deux lames !

Ce prélèvement entraînera-t-il une réduction de votre soutien à l’apprentissage ?

Les investissements faits en 2013 et 2014, dans les centres de formation des apprentis (CFA) inscrits au programme d’investissements d’avenir, ne sont pas touchés par cette ponction. Mais les autres projets, qui étaient simplement dans les tuyaux, sont gravement menacés par la baisse de nos fonds propres. La réduction de 50 millions d’euros de la taxe d’apprentissage que nous gérions directement n’est pas non plus une bonne nouvelle. Désormais, les régions seront en charge de ces politiques. Pour les mener à bien, elles n’auront que deux solutions : augmenter les impôts ou réduire la voilure.

Etes-vous favorable à ce transfert ?

Nous n’y sommes pas opposés. Nous souhaitons simplement être des partenaires pour favoriser l’apprentissage dans les secteurs qui embauchent, ce qui n’est hélas pas toujours le cas aujourd’hui. Nous savons faire cela. Le taux de décrocheurs, parmi les élèves que nous formons, est trois fois moins élevé qu’ailleurs. Et quatre ans après leur sortie de l’apprentissage, 80 % de nos apprentis travaillent en entreprise et connaissent une progression sociale avérée.

L’effort financier que vous demande l’Etat n’est-il pas légitime, quand on sait que vous avez reçu 41 % de recettes fiscales en plus entre 2002 et 2012 ?

Notre réalité, aujourd’hui, c’est qu’avec ce que l’Etat nous ponctionne cette année, nos recettes sont équivalentes à celles de 1993. Certes, par le passé, ce taux a augmenté, non pas de 41% mais de 19% en euros constants, et nous avons accepté en 2014 une réduction qui nous a ramené au niveau de recettes de 2005. Naturellement les CCI ne disent pas « non » à des efforts.
Lorsque j’ai rencontré le Premier ministre, je lui ai indiqué que nous étions prêts à mettre 300 millions d’euros de nos fonds de réserve à la disposition de la République. Qui, parmi les collectivités territoriales et les opérateurs publics, a fait une telle proposition ? Personne. Nous étions aussi favorables à une baisse progressive de nos recettes pour revenir en 2017 au niveau de 2002.

Une proposition jugée peu ambitieuse…

La technostructure de Bercy a une vision très vague des territoires qui se situent loin du périphérique et des missions que nous remplissons. Elle ne se rend pas compte que nous n’avons pas d’actionnaires, que nos élus sont bénévoles. Enfin, la loi de 2010 nous a fait anticiper la mise en place d’une sorte de conseiller territorial. Nos élus siègent à la fois dans les chambres territoriales et les chambres régionales. Nos budgets, nos personnels et la plupart de nos fonctions-support sont regroupés à l’échelon régional. Tout cela, aucune administration ne l’a fait !

Souhaitez-vous de nouvelles évolutions de la carte consulaire ?

Nous ne nous cachons pas derrière notre petit doigt. Nous sommes dans le mouvement. Nous sommes prêts à fusionner encore 20 % de nos chambres pour aboutir à un chiffre de 90. Ce n’est pas facile. Dans notre milieu, comme dans celui des collectivités locales les indépendantistes ne manquent pas. Mais nous gardons la flamme !

Comment comptez-vous vous adapter aux 13 nouvelles grandes régions ?

Nous souhaitions, au 1er janvier 2016, une chambre régionale par grande région. Pour que les élections consulaires se tiennent dans ce cadre, l’Etat a décidé de repousser le scrutin d’une année. Nous serons donc prêts.

Comment jugez-vous la réforme territoriale ?

Fusionner les régions sans repenser le département, c’est-à-dire épaissir une couche sans en supprimer une, me paraît un peu hasardeux. Nous ne pensons pas, dans le monde consulaire, que les grandes structures fonctionnent forcément mieux que les plus petites… Je ne suis pas certain que cette nouvelle carte renforce la compétitivité de la France. J’aurais préféré que l’on mette un coup de pied dans la fourmilière, qu’on en finisse avec cet insupportable millefeuille.

De quelle façon ?

A titre tout à fait personnel, en tant que maire d’une petite commune de Haute-Loire, je considère que les intercommunalités doivent devenir les communes du XXIème siècle, et les intercommunalités prendre une autre dimension. Cependant la présence républicaine dans chaque village doit, dans le même temps, être maintenue.

Dans le domaine économique, les CCI sont-elles prêtes à accepter les schémas définis par les régions ?

Nous sommes acquis au fait régional. Mais nous sommes aussi des adeptes du principe de réalité. Aujourd’hui, les départements sont, pour nous, des interlocuteurs importants, autant que le sont les régions. En Haute-Loire, sans le conseil général présidé par Jacques Barrot, jamais l’industrie plastique ne se serait aussi bien implantée sur le plateau de Sainte-Sigolène. Depuis les lois de décentralisation, le département a construit toutes les zones d’activité. Les départements bénéficieront-ils, demain, de délégations de compétences économiques ? Les chefs d’entreprises ont besoin de le savoir.

Ne faut-il pas réduire le nombre d’intervenants dans le domaine économique ?

Nous ne pouvons plus continuer avec pléthore d’agences, chacune s’occupant de tout. Les CCI n’ont pas vocation à intervenir dans tous les domaines. Elles doivent se concentrer sur leurs domaines d’excellence, comme la transmission et la création d’entreprises, la formation, l’international.

Qui doit s’occuper d’innovation ?

Les régions, telles les cabris, disent, « c’est nous », en sautant sur leur chaise ! Nous sommes favorables à ce qu’elles financent ce secteur mais, nous, chefs d’entreprises, avons une vision et des bonnes pratiques à leur faire partager !

Quel bilan tirez-vous du guichet unique de la Banque publique d’investissement ?

Les chefs d’entreprise ont du mal avec cette expression de « guichet unique ». Cela nous fait penser à des économies qui ne sont pas les nôtres. Nous, nous, croyons, avant tout, à la mise en réseau des guichets. Avec la BPI, on n’en est pas encore là. Nous sommes confrontés à des lourdeurs. La garantie est extrêmement chère pour les entreprises. Pour les TPE et les petites PME, la BPI n’est pas l’outil magique qui déclenche le financement des entreprises.

Souhaitez-vous que les régions se saisissent des politiques d’emploi ?

Rappelons que ce sont les entreprises qui créent l’emploi, pas les administrations. Le rôle des collectivités doit être de favoriser l’attractivité. Il n’y a pas de territoires condamnés. Il n’y a que des territoires sans projet.

Etes-vous favorable à l’ouverture du capital des aéroports régionaux gérés par les CCI ?

L’Etat, en quête de liquidité, veut mettre fin à un système vertueux. Il vend les joyaux de la couronne ! A Toulouse, les collectivités n’ont pas voulu participer au tour de table avec la CCI pour reprendre les parts de l’Etat. Elles ont estimé que l’opération comportait un risque financier. Maintenant, avec l’arrivée probable des Chinois, elles s’en mordent les doigts… La CCI, elle, a examiné toutes les offres. Elle sera encore très présente dans le nouvel aéroport.

Comment les CCI peuvent-elles davantage soutenir les entreprises qui partent à l’export ?

Nous avons réalisé de gros progrès en structurant nos actions au niveau régional. Maintenant, nous allons travailler ensemble avec nos premiers partenaires que sont les collectivités.

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