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Aménagement du territoire

« Il y a une grande part de hasard dans l’aménagement du territoire » – Aurélien Bellanger, romancier

Publié le • Mis à jour le • Par • dans : A la une, France

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ABellanger © Catherine Hélie- éditions Gallimard

Lauréat du prix de Flore 2014, Aurélien Bellanger a été récompensé pour sa mise en récit de l’action publique. A travers son deuxième roman intitulé « L’aménagement du territoire », l’auteur de 34 ans revient sur la conquête de la province par le TGV mais aussi les sentiments épars que cette technologie créée sur sa route parmi la population française. Sous sa plume, l’Etat, l’administration, la technocratie et la démocratie locale deviennent subitement romanesque. Interview.

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ZAD : sortons de l'impasse !

 

Afin de mieux anticiper les conflits d’aménagement du territoire qui se multiplient, les aménageurs devraient-ils oublier leur rationalité très cartésienne pour s’intéresser – comme vous le faites dans votre roman – davantage à l’histoire politique du territoire, ainsi qu’à la sociologie et la psychologie des acteurs locaux ?

Un bon aménageur doit évidemment être malin, mais j’ai peut-être un peu trop forcé sur le micro-déterminisme… A moins de faire arriver le TGV en Haute-Corse – où l’on peut raisonnablement prédire ce qu’il se passera en matière de contestation –, un haut-fonctionnaire compétent même aidé des élus locaux ne peut pas prévoir à l’avance si le champ politique va se polariser sur tel ou tel chantier. Il y a une grande part de hasard dans l’aménagement du territoire !

Prenez mon roman : la grande vitesse arrive dans l’Ouest de la France, en Mayenne, une terre d’insurrection historiquement identifiée comme chouanne, coincée entre deux populations à l’identité très forte à savoir les Normands et les Bretons. Tant le blocage de la fusion des régions en Pays-de-la-Loire et en Bretagne que les manifestations des Bonnets rouges contre l’État m’ont, depuis, confirmé que j’avais choisi une région intéressante en matière de rébellion.

Pour autant, rien ne se passe comme pouvaient l’anticiper les conservateurs ! Certes très Ancien Régime, ce territoire est devenu au fil des siècles plutôt individualiste ou, à tout le moins, de très faible intensité politique par rapport à la profondeur de son histoire.

Les élus locaux sont assez peu présents dans votre ouvrage. Quel rôle jouent-ils dans cette politique d’aménagement du territoire et le développement de la province ?

Si mon roman se déroulait à Lyon, Montpellier ou Marseille, il y aurait eu une prégnance beaucoup plus forte des élus locaux. C’est quasiment caricatural de voir comment ces métropoles se sont construites contre Paris ! Mais, contrairement à son voisin breton, la Mayenne fait partie d’une région peu dissidente, idéologiquement déjà dans la périphérie de notre capitale.

C’est paradoxal : à la fois, l’État y est très moqué avec la certitude qu’on maîtrise mieux les choses d’en bas plutôt qu’enfermé dans un bureau à Paris, mais en même temps, on est très loin des insurrections des Chouans qui s’y sont déroulées hier. Il y a un consentement unilatéral pour ne pas dire sacré à la violence d’État et à ce que les autorités politiques lointaines décrètent sans concertation.

Étant originaire de la Mayenne, mais ayant surtout vécu à Nantes puis très vite en banlieue parisienne, je n’ai jamais réellement rencontré le monde institutionnel local. Dans mon imaginaire, la démocratie locale ne représente pas un véritable contre-pouvoir face à l’État. Prenez le projet de Notre-Dame-des-Landes, tout le monde est bien conscient que la décision ultime ne reviendra pas au président du Conseil régional des Pays-de-la-Loire, Jacques Auxiette…

Pour vous, à travers la décentralisation, les élites centralisées respectent davantage les élus locaux mais demeurent bel et bien encore les maîtres du jeu…

Et c’est très bien ainsi ! A horizon trois siècles, ne serait-ce que pour des raisons d’attractivité culturelle, je ne vois pas comment le leadership de Paris pourrait être contesté par son arrière-pays. A l’heure de la mondialisation, la France n’a peut-être pas de régions puissantes mais elle a réussi à sauver une métropole dans le Top 3 mondial dans quasiment tous les domaines ! Pourquoi les élus girondins voudraient-ils casser cela ?

Œuvrant à des degrés divers pour l’État au sens de l’émanation de la société civile, les girondins comme les jacobins devraient plutôt se méfier de la « sécession » de toute une partie de l’élite économique, résolue à émigrer de France. Une orientation plébiscitée par les dirigeants des multinationales déterritorialisées, mais aussi par le « capitalisme d’Etat », Bouygues, Vinci et consorts, qui ne seraient paradoxalement jamais devenus aussi puissants sans la commande publique…

Dans les métropoles, plus les gens réussissent, moins ils ont de sentiment national et se sentent attachés à un territoire en particulier. Or, le modèle pyramidal français avec Paris au sommet est menacé dès lors que le sommet de la pyramide devient un sablier qui laisse partir nos meilleurs éléments à Londres ou New York.

Une décentralisation pleine et entière a-t-elle, néanmoins, vos faveurs ?

La vision jacobine d’une planification égalitariste, Robespierriste, oublie qu’il y a des inégalités qui sont créatrices de valeur. D’ailleurs, ce qui fonctionne le mieux en France, c’est encore Paris et les grosses métropoles ! A partir d’un certain stade, la décentralisation est excessive.

L’aménagement du territoire et les métropoles d’alternance ont d’abord été pensées dans une recherche d’équilibre de la puissance jacobine, de rééquilibrage démographique de l’Etat et de modernisation de la France. La Datar n’a pas seulement répondu à la montée en puissance de l’idée girondine, fort heureusement selon moi et malheureusement pour beaucoup de gens nourris aux thèses de Jean-François Gravier et de « Paris et le désert français ».

Vous écrivez que « le TGV était la dernière incarnation du jacobinisme triomphant des Trente glorieuses. L’engouement pour le rail tournait à l’obsession pour les élus locaux. » Depuis la sortie de votre livre à l’été 2014, Paris a changé de regard et adressé un rapport très critique de la Cour des comptes sur cette politique d’aménagement du territoire…

Je serai très étonné que ce rapport – qui ne repose que sur des arguments financiers – remette en cause l’attachement des élus pour ce mode de transport ultra-rapide… Et ce même si le TGV ne se justifie pas à 100% dans un pays où les plus grandes radiales font rarement plus de 1 000 kilomètres. Plusieurs lignes à grande vitesse (LGV) sont aujourd’hui en sommeil faute d’argent public, mais elles n’attendent qu’une sortie de crise pour être relancées !

A l’instar du plan Freyssinet – qui reliait chaque chef-lieu de canton à sa sous-préfecture elle-même reliée à la préfecture du département –, la SNCF et RFF sont peut-être allés trop loin dans leur logique de service public. Relier la ville de Tours à Paris en moins d’une heure me semble être une absurdité totale ! D’ailleurs, le fait d’être trop proche de Paris casse les dynamiques métropolitaines.

En vous remémorant les Trente glorieuses où l’aménagement du territoire n’était pas encore considéré comme une « vieille lune de technocrates », où la France était « le terrain de jeu préféré des aménageurs », vous nous rappelez à quel point les contestations d’aménagement du territoire sont nouvelles dans notre pays…

Contester un projet, c’est un jeu de rôle stratégique et géopolitique hyper-marrant. Ce n’est ni plus ni moins que la reproduction d’un Kriegsspiel à une échelle microscopique, qui séduit d’ailleurs davantage de diplômés de Normale Sup’, à l’instar de Julien Coupat, ou bien d’intermittents du spectacle que de paysans frondeurs prêts à soulever leurs fourches.

A Notre-Dame-des-Landes ou Sivens, les contestataires ont vraiment réussi à démocratiser les conflits territoriaux. Ils se sont structurés depuis les luttes du Larzac ou de Plogoff, au point de véritablement changer de statut : ils sont passés d’une minorité peu influente à un contre-pouvoir très puissant terrorisant les élus locaux.AB_NDDL Tout leur jeu consiste aujourd’hui à tester la proportionnalité de la réponse de l’Etat.

Avec deux tirs de mortiers et un missile de Rafale, l’Etat pourrait remporter la partie. Mais – et c’est ce qui fait tout le charme et la perversité des contestataires –, il ne peut pas répondre de façon aussi disproportionnée pour des projets si minimes et ridicules. L’intérêt du CenterParcs de Roybon n’est pas comparable à celui du viaduc de Millau.

Mais pourquoi, aujourd’hui, de plus en plus de citoyens n’acceptent-ils plus aussi facilement qu’hier cette « politique de modernité » mise en œuvre et défendue par l’État ?

Même s’il n’y a pas souvent de pensée territoriale forte, il y a quelque chose de sincère derrière la contestation. La crise de la représentativité politique est réelle, et leur projet de société basé sur la réappropriation de la démocratie directe peut séduire certains trentenaires abreuvés depuis leur enfance par l’idée que les idéologies politiques étaient mortes.

Avec l’épuisement des ressources naturelles et le réchauffement climatique, ils se retrouvent aujourd’hui en position de force alors qu’il y a une opportunité politique majeure de résister. Moi qui ne sympathise pas particulièrement avec les idéologies décroissantes, je suis obligé de reconnaître que leur approche systémique des problèmes contemporains n’est pas totalement absurde.

L’Etat ne devrait pas traiter les zadistes avec mépris, mais les prendre au sérieux, les considérer comme une force politique. Ce qui implique d’être un minimum stratège, et de ne pas se contenter de les noyauter policièrement. Si on enlève leur côté révolutionnaire, ce sont tous des aménageurs en puissance, qui raisonnent à long-terme et ont des plans précis. Les contestaires des « grands projets inutiles » sont beaucoup plus français qu’on ne le pense !

Finalement, « L’Aménagement du territoire » est-il une fiction… ou un essai ?

Si je me suis, certes, inspiré de faits véridiques que j’ai découverts au fil de mes recherches, mon roman est une fiction à 100% ! L’aménagement du territoire m’intéresse simplement comme support d’une vision quasi-poétique : je n’ai rien à dire de sérieux sur cette politique publique. Il y a des parties documentées, mais aussi beaucoup de passages fantasmagoriques.

Tout le jeu, c’était de montrer à quel point la technique domine les humains mais qu’elle peut aussi se révéler être un outil de dirigisme fort pour bâtir un projet politique. Avec « L’Aménagement du territoire », je mène une sorte de réflexion sur la modernité, les libertés et le progressisme, dont le conflit entre jacobins et girondins n’est au final qu’un avatar historique !

L’aménagement du territoire en fiction

Alternant romance fantasmagorique, digressions administratives, analyses technicistes, rappels historiques et incantations idéologiques, le dernier livre d’Aurélien Bellanger – sobrement intitulé « L’aménagement du territoire » – fait la part belle à l’Etat et aux hauts-fonctionnaires.

Pour son deuxième roman, la prolongation de la ligne à grande vitesse (LGV) Bretagne-Pays de la Loire est en effet prétexte à disserter sur le partage du territoire entre des habitants d’un même village mayennais aux intérêts néanmoins contraires.

Les travaux nécessaires pour réaliser ce grand projet d’aménagement du territoire vont transformer le paisible village d’Argel en un théâtre d’une lutte tragi-comique entre un marquis, sa fille élue locale, un haut-fonctionnaire, un homme d’affaires, sa fille ingénieure, accompagnés dans leur combat de jeunes idéologues d’extrême-droite et d’extrême-gauche.

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  1. 1. dambinofflinstallateurparisien 02/02/2015, 14h05

    amenagement du territoir fiction = il faut en premier savoir a qui appartient la region pour ne pas perdre de temps de mission en mission differentes des autre par le prix des terrains et le prix des experts dane la construction de l urbanisme ,en plus on vas simplifier avec le numerique = on ne pense pas aux ouvriers du BTP et autre professionnel == comme le GRAND PARIS DEPUIS PLUS DE 50 ANS EN PROJET

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