Transports

Le « TER à 1 euro » démarre cahin-caha le 5 janvier en Languedoc-Roussillon

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Lyntern - CC-BY-SA-3.0

Expérimenté depuis 2011, le TER à 1 € sera lancé le lundi 5 janvier 2015 sur l'ensemble du réseau ferroviaire du Languedoc-Roussillon. En réalité, seules 5 % des places seront disponibles à ce tarif symbolique, exclusivement vendu sur Internet. La mise en place n’est pas aisée : la région accuse la SNCF « d’obstruction » car elle a dû faire développer son propre système de vente à distance courant 2014 et créer mi-décembre une régie de recettes ad hoc.

Le 5 janvier 2015 à 11 heures en gare Saint-Roch de Montpellier aura lieu le lancement officiel de la nouvelle tarification « TER à 1 € » en Languedoc-Roussillon. « Je confirme la date et nous serons prêts », a assuré le 18 décembre le président de la région Damien Alary. L’objectif est d’améliorer l’attractivité du train régional, le taux de remplissage des TER et de donner du pouvoir d’achat aux habitants. »

Mais rien n’est simple sur ce sujet lancé en… 2010, lorsque la région prend exemple sur le « bus à 1 € », mis en place notamment dans les Pyrénées-Orientales. Surtout pas les relations avec la SNCF. « La SNCF nous met des bâtons dans les roues, regrette Damien Alary. Mais nous sommes l’autorité organisatrice de transport et la SNCF notre prestataire. » Sollicitée par La Gazette des communes, la direction régionale de la SNCF « ne prendra pas la parole sur ce sujet. Le TER à 1 € est une volonté politique de la région, que nous appliquons ».

« Nous serions allés beaucoup plus vite si la SNCF avait joué le jeu, réplique Marie Meunier, vice-présidente de la région aux transports. Elle n’est pas du tout ouverte aux innovations, répond non à tout. Or, elle doit s’adapter aux contextes locaux, avec souplesse. Le TER à 1 € était une idée du président Georges Frêche en 2010, fortement reprise par son successeur Christian Bourquin, tous deux décédés. Damien Alary et moi-même voulons tenir cet engagement. Le TER à 1€ est une mini-révolution, nous faisons bouger les lignes. »

Une « généralisation » contingentée

Région et SNCF ont longuement expérimenté, à partir de 2011, cette tarification sur cinq lignes (une dans chaque département). Leur fréquentation a globalement triplé, avec 650 200 passages au lieu de 200 000 en 2012 (695 000 en 2013). « Les résultats étaient probants, il fallait y aller », lance Marie Meunier.

Mais la configuration générale de l’opération a changé début 2014. En 2010, l’ancien président Bourquin avait évoqué un financement de 30 millions d’euros pour assurer la première année de la phase de généralisation. Mais en février 2014, lors de l’annonce de la généralisation faite avec Alain Le Vern, directeur général de la SNCF, le TER à 1 € concernait bien tout le réseau, mais pas tous les billets. Les partenaires évoquaient « 2 000 à 4 000 billets par jour » vendus exclusivement sur un site Internet dédié.

Dans la délibération finalement adoptée ce 19 décembre, la région annonce 460 000 places annuelles (hors 5 lignes expérimentales). Ce contingent équivaut à moins de 1 300 places par jour, soit environ 5 % des 23 000 trajets quotidiens. « Ce sont des conditions très contraignantes », juge Eric Boisseau, délégué régional de la Fnaut. L’association d’usagers, qui n’a « pas été consultée par la région », rappelle sa position « contre la gratuité ou la quasi gratuité. Rendre le train attractif passe par le renforcement de l’offre, sa fréquence – il faudrait beaucoup plus de trains entre Nîmes et Marseille par exemple – et la modernisation des lignes. »

Une exploitation prise en charge par la région

Côté financement, la région prendra intégralement en charge la nouvelle tarification : un surcoût de 3,5 millions d’euros est inscrit dans la convention d’exploitation avec la SNCF, qui passe à 109,418 millions d’euros en 2015.

Sur le plan technique, la collaboration a aussi été épineuse. « Les relations se sont contractées à la rentrée et il a fallu mettre en place notre propre système à l’automne », relève Marie Meunier. Ce n’est pas finalement pas la SNCF qui vendra les billets à 1 € sur Internet, solution prévue à l’origine.

Explication : la SNCF a proposé d’utiliser le système Résarail, que la région a trouvé trop cher et pas adapté (contingentement au tronçon et pas au train) puis a selon la région refusé de développer un système plus adapté. Si bien que la région a confié, mi-2014, ce développement informatique à Bull Amesys, qui lui coûte 720 000 euros supplémentaires. Puis la SNCF a écrit le 17 novembre à la région qu’elle ne souhaitait pas prendre en charge l’exploitation du système… « Contraint », le conseil régional prend lui-même en charge l’encaissement des billets à 1 € et a voté le 19 décembre, « en urgence », reconnaît Marie Meunier, la création d’une régie de recettes ad hoc.

Vendu sur un nouveau site Internet, le « TER à 1 € » devra se faire connaître. Or, mi-décembre 2014, aucune information n’a été diffusée directement ni par la région, ni par la SNCF. « La région prendra aussi en charge la communication, relève Marie Meunier. Aux dernières nouvelles, la SNCF refuse de donner l’information dans les gares. » Le lancement du 5 janvier comporte donc quelques risques, mais la vice-présidente aux Transports se veut optimiste : « Nous ferons un premier point au bout de trois mois. J’ai déjà été sollicitée par d’autres régions pour expliquer cette action unique en France et on espère qu’elle va faire des petits… »

 

Commentaires

3  |  réagir

03/01/2015 08h35 - speedy

1 euro le trajet en TGV, alors que les autres vont le payer plein tarif, c’est créer un peu plus d’inégalité sociale, c’est casser un peu plus la solidarité entre les français, au moment où ‘ils auraient tant besoin d’une solidarité accrue et d’un service public plus fort….La logique commerciale a des limites, en particulier en période de déflation….Les privatisations, dont celle de la SNCF, sont malvenues….

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03/01/2015 01h02 - Jean castre

720 000 euros pour un système Pour vendre des billets à 1 euro, 3.5 millions chaque année et tout cela pour -300 billets par jour… Quel gâchis d’argent public, pour de la pure démagogie ! Cela ne représente que deux ou trois billets par train ! Ce sera la loterie pour en avoir. Plus ressemblant a une annonce électorale qu’autre chose. La conclusion est drôle, c’est la faute de la SNCF mais au final qu’a-t-elle à y perdre ?

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02/01/2015 06h14 - PRSE le blog

Commandes internet, quota de places, abonnement préalable… les multiples conditions font que cette offre fait plus office de communication en vue des régionales de 2015 plutôt que d’être un atout social et environnemental. A coté de ça la SNCF ferme encore des guichets dans la région et une ligne a grande vitesse inutile est en construction. Ça déraille !

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