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Prêts sur gages

Les crédits municipaux se lancent dans le microcrédit

Publié le • Par • dans : A la Une finances, Actualité Club finances

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Jacques Stern, directeur du crédit municipal de Nantes Jacques Stern, directeur du crédit municipal de Nantes © JP Teillet

Depuis deux siècles, les établissements publics communaux de crédit accordent des prêts à leurs clients en échange du dépôt d’objets. Aujourd’hui, ils se diversifient dans des activités bancaires plus traditionnelles, comme l’ouverture de comptes et l’octroi de prêts solidaires.

 

Chiffres-clés

85 % des clients du crédit municipal de Nantes récupèrent les objets déposés en prêt sur gages. Pour les 15 % restants, la vente se fait à la demande ou en cas de non-paiement des intérêts.

Les 18 crédits municipaux et leurs 32 antennes locales sont des établissements publics communaux de crédit et d’aide sociale. Leur première mission, dont ils ont le monopole depuis 1804, est de consentir des prêts sur gages à taux modérés, pour lutter contre l’exclusion financière.
Le principe est simple : toute personne peut déposer un ou des objets de valeur et obtenir un prêt, par sécurité toujours inférieur à la valeur de l’objet. Le crédit municipal de Nevers (36 000 hab., Nièvre), par exemple, n’accepte que les bijoux en or, tandis que ceux de Bordeaux (240 000 hab., Gironde) et de Nantes (290 000 hab., Loire-Atlantique) prennent aussi du vin, des sculptures, des tableaux, etc. Quant à l’or, il est souvent évalué directement par le personnel.

La durée légale du prêt est de deux ans maximum (prolongations comprises) et, de fait, souvent de six mois renouvelables. Au bout de six mois, l’emprunteur peut rembourser capital et intérêts pour récupérer son bien ou prolonger le prêt pour six mois, après versement des intérêts, ou encore abandonner son bien, qui sera alors vendu aux enchères. « L’éventuel excédent (moins les intérêts et les frais) revient au client », explique Nicolas Mazaleyrat, directeur du crédit municipal de Nevers.

Budget autonome - Les clients n’ont pas à justifier le prêt. « Certains nous disent venir pour manger, payer leurs factures, rembourser une dette, d’autres vendent régulièrement, etc. », poursuit Nicolas Mazaleyrat, qui précise que, pour éviter les cambrioleurs, différentes mesures sont prises : « Nous n’acceptons des bijoux masculins que si le vendeur est un homme et des bijoux féminins que s’il s’agit d’une femme. De plus, nous ne prenons pas plus de dix contrats en cours et demandons une carte d’identité et un justificatif de domicile. »

Pour rentabiliser les crédits municipaux, qui ont un budget autonome des mairies et n’en reçoivent, sauf exception, aucune subvention, les prêts sur gages ne suffisent pas. Certaines caisses, comme celles de Bordeaux, d’Avignon (90 000 hab., Vaucluse), de Lille (230 000 hab., Nord) et de Boulogne-sur-Mer (43 000 hab., Pas-de-Calais) ont ajouté une activité bancaire et de crédit à leurs prestations.
Dans tous les cas, ces banques se limitent à des placements sans risques et ne proposent pas tous les services informatiques (virements externes) ni tous les types de cartes. Enfin, elles n’offrent leurs services qu’aux clients habitant non loin de leurs agences.

Mission de service public - Les crédits municipaux pratiquent parfois des crédits classiques à la consommation, du microcrédit personnel ou social, comme à Nantes ou à Boulogne-sur-Mer : « Il s’agit de rétablir un lien cassé entre banque et client. Avec le centre communal d’action sociale et la mission locale, nous finançons par exemple un projet de vie : une formation ou un scooter, un permis de conduire », note Marc Lefèvre, directeur du crédit municipal boulonnais, qui étend aussi le microcrédit aux étudiants et à la santé. Le rachat de crédits (de prêts révolvings notamment) est également proposé, pour éviter le surendettement.

Pour autant, comment les crédits municipaux se garantissent-ils des défauts de remboursement ? « Pour les rachats de crédit, nous avons un scoring fondé sur le taux d’endettement, le fichage à la Banque de France, l’âge », explique Nicolas Mazaleyrat. « Afin de soutenir nos prêts sans être déficitaire, nous recherchons un équilibre entre microcrédit et prêts plus importants, entre comptes bancaires classiques et ceux de personnes dans le besoin, etc. », résume Marc Lefèvre, qui reconnaît que la situation se tend : « Nous acceptons deux prêts sur cinq, contre quatre sur cinq au début des années 2000. »

Tous les crédits municipaux ont une mission de service public et leurs bénéfices sont redistribués aux mairies ou remis en fonds propres pour couvrir les risques de l’activité. Les moyens de communication des anciens monts-de-piété étant limités, ils sont en conséquence encore peu connus. D’autres agences ouvrent néanmoins : à Poitiers (90 000 hab., Vienne) récemment, bientôt à Bayonne (44 000 hab., Pyrénées-Atlantiques) et à Rennes (208 000 hab., Ille-et-Vilaine).

A Nantes, l’activité du crédit municipal a progressé de 30 % en 5 ans

Au crédit municipal de Nantes et dans ses agences d’Angers et de Tours, le prêt sur gages a connu, entre 2008 et 2013, 30 % d’activité supplémentaire : « Actuellement, 12 000 prêts de 700 euros en moyenne sont en cours. A 2 % par an, c’est mieux qu’un crédit révolving à 0,8 % par mois, explique le directeur, Jacques Stern. Et, même si la crise se termine, les prêts ne baisseront pas brutalement, car des clients nouvellement conquis y auront recours. » Une dynamique sociale et solidaire a également été impulsée par Jean-Marc Ayrault, ancien maire de Nantes : ainsi, 1 600 microcrédits d’un montant moyen de 2 200 euros sur 31 mois sont en cours. « Une relation triangulaire entre le crédit municipal, le client et l’accompagnateur social réduit, après acceptation de trois dossiers sur quatre, le taux d’échec à moins de 3 %, ce qui favorise la “réinsertion” bancaire », poursuit-il. Le crédit municipal nantais, dont le budget est de 3 millions d’euros, fait aussi du rachat de crédits, en collaboration avec celui de Paris, et propose des livrets d’épargne solidaire, dont les intérêts financent des associations à vocation sociale. Enfin, il travaille à la création d’une monnaie locale pour fluidifier l’économie. « Nous devons nous diversifier, souligne Jacques Stern. Car le prêt sur gages risque de diminuer, les jeunes n’achetant plus de bijoux. »

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