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Culture

« On ne peut plus penser la bibliothèque de façon isolée » – Fleur Pellerin

Publié le • Par • dans : A la une, France

Fleur Pellerin © SIPA/B.Bisson

Le ministère de la Culture et de la Communication a fait de 2014 « l’année des bibliothèques ». Dans ce contexte, il réunit élus et professionnels pour des assises des bibliothèques, organisées ce lundi 8 décembre, à Paris, en partenariat avec « La Gazette ». Numérique, statut et fonctionnement des équipements, gouvernance culturelle et autres sujets de préoccupation chez les professionnels vont être passés en revue. A cette occasion, Fleur Pellerin, ministre de la culture et de la communication analyse les défis qui attendent ce secteur bousculé par le numérique, l’évolution des attentes du public et la réforme territoriale.

 

Chiffres-clés

  • 16 000 bibliothèques ou points lecture répartis sur tout le territoire
  • 18% des dépenses culturelles des communes de plus de 10.000 habitants consacrés aux bibliothèques
  • 100.000 m2 construits ou rénovés chaque année au cours des trente dernières années
  • 1000 bibliothèques aidées en 2013 par l'Etat
  • 80 millions d'euros consacrés par l'Etat au concours particulier pour les bibliothèques de la dotation globale de décentralisation (DGD)
  • 15 heures d'ouverture par semaine en moyenne dans les bibliothèques publiques

Sources : Ministère de la culture, Observatoire de la lecture publique

Alors qu’il a décrété 2014 « année des bibliothèques », le ministère de la Culture et de la Communication a pris l’initiative d’organiser des Assises des bibliothèques le 8 décembre à Paris. Une manifestation très attendue par les professionnels, qui souhaite un débat sans détour avec les élus. Sommaire

Pourquoi organiser ces Assises ?

Les bibliothèques jouent un rôle fondamental dans l’accès de tous, les plus jeunes et les plus âgés, à la lecture, à cette richesse intérieure qu’elle apporte, pour le plaisir comme pour l’étude. C’est pour cela que mon ministère a fait de l’année 2014 l’année des bibliothèques, en reconnaissance de ce statut si particulier dans la vie de nos concitoyens. La France a d’ailleurs un réseau de bibliothèques sans équivalent, qui constitue le premier réseau culturel national, et même notre premier réseau de proximité ! 16 000 bibliothèques réparties sur tout le territoire, grâce auxquelles 85 % des Français ont un accès direct à la culture et la connaissance dans leur commune. Le fait que la France ait été choisie pour accueillir cette année le 80e congrès mondial des bibliothèques est un signe fort d’une reconnaissance internationale de la qualité du modèle français en matière de lecture publique : 4 000 bibliothécaires de plus de 100 pays ont été accueillis à Lyon, du 16 au 22 août. A l’heure de la réflexion sur l’organisation territoriale de nos services publics, il faut faire entendre la voix des bibliothèques et rappeler leur importance inestimable, à la fois en tant qu’espace de liberté pour accéder à toutes les connaissances et comme service public culturel de proximité. L’évolution des pratiques culturelles des Français suscite aussi de nouvelles attentes : horaires d’ouverture, accès à des collections multimédias, besoin de nouvelles médiations, développement de services numériques, etc. J’attends donc de ces Assises une expression claire de tous les élus concernés sur les missions des bibliothèques, et si possible l’élaboration d’un constat et de réponses concertés.

Les bibliothèques bénéficient-elles de toute l’attention nécessaire de la part des élus ?

Des chiffres sans appel soulignent bien l’importance de l’engagement des collectivités territoriales : une enquête conduite en 2010 montre que médiathèques et bibliothèques représentent 18 % des dépenses culturelles des communes de plus de 10 000 habitants, 23 % des dépenses culturelles des groupements de communes et 14 % des dépenses culturelles des départements, ce qui est considérable. En 2013, les collectivités territoriales ont présenté à l’Etat près d’un millier de projets d’investissement pour bénéficier d’une aide au titre du concours particulier pour les bibliothèques de la Dotation générale de décentralisation : plus de 100 000 m² de bibliothèques sont construits ou rénovés chaque année ces trente dernières années. Mais toutes les communes n’ont pas encore les équipements qu’elles méritent. C’est pourquoi j’ai commandé à l’Inspection générale des bibliothèques un rapport sur les lacunes des réseaux de lecture publique afin de mieux identifier celles qui en ont besoin. Les services du Ministère de la Culture seront également mobilisés à travers l’Observatoire de la lecture publique et l’enquête annuelle que nous conduisons auprès de 10 000 bibliothèques territoriales, afin de bien connaître leurs moyens, leur activité et le niveau de service proposé au public.

Quels sont selon vous les principaux défis à relever ?

La préparation des Assises a permis d’en identifier trois. En premier lieu, la modernisation des bibliothèques, le développement de services à distance et l’offre numérique. Ensuite, le sujet central du développement des publics, car la proportion des personnes les moins favorisées doit être encore accrue. Enfin, dans le contexte de la réforme territoriale, la question cruciale de l’organisation de nos bibliothèques, puisqu’aujourd’hui elles relèvent le plus souvent de deux niveaux de collectivités impliquées dans les réformes en cours : le département et la commune.

Etant donné le développement des services numériques des bibliothèques, certains élus s’interrogent sur l’opportunité de continuer à investir dans la construction, et la modernisation d’équipements physiques. A contrario, certains estiment que l’aménagement du territoire en équipements de lecture publique n’est pas achevé. Comment abordez-vous ce débat ?

Les deux approches ne sont pas incompatibles : elles doivent plutôt se compléter ! On ne peut certes plus aborder la question de la bibliothèque en se préoccupant seulement du bâti. Les usagers attendent aussi une offre numérique de qualité, des services à distance tels que la consultation du catalogue, la réservation de documents, le prêt numérique, … Mais les élus et les professionnels l’ont souvent déjà bien compris : la moitié des près de 1 000 projets de bibliothèques que l’Etat a aidés en 2013 portent sur des informatisations, des projets de numérisation ou la construction de bibliothèques numériques. A cet égard, le comportement des métropoles et des grandes villes est assez exemplaire puisque ce sont désormais plus d’une vingtaine d’entre elles qui ont rejoint le programme des bibliothèques numériques de référence ou s’apprêtent à le faire. Il ne faut pas non plus négliger les espaces et les services au sein de la bibliothèque : la fracture numérique n’a pas disparu, puisqu’environ un quart de la population demeure, pour de multiples raisons, éloigné d’Internet, du haut débit, des usages numériques. Les bibliothèques sont aussi là pour accueillir ce public. Mais surtout, la bibliothèque, comme tous les équipements culturels, c’est aussi une partie de la Cité, entendue comme une communauté humaine ! Je crois beaucoup aux bibliothèques comme lieux de médiation, comme portes ouvertes aussi sur l’offre culturelle plus large de la collectivité. Une bibliothèque exclusivement numérique serait bien déshumanisée !

Comptez-vous encourager les équipements de lecture publique à élargir leurs horaires d’ouverture, notamment en soirée et le dimanche ?

Ouvrir « mieux » est un enjeu essentiel. C’est celui de l’accessibilité d’un service public essentiel et de son adaptation aux rythmes de vie de la population, alors qu’il est en moyenne ouvert 15 heures par semaine. C’est évidemment un défi de taille : pour les élus et l’Etat, qui doivent maîtriser les finances publiques ; pour les professionnels, eux-mêmes très sollicités par le développement de nouveaux services, par exemple dans le cadre de la réforme des rythmes scolaires. Le partage d’expérience est essentiel : c’est pourquoi l’Association des bibliothécaires de France le ministère de la culture et de la communication se sont s’associés pour mettre à disposition de tous, notamment des élus, un guide pratique publié à l’occasion des Assises et intitulé « Ouvrir grand la médiathèque ». Il recense de nombreuses expériences réussies et les réponses qui ont permis le succès.

Les Champs Libres à Rennes CC-BY-SA 4.0 Edouard Hue

Les Champs Libres à Rennes CC-BY-SA 4.0 Edouard Hue

La réforme territoriale va bousculer la gouvernance de la lecture publique et les réseaux existants. Que faut-il préserver ?

Le point le plus important est à mon sens de parvenir à gérer une double exigence : le maintien de services de proximité et le développement du niveau de service des bibliothèques, souhaité par la population : activités éducatives et artistiques, formation, offre numérique, etc. Cela implique que l’on ne peut plus penser la bibliothèque de façon isolée mais qu’il faut répartir l’effort sur différents niveaux d’établissements, chacun ayant des missions bien définies. Depuis 1945, les bibliothèques départementales ont joué largement ce rôle pour les communes rurales. Aujourd’hui, elles proposent souvent des services numériques impossibles à créer pour des communes faiblement peuplées. Se pose également la question du rôle joué par les bibliothèques de grandes villes à une large échelle. La réforme territoriale est l’occasion de repenser ces équilibres. Le débat est ouvert.

Quel doit être le rôle de l’Etat ?

Aux côtés des collectivités territoriales, il participe à l’organisation de la lecture publique dans les territoires et accompagne les politiques locales avec ses différents outils. J’en vois principalement trois : d’abord, le concours particulier pour les bibliothèques de la dotation générale de décentralisation, qui permet d’aider les projets d’investissement des collectivités pour les établissements de lecture publique. Il a été récemment rénové ; il doit être aujourd’hui conforté. Ensuite l’action de coopération des établissements publics, la Bibliothèque nationale de France, la Bibliothèque publique d’information et le Centre national du livre. Enfin, le dispositif plus modeste des contrats territoire lecture, qui peut utilement contribuer à accompagner le développement de politiques de lecture publique dans des zones bien définies, soit particulièrement fragiles, soit parce que la collectivité s’engage fortement et qu’elle mérite un coup de pouce de l’Etat !

Envisagez-vous des mesures pour favoriser le droit de prêt numérique en bibliothèque ?

Le cadre contractuel peut offrir une voie intéressante si tous les acteurs du livre y participent. Je suis confiante : nous suivons activement le projet « Prêt numérique en bibliothèque », qui réunit auteurs, éditeurs, libraires et bibliothécaires autour de la société Dilicom, et qui vise à expérimenter un modèle vertueux de prêt numérique en bibliothèque. Et nous avons engagé depuis plus d’un an des discussions approfondies avec tous les acteurs du livre pour nous entendre sur des principes de nature à favoriser l’éclosion d’une offre de prêt numérique équilibrée et performante, qui devraient aboutir rapidement.

Etes-vous favorable à une loi sur les bibliothèques ?

Cette question préoccupe depuis longtemps les bibliothécaires ainsi que le Ministère de la Culture et de la Communication, puisqu’un projet de loi assez avancé avait été préparé dans les années 90. Je sais que les avis ont longtemps été divisés. J’aborde pour ma part cette question sans idée préconçue. Toutefois une loi ne doit être envisagée que si elle est nécessaire. Pour mieux apprécier les éléments de la discussion, j’ai souhaité que l’on engage une mission d’évaluation du cadre juridique actuel, dans un esprit comparatiste puisque seront prises en compte les situations étrangères et les situations des autres secteurs culturels en France. A cet égard, les Assises des bibliothèques constituent un moment d’échange important.

Les professionnels veulent dialoguer avec les élus

«Lors de cette journée, les sujets brûlants et les dynamiques actuelles des bibliothèques vont être présentés aux élus, qui n’ont pas toujours toutes les clefs pour les aborder. Nous espérons qu’ils vont prendre la parole, nous dire comment ils perçoivent ces problématiques et nous questionner si besoin. Nous souhaitons avoir un vrai débat avec eux, explique Anne Verneuil, présidente de l’Association des bibliothécaires de France (ABF). Nous n’en avons pas si souvent l’occasion. » Anne Verneuil interviendra dès le matin sur l’épineuse question du pluralisme en bibliothèque. « Je présenterai les positions que l’ABF défend depuis longtemps, en expliquant pour pourquoi cette exigence est nécessaire, pourquoi nous avons une déontologie professionnelle. J’expliquerai qu’il ne s’agit pas seulement de pointer du doigt des dérives de quelques élus, mais que le pluralisme est l’affaire de tous, que les professionnels doivent s’en emparer et être irréprochables sur la question. ». L’ABF plaide aussi pour une approche très pragmatique des sujets, en faisant le tour des enjeux. Méthode déjà mise en œuvre avec le guide « Ouvrir grand la médiathèque », coréalisé avec le Service du livre et de la lecture (ministère de la culture). A partir d’expériences concrètes, cet ouvrage indique les bonnes pratiques en matière d’extension des horaires d’ouverture. « Ce guide montre qu’il ne s’agit pas simplement d’ajouter quelques heures ici et là, mais d’inscrire la question dans le projet global de la bibliothèque, pour quel public, avec quelles contraintes de personnel, de bâtiment, d’entretien, quels frais divers etc. Il faut que les professionnels puissent présenter aux élus des projets précis et que ces derniers puissent prendre leurs décisions en pesant tous les éléments du débat. »

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