Gestion des déchets

Le centre du Muy trie les plastiques souples à coût maîtrisé

Par
le muy tapis tri horizontal

Pizzorno Environnement

L’usine varoise du Muy est passée, en 2013, d’un tri manuel à un tri automatisé des films en polyéthylène. A la clé : une productivité accrue, un confort de travail amélioré et une pureté renforcée de la matière proposée au recycleurs.

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Déchets : le tri des plastiques souples change la donne

« Athanor » fait partie du club très restreint des centres de tri aptes à traiter les plastiques souples. Pizzorno environnement, propriétaire et exploitant du site mis en service en 2007 au Muy (Var), aligne les motifs de satisfaction : qualité accrue de la matière proposée aux recycleurs, amélioration des conditions de travail et facture contenue.

Partenaire de trois collectivités varoises(1) engagées auprès d’Eco-Emballages dans l’expérimentation sur « l’extension des consignes de tri », l’usine a d’abord été, comme toutes les autres, désorganisée par l’arrivée des films, sacs, barquettes et pots sur la chaîne de tri, au printemps 2012.  « Les films volaient en tous sens », résume David Valour, directeur adjoint chargé de la valorisation de Pizzorno.

Un procédé dédié aux films - L’installation d’un module spécifique, conçu par l’équipementier Tomra et l’assemblier Ar-val, a permis de détourner ce flux perturbateur en début de process. En premier lieu sont retirés à la main les « gros » films, cartons et bidons (et d’éventuels autres indésirables cocasses, tels des restes de sanglier en période de chasse). Puis intervient le système « Recyfilms », mis en place au printemps 2013, qui associe tris balistique et optique.

« Le crible balistique isole du flux entrant les films et sacs plastiques, le reste repart sur le tapis de tri, décrit Maël Roudaut, ingénieur commercial chez Ar-Val. La partie valorisable des films et sacs, ceux en polyéthylène (PE) soit 74 % du total, est ensuite séparée par tri optique, une tâche irréalisable par l’homme dont l’œil ne sait distinguer le PE du multicouches ». Le non-valorisable sera incinéré avec valorisation énergétique. Les pots et barquettes rejoignent le circuit des bouteilles et flaconnages.

25 % de tonnages supplémentaires triés - Cette extraction préalable des plastiques légers et volatils permet ensuite un fonctionnement fluidifié de la chaîne de tri. Après mise en place du procédé de tri automatique des films et sacs, Athanor affiche un gain de productivité de 25 %. Le débit horaire est ainsi passé de 6 à 7,5 t/h, avec un taux de captage global maintenu entre 83 et 85 %. « Il y a eu accélération de la vitesse du tapis sans dégradation de la performance du tri : c’est là que réside la grande réussite industrielle », fait valoir David Valour.

Un matériel amorti en moins de quatre ans - D’un coût de 368 000 euros, Recyfilms sera rentabilisé en 3,7 ans (compte non tenu des aides d’Eco-Emballages et de l’Ademe, de 15 000 euros chacun), sachant que le matériel aura une durée de vie minimale de sept ans. Le coût net du tri des films en PE ressort à 383 €/t (après déduction des recettes de vente de matériaux par les collectivités), sur la base d’une hypothèse de 200 tonnes sorties par an. « C’est un coût acceptable, au regard de l’enfouissement évité et de la valeur donnée au produit, en passe d’être recyclé », commente David Valour.

Des balles pures à 92 % - Autre progrès : la qualité des films triés, passée de 81 à 92 %. « Le niveau de pureté des balles de PE et la régularité de cette performance sont déterminantes pour les recycleurs », souligne Xavier Chauvet, délégué régional de Valorplast(2), qui appuie techniquement 24 centres de tri dans 37 collectivités pilotes en France.

« Le tri des films passe nécessairement par son automatisation,  qui garantit une matière première secondaire acceptable par ses utilisateurs en aval et des conditions de travail correctes pour les opérateurs », poursuit-il.

Un métier moins contraignant - Avant même l’extension des consignes de tri, les personnels devaient piocher à la main les plastiques souples, placés par erreur par les habitants parmi les emballages recyclables. « La présence de plastique léger est infernale, pour les trieurs et les machines, met en garde Maël Roudaut, d’Ar-Val. Avec l’extension des consignes de tri, il en arrive un volume colossal, qui entrave tout le système. Depuis la mise en place du module mécanique, le flux défilant sur le tapis n’est plus pollué par les petits films. Cela allège d’un certain stress les opérateurs, qui sont plus efficaces. »

Le site emploie 12 personnes « dont le métier de trieur évolue vers celui de contrôleur de machines », observe David Valour. L’effectif est resté stable malgré l’automatisation, du fait de la hausse des tonnages (2 000 t/an de plastiques souples accueillies sur les 21 mois de l’expérimentation, d’avril 2012 à décembre 2013). Il compte 30 % de personnel en insertion, « fruit de la politique du groupe et de la volonté de certaines collectivités », signale le responsable de Pizzorno.

Essaimage en vue - Athanor trie aujourd’hui 14 000 t/an d’emballages et de papiers, pour une capacité nominale de 25 000 t/an. Il pourra donc accueillir sans difficulté les tonnages supplémentaires issus de la généralisation du tri des plastiques souples, qui sera achevée en 2022.

Pizzorno vient d’implanter le procédé Recyfilms sur le centre de tri qu’il exploite pour la métropole de Grenoble. Ce module équipe aussi les sites du Syndicat mixte de la Vallée de l’Oise et de l’agglomération du Grand Tarbes ; il sera installé sur le futur centre que créent le Grand Angoulême et Calitom, syndicat des zones rurales charentaises, indique-t-on chez Ar-Val.

Le recyclable bientôt moins coûteux que le résiduel ?

Sur les trois collectivités pilotes du Var, c’est sur le Syndicat intercommunal pour la valorisation et l’élimination des déchets (Sived) Centre Ouest Var que l’expérimentation du tri des plastiques souples, appliquée à l’intégralité du territoire (16 communes semi-rurales autour de Brignoles, 54 000 hab.), a donné les résultats les plus probants. Visant l’objectif environnemental de « valorisation maximale et d’enfouissement minimal », le Sived devrait aussi s’y retrouver au plan financier.

Les déchets résiduels lui reviennent aujourd’hui à 235 euros la tonne (TTC, collecte, transport et stockage confondus) et les emballages légers à 254 €/t (incluant collecte, transport et tri pour les dépenses ainsi que les soutiens d’Eco-Emballages et les ventes de matériaux pour les recettes). Mais les courbes des coûts pourrait prochainement se croiser.

Suite à l’expérimentation, la collecte en porte-à-porte de recyclables légers (hors verre et papiers-cartons, récupérés en apport volontaire) a progressé de 21 à 26 kilos par an et par habitant. Les revenus vont donc suivre, d’autant qu’« Eco-Emballages devrait prochainement soutenir les nouvelles résines plastiques autour de 800 €/t, soit deux fois plus que les bouteilles et flacons en plastique rigide », indique Frédéric Faissolle, directeur du Sived. Côté déchets résiduels, le coût de l’enfouissement va à l’inverse s’alourdir en 2015, la TGAP devant passer de 24 à 32 €/t.

Pour Frédéric Faissolle, les progrès de la collecte sélective vont se poursuivre, détournant encore plus de matière du stockage – « une pure perte ». « L’assimilation des nouvelles consignes prendra quatre à cinq ans, pressent le directeur du syndicat varois. Et il reste à mobiliser beaucoup de papier-carton qui part encore dans la poubelle résiduelle. Enfin, je reste persuadé que, parmi ceux qui se déclarent trieurs, beaucoup s’en tiennent à un ou deux matériaux. La valorisation va encore se développer. »

 

Un gain de 5 kilos par an et par habitant

Pas de souci pour que les usagers intègrent les nouvelles consignes : nombre d’entre eux triaient déjà, par erreur, les plastiques souples avant qu’ils ne soient acceptés dans le bac jaune. Sur les collectivités pilotes varoises, la collecte de pots, barquettes et films représente 2 à 3 kilos par an et par habitants.

En outre, l’extension du tri aux plastiques souples exerce un effet d’entraînement sur les autres emballages : + 0,5 kg/an/hab. pour les bouteilles et flacons et + 1,5 kg/an/hab. pour les cartons, briques alimentaires, l’acier et l’aluminium. Soit un gain de 5 kg/an/hab. au total, « ce qui n’est pas neutre, après des années de stagnation du recyclage des emballages à 67 % », apprécie Catherine Klein, directrice générale de Valorplast. Le taux de refus est resté stable, soit environ 20 % dans le flux triés par les ménages et 6 % en sortie de centre de tri.

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