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Filière sapeurs-pompiers

« Nous voulons une réforme de la réforme » – André Goretti, président de la Fédération autonome SPP-PATS

Publié le • Mis à jour le • Par • dans : Actu prévention sécurité, France

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Goretti © FAFPT

Elections professionnelles, réforme du temps de travail, réforme territoriale, etc... Le président de la Fédération autonome des sapeurs pompiers professionnels et personnels administratifs et techniques des Sdis (FA/SPP-PATS), qui revendique 6 000 adhérents, revient sur divers sujets impactant le quotidien des sapeurs-pompiers. Pour André Goretti, la réforme de la filière est "désastreuse et rétrograde" et "a sacrifié la catégorie C et les jeunes." Entretien.

 

En réponse au recours en annulation déposé par la Fédération autonome (FA) SPP-PATS que vous présidez, le Conseil d’Etat a, le 3 novembre 2014, jugé en partie illégal le décret du 18 décembre 2013 relatif au temps de travail des sapeurs pompiers professionnels au motif qu’il ne met fin qu’en 2016 aux majorations de temps d’équivalence des sapeurs pompiers logés par nécessité absolue de service, qui pouvaient dépasser le plafond annuel. Pourquoi ce recours ?

Mis en demeure par la Commission européenne de respecter la directive temps de travail de 2003 qui exige de ne pas dépasser 48 heures par semaine soit 1 128 heures par semestre et 2 256 heures par an, heures supplémentaires incluses, le gouvernement a publié ce décret qui sectionne l’année en deux semestres, instaure l‘équivalence, rend inapplicables les dispositions sur les congés annuels et rompt l’équité avec les autres fonctionnaires.

Nous avons contesté le fait que le temps de travail des sapeurs pompiers soit réécrit et avons demandé une égalité de traitement pour tous les sapeurs pompiers professionnels, qu’ils soient ou non logés.

Cette censure partielle du décret par le Conseil d’Etat fait réagir les autres syndicats. Que leur répondez-vous ?

Le Conseil d’Etat a rendu son arrêt très vite et jugé notre requête digne d’intérêt. Nous estimons qu’elle est bonne. Quand certains nous accusent d’avoir engagé une action contre le logement des sapeurs pompiers, nous répondons que c’est une décision politique de faire disparaitre les logements. Nous avons même essuyé des attaques de la CGT alors qu’il régnait une bonne entente entre nous jusqu’à présent.

Selon nous, il y a une manipulation gouvernementale orchestrée par les services de la DGSCGC. Les services départementaux d’incendie et de secours (Sdis) sont obligés de respecter les seuils à ne pas dépasser. Mais certains Sdis entretiennent la confusion entre temps de travail et logement, dont ils annoncent la fin pour les sapeurs pompiers. Or cette disparition ne figure pas dans l’arrêt du Conseil d’Etat, qui n’est pour nous que l’application du bon droit.

Nous revendiquons depuis toujours que toute heure de présence soit considérée comme temps de travail effectif, comme pour tout fonctionnaire.

Les manifestations, notamment fin 2013, auxquelles la FA-SPP-Pats appelait ont conduit à des affrontements avec la police. Un sapeur-pompier a perdu un œil en Isère. Vous assumez ces conséquences ?

Il y a eu une gestion malheureuse de la crise. Ce qui devient compliqué, c’est le dialogue. Il faut construire ce dialogue…

Nous sommes montrés du doigt comme une fédération jusqu’au-boutiste, peut être parce que nous sommes indépendants politiquement, que nous n’avons aucune attache à aucun parti. Nous sommes une jeune fédération. S’il y a besoin d’agir, rien ne nous gêne. Mais on ne peut pas nous qualifier de casseur. C’est plutôt nous qui nous sommes fait casser. On est vindicatif dans nos mots et on ne se laisse pas marcher sur la tête. C’est toujours compliqué d’entendre qu’un sapeur pompier n’est pas d’accord avec sa hiérarchie.

Notre intérêt collectif, c’est de défendre notre métier. Le conflit, c’est l’action ultime quand il n’y a pas de dialogue. Regardez ce qui s’est passé en Isère, dans l’Hérault ou dans le Pas-de-Calais, ou même dans l’Oise où il n’y a aucun respect des organisations syndicales, où l’on maltraite nos représentants. C’est atypique, ce dialogue !

Qu’attendez-vous des élections professionnelles du 4 décembre ?

Aux élections, dans chaque département, des commissions administratives et techniques des services d’incendie et de secours (Catsis), mi 2014, la FA/SPP-Pats est arrivée première. Ces scrutins ne fixaient pas la représentativité nationale. Pour autant, nous sommes devenus la première organisation professionnelle en catégorie C, la troisième chez les officiers et la première pour l’ensemble des collèges.

Cela gêne jusqu’à la direction générale de la sécurité civile et de la gestion de crise (DGSCGC). Certaines informations sont communiquées à d’autres et pas à nous. Il y a plus de considération pour les sapeurs pompiers volontaires que pour les professionnels. Mais ce ne sont pas ces manœuvres qui nous feront douter.

Aux élections, on espère qu’il n’y aura pas un fort taux d’abstention et que ceux qui ont rejoint le mouvement ne changeront pas d’avis. La désinformation existe. Il vaut mieux être troisième et progresser que premier ou second et être déclassé. Et il est plus facile pour nous de progresser, alors qu’il y a des divisions dans les autres organisations de sapeurs-pompiers. Nous allons renforcer la représentativité de la FA-FPT.

Quel effet aura la réforme territoriale sur les sapeurs pompiers ?

Avec le redécoupage, le nombre de régions va diminuer et les départements qui emploient les sapeurs pompiers vont disparaître. Le premier ministre, Manuel Valls, quand il était ministre de l’Intérieur, s’était engagé à maintenir les Sdis. Mais qui va les financer ? On n’a aucune certitude et beaucoup d’inquiétude.

Deux possibilités s’offrent à nous : l’étatisation des Sdis, on n’y croit pas avec les restrictions budgétaires. Que va-t-il se passer pour plus de 40 000 sapeurs pompiers professionnels et 11 000 personnels administratifs et techniques ? Un corps régional sera-t-il créé au sein de services régionaux d’incendie et de secours ? Certains s’organisent déjà au travers des métropoles, à Lyon par exemple, où un corps métropolitain est créé à partir du 1er janvier 2015.

Que change la séparation de la métropole et du département dans le Rhône ?

Cela ne devrait pas changer grand chose pour les pompiers. Le Grand Lyon se transforme en métropole. Cela fonctionne bien actuellement.

Notre inquiétude se porte plutôt sur la création de services régionaux d’incendie et de secours, alors que certains services départementaux sont « à la ramasse » aujourd’hui, avec des disparités sociales et d’organisation opérationnelle, l’absence d’unité de fonctionnement et de mutualisation de moyens. Chaque président a ses us et coutumes. On n’a pas fini la départementalisation que l’on construit une régionalisation ou une métropolisation.

Comment réagissez-vous sur le secours aux personnes ?

Le gouvernement a la chance d’avoir des sapeurs-pompiers qui répondent aux besoins : ils assurent des missions régaliennes qui devraient être assurées par l’Etat. ils sont sursollicités pour des missions d’assistance et de transport. Les Samu et les Smur n’ont plus assez de moyens. Ils engagent ceux des sapeurs-pompiers qui couvrent tout, les carences ambulancières, les carences médicales.

Si l’Etat n’a plus les moyens d’assurer toutes ses missions, il doit au minimum rembourser ces interventions aux collectivités, et il faudra augmenter les effectifs des sapeurs pompiers. On fait des transports inter-hospitaliers ou de personnes qui ont des rendez-vous en cancérologie ou en radiologie mais qui ne peuvent se déplacer par elles-mêmes.

Or nos missions, c’est la voie publique, les établissements recevant du public et les risques vitaux, la notion de « prompt secours ». Mais, parce que les autres services ne répondent pas, on appuie sur le bouton « pompiers » car on sait qu’ils répondront. Pendant ce temps on risque de passer à coté d’une personne qui a vraiment besoin de nous.

Quel bilan tirer de la réforme de la filière ?

Il est désastreux et rétrograde. On a sacrifié la catégorie C en laissant penser aux jeunes qu’ils pourraient organiser leur déroulement de carrière avec la création de grades supplémentaires. Or on a allongé leurs carrières. C’est très sévère pour eux. On a sacrifié les jeunes.

Alors que les catégories A, les colonels par exemple, n’ont plus de concours ou examens à passer. Nous sommes revenus vingt ans en arrière On est très amer. J’ai 35 ans de métier. Je ne sais pas si je débuterais aujourd’hui. Nous n’avons pas signé cette réforme, mais même ceux qui l’ont signé lui font des reproches.

A l’époque on avait proposé de rester dans la logique de la FPT avec trois grades par catégorie or en C, pour les pompiers, on est sur 5 grades. Les jeunes n’ont plus de vision de l’avenir. On veut une réforme de cette réforme. Un sapeur pompier volontaire peut progresser plus rapidement qu’un professionnel. Ces mesures ont été prises par un autre gouvernement. Mais avec le nouveau gouvernement, rien n’a changé. La réforme engagée par la droite a été poursuivie par la gauche. Le ministre nous avait dit que l’on obtiendrait des réponses. Or les textes ne sont toujours pas publiés.

Nous nous inquiétons aussi du sort des 900 personnels administratifs et techniques employés dans les Sdis sur des postes dans les centres de traitement de l’alerte. Certains occupent ces postes de belle manière, parfois mieux que des sapeurs pompiers. Mais leur rémunération est inférieure. Nous avons demandé qu’ils bénéficient d’un détachement ou d’une intégration dans les cadres d’emplois des sapeurs pompiers. Les Sdis ont fait l’erreur de les recruter. Maintenant faut trouver des solutions.

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  1. 1. SAESDIS13 03/12/2014, 07h29

    Bravo André, très bon article ! Merci à la FA/SPP-PATS !!!

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