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Histoire

La programmation bugguée de la décentralisation

Publié le 26/09/2014 • Par Sabine Blanc • dans : Dossiers d'actualité, France

Contrôle ordinateur
Fotolia
L’introduction de l’informatique à l’école dans les années 80 est étroitement liée au mouvement de décentralisation, portée par la volonté de Gaston Defferre. Du moins jusqu’au plan "Informatique pour tous" lancé par Laurent Fabius en 1985. Aujourd’hui, le plan Hamon – aussi flou soit-il – redonne une petite marge de manœuvre aux collectivités sur les contenus, via les activités périscolaires.

Cet article fait partie du dossier

Décoder les enjeux du numérique à l'école
EN PARTENARIAT AVEC sponsor du dossier La programmation bugguée de la décentralisation

On parle souvent du fameux plan « Informatique pour tous » (IPT) de 1985 comme du plan Fabius. L’initiative en revient en réalité à Gaston Defferre, l’architecte de la première vague de décentralisation, et auparavant le père de la décolonisation, sous le nom de “plan Ateliers informatiques”. Les trois sujets semblent aussi éloignés qu’un Mac l’est d’un PC et pourtant, dans l’esprit de l’ancien maire de Marseille, ils étaient liés.

« Montrer le dynamisme des collectivités » – “Gaston Defferre voulait montrer le dynamisme, la modernité des collectivités territoriales”, se souvient Jean-Luc Michel, qui joua un rôle important dans le dossier. Membre de l’institut national de l’éducation populaire et du syndicat S.N.I.-P.E.G.C (instituteurs et PEGC), il fut conseiller informatique et télématique au cabinet de Gaston Defferre et rédigea les grandes lignes du plan Ateliers informatiques.

A l’époque, l’idée de Defferre ne va pas sans une dose de calcul politique : les législatives et les régionales sont prévues pour 1986, dans un contexte très défavorable à la gauche. Raison de plus pour justifier son bilan et glorifier l’action des collectivités territoriales.

Si seul le plan IPT a marqué les esprits, il s’inscrit en fait dans la continuité d’une série d’initiatives destinées à faire rentrer la France dans le monde qu’on promet merveilleux de l’informatique. En 1966, le plan Calcul traduisait déjà une prise de conscience : l’informatique est amenée à une destinée autrement plus importante que celle d’une poignée de gus boutonneux à grosses lunettes trifouillant leur carte mémoire comme d’autres tripotent leur mob’.

1970 : circulaire visionnaire – Dans la foulée, une circulaire de 1970 cerna elle aussi les enjeux du numérique – à la fois moyen et fin pédagogique, enjeu sociétal et économique – qui devaient être appréhendés suffisamment tôt :

L’informatique est un phénomène qui est en train de bouleverser profondément les pays industrialisés et le monde moderne en général. La mise en place de banques de données, la création de réseaux de communication de l’information, la formulation de nombreux problèmes sans relations apparentes dans un langage unique commun, l’approche synthétique de questions complexes que permet l’informatique, en font un outil scientifique, technique et intellectuel unique. L’enseignement secondaire tout entier et dès la classe de 4ème ne peut rester à l’écart de cette révolution. Il doit préparer au monde de demain dans lequel ceux qui ignoreront tout de l’informatique seront infirmes. Il doit apprendre la portée de cet outil, pour éviter les enthousiasmes excessifs et les scepticismes étroits. Il doit profiter de la valeur formatrice de l’enseignement de l’informatique, de la rigueur et de la logique qu’elle impose. II doit faire apparaître la portée économique du phénomène, et faire savoir ce que l’informatique peut apporter dans la vie professionnelle. Enfin, il doit préparer les consciences à affronter les responsabilités nouvelles créées par sa généralisation.

Ce texte trouvera une suite sous la forme de “l’expérience des 58 lycées”, menée jusqu’en 1976. En 1978, Simon Nora et Alain Minc publient leur fameux rapport sur l’informatisation de la société, la réflexion sur le rôle de l’informatique s’accélère. 1978, c’est aussi l’année de la création de la Cnil, suite au scandale du fichier Safari.

En 1980, un autre rapport est rédigé par Jean-Claude Simon sur “L’éducation et l’informatisation de la société” suivi en 1981 par le rapport de Bertrand Schwartz sur l’informatique et l’éducation. En 1980, l’opération 10 000 micro-ordinateurs est lancée et enfin l’opération 100 000 micros, qui deviendra quelques années plus tard le plan « Informatique pour tous ». La littérature sur le sujet ne manquait donc pas.

Logique centralisatrice – Le point commun de ces diverses opérations : “c’était la volonté étatique”, indique Jean-Luc Michel.
IPT marquera le point d’orgue de cette logique, à rebours du mouvement de décentralisation entamée, comme le résume, assassin, Alain Chaptal dans sa thèse parue en 1999(1) :

IPT constitue la dernière grande opération d’équipement régalienne, conçue et pilotée nationalement, entièrement depuis Paris, et reposant sur des mesures d’affectation automatiques sur critères, sans prise en compte des contextes locaux et dans un contexte administratif exorbitant du droit commun.

Il aurait pu en être autrement si la volonté de Gaston Defferre, appuyée par son ami Jean-Jacques Servan-Schreiber, avait suivi son cours. Mais en 1984-85 s’est joué un affrontement entre les Ateliers informatiques et ce qui deviendra le plan « Informatique pour tous ».

“Au plus petit échelon communal” – D’un côté, le plan Ateliers pousse les machines Apple, plus performantes et conviviales avec leur souris, et des ateliers pour tous les citoyens, dans les écoles et dans des lieux ouverts au public ; les instituteurs y sont étroitement associés. L’accent est alors mis sur les logiciels et non la programmation, et un rôle important est laissé aux instituteurs.

JJSS et Defferre travaillent Mitterrand au corps, peu porté sur l’informatique. Ils lui expliquent ainsi comment décentralisation, informatique et école s’articulent, comme se souviendra JJSS dans “Les Fossoyeurs”, paru en 1993 :

En travaillant à la décentralisation, il va découvrir le caractère, indispensable pour accompagner cette restructuration du pays, de la révolution informatique. […] Nous montrons à Mitterrand comment l’application de cette technologie révolutionnaire – d’une extrême souplesse pour qui sait s’en servir – va être un facteur incontournable de renouveau pour l’activité économique et intellectuelle. Pour l’épanouissement des régions, aussi. Seule l’informatique, moyen privilégié et immédiat de communication, poursuit le ministre de l’Intérieur, va permettre de décentraliser – dans la vie nationale, comme au plus petit échelon communal.” […] J’y ajoute une note personnelle sur ce qui est pour moi le plus urgent : la nécessité d’introduire l’informatique dans le système d’éducation, dès le plus jeune âge. Tous les jeunes gens et jeunes filles de France peuvent commencer, dès les classes primaires, à se familiariser avec les ordinateurs, qui leur seront bientôt indispensables.

L’autre décolonisation que Defferre et Servan-Schreiber souhaitent mener concerne carrément le rapport de l’homme au travail, comme l’analyse Bertrand Dimet dans son passionnant ouvrage “Informatique : son introduction dans l’enseignement obligatoire 1980 – 1997”, une mine d’information sur cet épisode très peu documenté : « En fait, leur projet est la décolonisation industrielle, c’est-à-dire faire passer les peuples du monde de la technologie due à la révolution industrielle, contraignante pour l’Homme, au monde des nouvelles technologies, libératrices pour lui. »

Les deux hommes ne lésinent pas sur les moyens. Pour défendre sa cause, JJSS va monter le Centre mondial de l’informatique (CMI) – qui réunit des experts internationaux – en 1981 et se dote de neuf antennes en région, dont la Normandie… fief de Laurent Fabius, cadre de la mitterrandie et futur Premier ministre.

bug informatique

Flickr CC by Mark Rain

Soutien à la filière informatique – De l’autre côté, le plan IPT servira avant tout à soutenir la filière informatique française : les classes sont équipées de machines Thomson, alors en grandes difficultés économiques,les fameux TO7/70 et M05 et leur crayon optique, qui connurent l’avenir qu’on sait, et une mise en avant du code (BASIC, LOGO).

Ces premières années pré-IPT sont déjà l’occasion, pour les collectivités les plus motivées d’expérimenter, poussées par des passionnés, professeurs, membres de club informatique, etc.
Ainsi en 1983, à Massy (Essonne), la municipalité et les établissements scolaires, de la maternelle au lycée, travaillent ensemble, avec des fonds débloqués par la mairie à hauteur de 350 000 francs, poussée par une jeune maire adjointe chargée des affaires scolaires nommée… Marie-Noëlle Lienemann.

Torpillage – Au final, le plan IPT l’emporte, soutenu par Fabius, alors Premier ministre, et Jean-Pierre Chevènement, ministre de l’Education nationale, aidé par une opération de torpillage via Le Canard enchainé et Le Monde : JJSS démissionne du CMI en 1985, en tirant un bilan mitigé sur l’aspect éducatif.

« Gaston Defferre voulait donner les vraies responsabilités aux collectivités. Pour un franc qu’elle donnait, l’Etat en aurait donné un et il voulait donner du pouvoir jusqu’aux contenus, regrette encore Jean-Luc Michel. Mais comme le plan IPT n’a finalement pas marché, elles se sont désengagées. L’argent est surtout venu de l’Etat, les régions n’avaient pas la main sur les programmes ».

Toutefois, les Ateliers plébiscités par Deferre et JJSS ont quand même eu une existence, via le réseau des centres X2000, gérés par l’Agence de l’Informatique (ADI) et la DATAR, lancés avant le plan IPT et qui ont continué en parallèle, comme l’indiquait l’annonce du plan. Ces X2000 – au nom fleurant bon les années 80 – étaient en quelque sorte les ancêtres des espaces publics numériques (EPN) initiés en 1997 par Jospin(2).

“Là les collectivités pouvaient s’impliquer, pour délivrer des initiations à l’informatique en dehors des temps scolaires et en principe avec les ordinateurs distribués dans les classes. Elles embauchaient des TUC (travaux d’utilité collective), ancêtres des emplois jeunes”, se souvient une personne de l’Agence de l’informatique. Les moyens initiaux étaient importants, “80 millions de francs correspondant à la formation de 40 000 jeunes stagiaires en 10 mois”, à la hauteur des “ambitions de départ considérables” relevait un rapport de la Cour des comptes de 1987. Mais la suite sera moins glorieuse, à l’image du plan IPT dans son ensemble (voir ci-dessous).

Plus de trente après, les annonces de Benoit Hamon sur l’apprentissage du “codage” (sic) refont surgir à la marge la question du rôle des collectivités, via la très sensible question de la réforme des rythmes. Le ministre a en effet annoncé de façon précipitée l’introduction du code à l’école, sur le temps périscolaire. Or ce dernier est à la charge des communes.
Même les précisions apportées sur un appel à manifestation d’intérêt de 20 millions d’euros visant à structurer l’offre au niveau national restent larges et la mise en route sera plutôt pour 2015.

C’est peut-être là l’intérêt de ce flottement : il offre un champ d’expérimentation, “inédit depuis les 10% de Haby(3), comme le relève Jean-Luc Michel. Et ce n’est peut-être pas plus mal, vu les nombreuses interrogations qui subsistent sur la forme que doit prendre cette initiation au code, et de façon générale, les débats qui entourent encore la définition d’un “bon” usage du numérique à l’école.

Le plan IPT, bouc émissaire facile

Il est de bon ton de cracher sur le plan IPT qui a servi de repoussoir à toute une génération. Un rapport de la Cour des comptes de 1987 lui taille des croupières : il a coûté une fortune, 1,7 milliards, le déploiement était insuffisant, la livraison des logiciels en retard et peu satisfaisants, la formation insuffisante, l’ouverture au public limitée (voir ci-dessus).

“Il faut le replacer dans le contexte de l’époque, nuance Jean-Pierre Archambault, responsable du plan IPT dans l’académie de Créteil et président de l’association Enseignement public et informatique (EPI),  il marquait un signal : nous changeons d’époque. Le choix du nanoréseau (4) était une bonne solution. Et la formation a été importante, je suis preneur de l’équivalent !”

Selon lui, le problème a plutôt résidé dans l’aspect velléitaire des politiques : “il n’y a pas eu suffisamment de prise en compte derrière”, déplore-t-il, évoquant les hauts et surtout les bas de l’option informatique.

Le choix de Thomson plutôt qu’Apple est certes sujet à caution, voire à rire, quand on relit 30 ans après ces propos de Xavier Greffe, responsable au ministère de l’Éducation nationale de la mission aux technologies nouvelles, qui a chapeauté le déploiement d’IPT : “le Macintosh est sûrement un produit en fin de course.”

Toutefois, le soutien à l’économie française ne fait-il pas partie des attentes vis-à-vis d’un gouvernement ? Sans parler de la souveraineté technique, un impératif chaque jour plus prégnant. Reste que 30 ans après, Thomson est toujours dans les limbes et les filières du hardware et du software français palichonnes.

Et la question demeure : dans quelle mesure l’école doit-elle entendre le lobbying de l’industrie informatique, en amenant plus de jeunes sur le marché, ce qui conduirait parallèlement à niveler les salaires de ce secteur vers le bas…

Références

Informatique : son introduction dans l’enseignement obligatoire 1980–1997, Éditions L’Harmattan, Collection « Logiques Sociales », février 2003.
La thèse est adossée à un site qui contient une riche documentation : chronologie, articles, etc.

Notes

Note 01 La question de l'efficacité des technologies d'information et de communication dans l'enseignement scolaire. Analyse critique et communicationnelle des modèles américains et français, Paris X. Retour au texte

Note 02 Lire par exemple cet article Retour au texte

Note 03 le ministre de l’Education René Haby avait octroyé 10% du temps scolaire pour des activités pédagogiques libres” Retour au texte

Note 04 “système permettant de connecter jusqu'à 31 micro-ordinateurs Thomson (TO7, TO7/70, MO5 etc.) appelés nanomachines avec une machine plus puissante appelée « tête de réseau ». [...] Ce système permet de faire bénéficier les nanomachines des capacités supérieures de la tête de réseau, notamment l'accès à des disquettes et à une imprimante.” Wikipedia. Retour au texte

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