Biodiversité

Quand la nature se lance à l’assaut de la ville

Par • Club : Club Techni.Cités

AGROPARISTECH – DIRECTION DE LA COMMUNICATION

Jardin partagés, toits végétalisés, herbes folles au pied des arbres, des murs ou entre les pavés… La biodiversité en ville profite d’une aspiration des citadins à végétaliser le béton...

cet article fait partie du dossier

Quand la nature se lance à l’assaut de la ville

La ville d’aujourd’hui a éloigné la nature mais le besoin de la réintroduire au plus près des habitations s’exprime de plus en plus, par exemple par l’engouement des citadins pour les jardins partagés : à Paris, 96 ont fleuri en treize ans, 35 à Marseille… A Montréal, au Canada, on atteint les 250 jardins communautaires. Les villes accompagnent ce mouvement qui réduit les îlots de chaleur, alors que le climat se réchauffe, tout en créant du lien social. Les eaux de pluie n’en sont que mieux infiltrées et la biodiversité y gagne des points ­relais pour se développer. « Les jardins partagés sont des conservatoires de la biodiversité locale, leurs sols sont riches en microfaune et la faune sauvage y trouve refuge, notamment les ­oiseaux », explique Jean-Noël Consalès, urbaniste-paysagiste, qui coordonne le programme « Jassur » sur les jardins partagés de l’Agence nationale de la recherche (ANR).

Si le maraîchage urbain est une résurgence de ce qui s’était imposé après-guerre, à une échelle plus large et pour des raisons vivrières, l’agriculture ­urbaine prend aujourd’hui de nouvelles formes : sur les toits, hors sol, dans des bacs, sur les trottoirs. De nouveaux ­modèles, gratuits ou payants, sont mis en place par des acteurs qui inventent des techniques sophistiquées, cultivent dans des endroits inédits, imaginent des circuits ultracourts, le tout dans un souci de qualité environnementale. Par exemple, à Paris, cette expérimentation d’aquaponie en cours, qui consiste à ­associer cultures végétales et aquaculture : quand les poissons fournissent le fertilisant au potager…
A Marseille, à proximité du port, un projet d’aménagement baptisé « macrolot Allar » prévoit des jachères fleuries sur quatre à cinq toits mais aussi un potager socioéducatif sur le toit d’une maison de retraite, des arbres fruitiers en libre-service au sol, ainsi qu’une ferme sous serre en hauteur, avec un local de commercialisation au rez-de-chaussée.

300 ruches à Paris – Cette conquête du végétal hors espaces verts peut ainsi être source d’innovations urbanistiques et sociales. « La ville de New York consacre 5 millions de dollars par an aux formes d’agriculture urbaine, qui l’aident à capter les eaux de pluie et sont ainsi sources d’économies… », rapporte Christine Aubry, ingénieure de recherches à l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) et AgroParisTech. A Nantes, des bacs en toile, fleuris de plantes sauvages, censés être éphémères, jouent les prolongations à la ­demande des habitants.

A Paris, la maire, Anne Hidalgo, a prévu de végétaliser une centaine d’hectares de toits et de murs, dont un tiers en cultures productives, soit une agriculture intra-­muros bien plus ambitieuse que les ­tomates apéro autoproduites ! Il s’agira de surfaces de 3 000 à 4 000 m², par exemple vers la porte de la Chapelle, sur le toit d’un nouvel équipement sportif. « Nous n’avons pas l’ambition d’être autosuffisants mais ce sont des projets viables économiquement et qui participent à l’économie circulaire », déclare Colombe Brossel, adjointe au maire chargée des espaces verts.

Il s’agit aussi d’apprendre à vivre avec les pollinisateurs, qui se portent ­désormais mieux en ville que dans les campagnes, traitées aux produits phytosanitaires. Plus de 300 ruches sont déclarées à Paris, qui produisent chacune 27 kg de miel, contre 20 kg dans la grande couronne, d’après le magazine « We demain ». Le taux de mortalité des abeilles y est moindre – 11 % contre 20 % dans les Yvelines – selon Natureparif, l’agence pour la biodiversité en Ile-de-France.
Les toits plats sont particulièrement propices à l’ensemencement. Selon l’Association des toitures végétales (Adivet), 1,3 million de mètres carrés sont végétalisés tous les ans en France. La ville de Paris revoit ainsi actuellement son plan local d’urbanisme pour donner un nouveau cadre à la végétalisation du bâti d’ici à la fin de l’année. Plus précoce, l’Allemagne végétalise déjà 10 millions de mètres carrés de toitures par an. En revanche, c’est un chercheur botaniste français, ­Patrick Blanc, qui a lancé la mode internationale du mur végétal, une pratique très appréciée des citadins mais qui reste davantage de l’ordre de l’équipement de prestige car onéreuse (lire Focus).

Végétalisation participative – Il existe des solutions moins coûteuses pour rendre la ville plus verte. La participation des habitants à la végétalisation de nouveaux espaces en est une. En outre, tout comme les jardins partagés, cette végétalisation participative présente un intérêt social de mixité, d’animation de quartier, voire d’outil de réinsertion. Par exemple, la capitale vient d’appeler les Parisiens à signaler, par le biais de l’application mobile « Dansmarue », tout endroit qui pourrait être végétalisé (trottoir, mur, placette…). La mairie a l’ambition de couvrir 30 ha d’espaces verts en six ans, à l’instar des deux précédentes mandatures. Trois cents propositions ont afflué dès la première semaine de cette campagne. « Nous travaillons à une simplification administrative pour que les Parisiens puissent embel­lir plus facilement l’espace ­public », ­annonce Colombe Brossel.

Dans le Val-d’Oise, douze communes sont déjà passées à l’action, sous l’impulsion de Sylvie Cachin, paysagiste du conseil d’architecture, ­d’urbanisme et de l’environnement (lire le Focus). A Lyon, la ville distribue des graines aux habitants pour fleurir les fissures…
Ces initiatives puisent leurs racines dans les actions militantes du « guerilla gardening », ou guérilla jardinière, appa­rues à New York dans les années 70. Plus récemment, les ­Incroyables Comestibles, partis ­d’Angleterre, installent des potagers de rue en libre accès (lire « La Gazette » du 14 juillet 2014, p. 31).

Mieux connaître les espèces spontanées- Ces nouveaux espaces végétalisés participent de la continuité écologique de la ville, dans l’esprit des trames vertes et bleues qui assurent les déplacements et la survie des espèces. Encore faut-il apprendre à connaître la biodiversité locale pour pouvoir la préserver. « Dans certains villages, on voit fleurir des prairies de plantes exotiques au pied des panneaux. Cela n’a ­aucun sens », s’exclame Thibaut Beauté, ­directeur général adjoint à la communauté d’agglomération de Cergy-Pontoise et président d’Hortis, association des responsables d’espaces verts. Sans compter qu’une méconnaissance des semis peut amener à planter des invasives, fléau potentiel pour la biodiversité. Problème : il n’existe pas aujourd’hui de traçabilité des graines et des arbres que l’on achète. L’association Plante & Cité travaille actuellement à une marque, « Végétal local », destinée aux pépiniéristes, sous l’égide du ministère de l’Ecologie. Au sein des services Espaces verts, certaines collectivités ont développé des cellules « biodiversité », afin de mieux connaître la faune et la flore spontanées plutôt que de les détruire (Seine-Saint-Denis, Cergy, Montpellier, Nantes…).

Les habitants intéressés sont mis à contribution dans cette exploration des rues par le vaste programme de science participative « Sauvages de ma rue », copiloté par l’association Tela Botanica, selon un protocole strict du Muséum national d’histoire naturelle. Le programme Florilèges, de Plante & Cité, s’en inspire, s’adressant aux gestionnaires d’espaces verts professionnels. « Le fait que les jardiniers connaissent mieux la flore spontanée va permettre de renforcer son acceptation. En outre, ils peuvent signaler un problème spécifique », fait remarquer Damien Provendier, chargé de mission à l’association. La sensibilisation du public à la connaissance et à la préservation de la biodiversité, « par le biais de blogs ou d’expositions, est un moyen de médiation important », ­estime ­Thibaut Beauté. L’aspiration de l’urbain à adopter un mode de vie plus ­durable est encore, et pour longtemps, un désir à satisfaire.

L’expert
Sylvie Cachin(1): « Les gens développent un autre rapport à l’espace public »

« Les participants à l’opération “Je jardine ma ville”, mise en place par le conseil d’architecture, ­d’urbanisme et de l’environnement (CAUE) du Val-d’Oise, choisissent leurs végétaux pour fleurir talus, pieds de murs et trottoirs. C’est un projet intergénérationnel, qui rassemble par-delà la couleur politique. A Auvers-sur-Oise, 10 000 plantes ont été mises en terre par 150 personnes en 5 ans. Tout commence par un échange entre la municipalité et les habi­tants sur l’embellissement de ­l’espace public. Le CAUE apporte son soutien pour définir un itinéraire avec les élus, former les jardiniers à la démarche et coconcevoir les massifs avec les habitants. On enseigne le jardinage, la construction d’un paysage, on sensibilise au “zéro phyto” et à la ­raréfaction de la biodiversité. Christelle ­Walter, écologue, a conçu un classeur de plantes rustiques afin de guider les choix et le parc naturel régional du Vexin subventionne les plants. Les gens développent un autre rapport à l’espace public et ne râlent plus quand un pissenlit surgit ! Pour que cela prenne, l’équipe municipale doit aussi retrousser ses manches et participer aux plantations avec les habitants. »

 

Grande-Synthe, première capitale française de la biodiversité

« Nous n’avons pas de patrimoine architectural, il a été détruit par la guerre. Notre seul patrimoine est naturel », explique Damien ­Carême. Le maire de Grande-Synthe (20 900 hab) termine de refaçonner sa ville sur un mode durable. Cité industrielle et ­ouvrière du Nord, Grande-Synthe n’a longtemps connu que le ­béton. En 1974, le choc ­pétrolier entraîne un changement de cap : fini la cité-dortoir. Les barres laissent la place aux parcs et aux villas urbaines, offrant une continuité d’espaces enherbés, tandis qu’une ceinture boisée isole les habitants de la vue des usines. Dès 1992, une gestion différenciée des espaces verts est mise en place et, récemment, un cours d’eau a été dégagé, à la fois fil conducteur d’un quartier en ­reconstruction, habitat pour les poissons et draineur d’eaux de pluie. L’éducation à ­l’environnement traverse toutes les initiatives, du verger pédagogique au jardin médi­cinal en passant par la ­phytoépuration… « Nous sommes autonomes en assainissement », précise Damien Carême. En 2010, avec 127 m2 d’espaces verts par habitant, Grande-Synthe a été élue capitale française de la biodiversité. La ville valorise son expérience en promouvant le tourisme professionnel ­auprès d’élus et de techniciens.

Sur le même sujet

Nos articles

Guides et études

  • « Trame verte ­urbaine », Nathalie Blanc et Philippe Clergeau, Editions du Moniteur, 2013.
  • « Une ville verte. Les rôles du végétal en ville », coordonné par Marjorie Musy, Editions Quæ, 2014.
  • « Guide de conception écologique des espaces publics paysagers », Plante & Cité avec Ecojardin, à paraître fin 2014.
  • « La Clé des prairies. Guide des prairies urbaines de la moitié nord de la France », Plante & Cité, nouvelle édition à paraître en 2015.
Dossier
Commentaires

0  |  réagir

Ajouter un commentaire

Ce champ est obligatoire

Ce champ est obligatoire

Ce champ est obligatoire

Conformément à la loi "Informatique et libertés" du 6 janvier 1978, vous pouvez accéder aux informations vous concernant, les rectifier ou vous opposer à leur traitement et à leur transmission éventuelle à des tiers en écrivant à : Groupe Moniteur - Antony Parc 2, 10 place du Général de Gaulle, La Croix de Berny – BP 20156, 92 186 Antony Cedex ou en cliquant ici.

L'actu Technique

Offre découverte 30 jours gratuits !

dernières offres d’emploi

services

Thèmes abordés

Retrouvez tous nos produits sur La plateforme de mise en relation entre professionnels de la commande publique et fournisseurs

menu menu

Club Techni.Cités : l'information pour les techniciens de la FP
 
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X