[Tribune] Commande publique

Collectivités locales : il y a urgence à investir !

| Mis à jour le 29/07/2014
Par et , Président de la Fédération Nationale des Travaux Publics • Club : Club Techni.Cités

Nos entreprises de Travaux Publics, quel que soit leur métier, sont aujourd’hui en danger. Particulièrement celles qui composent notre tissu local de PME et de TPE et qui représentent 80% de nos entreprises. En danger car fragilisées par plus de six années de baisse continue de leur chiffre d’affaires. Il est 24% en dessous de son niveau de 2007 avec une baisse de 8% attendue pour 2014, ce qui pourrait engendrer la perte de 20 000 emplois dans notre secteur !

Plusieurs facteurs contribuent à cette dégradation historique. Tout d’abord, la réduction des dotations de l’Etat aux collectivités. Cette baisse sera de 12,5 milliards d’euros entre 2014 et 2017. Elle risque d’avoir un effet majeur en matière d’investissement local. Les analystes de la Banque Postale ont même bâti un scénario noir prévoyant une chute de -34% de l’investissement à horizon 2017, ce qui pourrait entrainer pour notre filière une perte de près de 60 000 emplois… Ensuite, la récente annonce concernant le péage transit poids-lourds semble entériner la mise en place d’une écotaxe au rabais : les recettes potentielles pour les infrastructures seraient divisées par trois : elles ne représenteraient au mieux que 300 à 350 millions d’euros de recettes nettes pour l’AFITF (Agence de financement des infrastructures de transports de France).

800 millions d’euros manquants – De plus, les départements ne bénéficieront plus d’une part de recettes pour l’entretien du réseau routier départemental (puisque celui-ci n’est plus taxé). Au final, sans subvention d’équilibre ou recettes complémentaires, c’est près de 800 millions d’euros qui manqueront pour boucler un budget de l’AFITF à hauteur de ce qui avait été annoncé dans le rapport Mobilité 21. Enfin, la réforme territoriale actuellement en discussion, aux contours encore assez flous, n’offre pas aux collectivités un cadre rassurant pour investir. Si le transfert du réseau départemental vers les régions et les intercommunalités semble acté, les mécanismes de compensation financière n’ont pas encore été évoqués. Dans ce contexte, l’avenir des Contrats de Plan Etat-Régions est incertain.

Parallèlement à cette situation, les marges de nos entreprises sont descendues à un niveau historiquement bas et la proportion d’entre elles dont les comptes sont passés dans le rouge a plus que doublé ces dernières années. A cela s’ajoute le fait que nous vivons une année post-électorale exceptionnellement basse en termes de commande publique locale. On assiste depuis le début de l’année à une chute particulièrement forte en ce qui concerne les appels d’offres TP : le nombre de lots dégringole de 23% avec des reculs extrêmement importants ces derniers mois. Ce fort recul du nombre d’appel d’offres depuis le début de l’année est général, avec des évolutions comprises en -18 et -28% pour toutes les régions métropolitaines. C’est bien sûr lié au cycle municipal et à l’arrivée des nouvelles équipes municipales, mais aussi aux inquiétudes fortes des collectivités concernant leurs marges de manœuvre futures pour l’investissement.

Des réseaux vieillissants – Et pourtant, en y regardant de près, tous les clignotants devraient être au vert pour nos métiers des Travaux Publics. Pour la raison simple que les besoins sont là et qu’ils sont immenses. Qu’il s’agisse des routes, des voies ferrées, des canalisations, des ouvrages d’art ou des réseaux électriques, nos réseaux d’infrastructures sont vieillissants. Quelques exemples récents suffisent à en donner l’illustration : le 26 juin dernier, l’association de consommateurs UFC-Que choisir a pointé la détérioration grandissante de la qualité du réseau électrique avec un temps moyen de coupure passé de 75 minutes en 2012 à 97 minutes en 2013 ; les taux de fuite augmentent sur les canalisations (parfois plus de 30% dans certains départements) ; chaque jour, un pont est mis hors service en raison de sa vétusté ; les nids de poule se multiplient, entraînant la fermeture de voies de circulation, et constituant un danger pour la sécurité des usagers. Tout cela, par défaut d’entretien, de travaux d’amélioration et de modernisation. Et surtout par défaut de programmation.

Pour apporter des réponses à la hauteur des enjeux, il y a donc urgence à lancer un grand plan d’entretien de nos infrastructures accompagné d’un véritable effort de programmation, gage de visibilité pour nos entreprises. Ce plan permettrait de préserver la compétitivité de nos territoires, notamment ruraux ou péri-urbains, mais aussi de lutter contre le chômage, parce que les Travaux Publics sont une formidable machine à convertir de la dépense publique en emplois. Les élus doivent savoir que chaque euro investi dans une infrastructure, contribue à la compétitivité de nos territoires.

Je suis conscient que le contexte actuel oblige à des arbitrages difficiles. Mais les décisions que chaque élu prendra dans les prochaines semaines auront un impact sur la préservation de nos emplois et l’avenir de vos concitoyens. Et il y a urgence !

Commentaires

3  |  réagir

12/08/2014 10h15 - Vrai

Oui, l’on peut s’inquiéter de la forte baisse des investissements des collectivités dans le secteur des travaux publics. C’est le signe d’un pays qui ne va pas bien. Malheureusement, les voyants ne sont pas au vert. Contrairement à l’internaute précédent, je ne vois pas de signes encourageants de croissance à court et moyen terme dans le système dans lequel nous sommes. Autant le dire directement, tant que nous resterons dans l’UE, nous serons à la traine. Pour s’en sortir, il faut relancer la croissance, ce qui n’est pas possible avec un euro si fort. Seule l’Allemagne arrive à en tirer profit grâce à son économie orientée vers les produits de standing. Mais la France n’est pas l’Allemagne. Elle n’est pas non plus la Roumanie ou l’Angleterre. Elle patit comme d’autres pays industrialisé (Italie) des traités européens, très favorables aux délocalisations (art. 32 ET 63 du TFUE), lesquelles profitent à la Chine qui concurrence les produits français et à même à des pays européens comme la Roumanie dont les salariés touchent 190 €/mois au smic. Tout cela ne peut conduire qu’à la baisse des salaires, à la baisse des investissements, au chômage. Les faits sont là et plutôt que de soutenir ce projet morbide de construction européenne dont l’histoire récente nous enseigne qu’elle est davantage un projet impérialiste qu’un projet solidaire, nous devrions nous préparer avec courage et détermination à trouver une solution collective.

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01/08/2014 12h01 - Albert

Bruno Cavagné,Président de la Fédération Nationale des Travaux Publics, a raison d’alerter sur le secteur bâtiment qui a besoin de travail. il joue son rôle, nous pouvons l’entendre , mais les crédits d’investissements ne vont pas être extensibles pour autant.
actuellement, il est évident que les investissements sont réduits, mis en suspens, pour préserver, la bonne gestion des collectivités. le retour à la croissance va montrer le bout de son nez qu’ en 2016. d’ici là, il va falloir patienter, car les mesures prises sont modestes.

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28/07/2014 09h12 - ssrw38

« les marges de nos entreprises sont descendues à un niveau historiquement bas » pour les petites et moyennes entreprises locales ou les grandes entreprises internationales et leurs investisseurs ?
« Mais les décisions que chaque élu prendra dans les prochaines semaines auront un impact sur la préservation de nos emplois et l’avenir de vos concitoyens » ne serait ce pas l’occasion de s’engager sur des emplois sérieux, déclarés, avec des salaires en rapport avec les conditions françaises et de refuser la sous traitance déguisée avec d’autres pays européens qui ne créée pas réellement d’emplois en France ? A méditer !

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