Le point à la veille des rencontres nationales de l'ingénérie publique

« L’ingénierie doit être encore plus économe et se projeter dans le futur » – Jean-Pierre Auger, président de l’AITF

| Mis à jour le 26/11/2014
Par • Club : Club Techni.Cités

Jean-Pierre Auger, président de l’Association des ingénieurs territoriaux de France, à la veille des deuxièmes rencontres nationales de l'ingénierie publique, explique que l'ingénierie publique, tout en restant sur ses fondamentaux d'expertise auprès des élus, s'adapte au contexte budgétaire. L'occasion aussi de se positionner vis à vis du projet de réforme territoriale...

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L’ingénierie territoriale se réinvente

Sous quels auspices se dérouleront les rencontres nationales de l’ingénierie publique à Paris, les 19 et 20 juin ?

Nous avons voulu nous projeter dans l’avenir, qu’il s’agisse de modélisation urbaine ou de prise en compte de la baisse des ressources. C’est la raison pour laquelle le thème « Quelle sera la ville à l’horizon 2030 ? » a été choisi pour cette édition 2014 des Rencontres nationales de l’ingénierie publique.

Pourquoi ce thème ?

Nous constatons depuis 2008 que la moitié de l’humanité vit dans des villes et ce mouvement va se poursuivre et sans doute s’amplifier. Or les collectivités territoriales sont bien souvent en première ligne pour expérimenter et innover dans de nombreux  secteurs qui intéressent la ville, tels que l’urbanisme, les transports, la voirie,  les bâtiments ou encore les nouvelles formes de gouvernance. Au sein de ces collectivités nous, ingénieurs territoriaux, devons faire preuve non seulement de rigueur mais aussi d’imagination pour répondre aux défis majeurs qui se posent et inventer de nouveaux modèles d’organisation.

Qu’est-ce que l’innovation pour un ingénieur ?

L’innovation, c’est comme le développement durable : plus on en parle, moins on en fait ! Sous ce terme, on peut tout mettre, tout en se donnant bonne conscience. Pour ma part, je serais bien incapable d’expliquer concrètement ce qu’est l’innovation, si ce n’est proposer la solution la plus efficace pour répondre aux besoins dans un contexte économique contraint. Innover, c’est aussi savoir remettre en question les procédures utilisées habituellement, ne pas hésiter à utiliser les nouvelles technologies mises sur le marché ou en expérimentation.

Mais tout en prenant garde à ne pas succomber à ce nouveau concept à la mode, celui de l’ « Innovation », formule en réalité mise en avant par l’ingénierie de l’Etat. Comme si l’innovation n’existait pas dans les collectivités territoriales ! A nouveau, on constate une méconnaissance de l’ingénierie territoriale telle qu’elle existe depuis plusieurs décennies dans les collectivités. Si l’administration centrale voulait vraiment nous aider dans l’accomplissement de nos missions et favoriser l’innovation, il suffirait qu’elle produisent moins de normes !

Selon vous, l’inflation normative est-elle en passe d’être jugulée ?

Non. Les textes continuent à fleurir. J’en veux pour preuve, par exemple, la création de la qualité « RGE » (Reconnu grenelle environnement). Au début, j’y ai vu des aspects positifs, notamment en termes de formation. Mais, ce qui est à craindre, qu’il ne s’agisse d’un emballage… Une pseudo marque. On recrée de la complexité et de l’ambiguïté.

Quels sont les défis que l’ingénierie territoriale doit relever ?

Le rôle de l’ingénierie territoriale est double : aider les élus à prendre des décisions et ensuite veiller à la bonne mise en œuvre des décisions prises. Quand le gouvernement annonce 50 milliards d’économies dans la dépense publique prévues de 2015 à 2017, à savoir 11 à 15 milliards pour les collectivités territoriales, cela aura forcément un impact sur l’ingénierie territoriale.

Nous devons veiller à gérer la question des moyens financiers et à pouvoir assurer le même service aux citoyens à moindre coût. Les élus se montrent désormais plus attentifs à l’approche d’un projet par le coût global et le programme validé pourrait avoir été fortement influencé par les coûts de fonctionnement. L’ingénierie doit être encore plus économe, se projeter dans le futur et anticiper le service à rendre.

Comment jugez-vous le nouveau Cerema ?

Le nouveau Président du Cerema, Pierre Jarlier, connait bien l’AITF et est favorable à une collaboration entre l’AITF et le Cerema. Je prendrai donc très rapidement contact avec le directeur général du Cerema Bernard Larrouturu.

J’espère que  notre association pourra contribuer à  l’élaboration des actions que cette nouvelle structure est appelée à mener vers les collectivités territoriales. Je rappelle que par le passé nous étions  membre du comité d’orientation du Certu, qui aujourd’hui est un des éléments qui compose le Cerema. Il serait nécessaire que ce réseau scientifique et technique de l’Etat connaisse les attentes et les besoins des collectivités territoriales qui sont multiples et de différentes tailles.

Ou en sont vos revendications statutaires ?

C’est un grand silence radio. Nous avons rappelé la DGCL. Mais personne ne peut nous dire où en est le projet de décret pour lequel nous avons été interrogés il y a plus de deux ans  et qui, en prévoyant la séparation en deux du cadre d’emploi, avec une perméabilité entre les cadres A et A+, prenait en compte la spécificité de l’ingénierie territoriale et la mettait en cohérence avec la filière administrative et les différentes fonctions publiques.

Comment l’AITF juge le projet de réforme territoriale ?

Bien sûr, nous y sommes très attentifs, nous partageons l’objectif d’efficacité fixé par le Président de la République le 5 octobre 2012. Nous attendons de la loi une modernisation, une clarification de l’organisation territoriale et aussi une simplification des relations entre l’Etat et les collectivités, notamment s’agissant de la mise en place de schémas directeurs. Mais les débats actuels focalisent sur la territorialisation et la gouvernance.

L’AITF n’a pas forcément vocation à intervenir sur les questions de gouvernance territoriale, même si nous comprenons fort bien l’inquiétude des ingénieurs en poste dans les départements. Cela étant, le besoin d’ingénierie subsistera. Il faudra continuer à entretenir les routes et les bâtiments, qu’ils soient sous la responsabilité des régions ou des intercommunalités. De même, nos collègues travaillant dans les régions doivent s’interroger sur les regroupements proposés.

Sur le principe, nous sommes favorables à un redressement appuyé sur une réforme structurelle renforçant l’efficacité de l’action des collectivités territoriales.

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Commentaires

3  |  réagir

11/08/2014 11h42 - guiggui

monsieur le Président,
j’adhère complètement à votre message.Malheureusement , bien qu’ingénieure de tres haut niveau (enpc) et expérimentée( je viens d’effectuer à mes frais un mastère 2 en matière d’économies d’énergie dans les bâtiments), je rencontre des difficultés auprès de ma hiérarchie lorsque je propose des innovations mêmes si celles-ci n’ont aucune incidence budgétaire, voire même engendrent des économies.Il est très difficile dans la territoriale de modifier des procédures pour améliorer le service public.c’est bien dommage et démotivant
respectueusement

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18/06/2014 04h02 - Jorj LE NAIN

La réforme territoriale concerne l’ingénierie. Un des points importants est la capacité des techniciens à pouvoir élaborer des projets de travaux, de juger des propositions des entreprises ou des services en régie.
La complexification des fonctionnements urbains fait resurgir les besoins d’une technicité forte. Les EPCI dont les métropoles seront les lieux privilégiés pour ces développements, le tout en maintenant l’action de proximité.
La fonction même d’ingénieur territorial doit prendre en compte ces évolutions de la société.
L’AITF ne peut pas être un spectateur,.

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18/06/2014 01h38 - Albert

monsieur Jean-Pierre Auger, président de l’AITF, a raison d’insister sur le double rôle des ingénieurs: le premier de produire des rapports d’aide à la décision pour nos Élus et le second de mener à bien les projets retenus par l’exécutif.
je reprendrai un de vos termes, « une ingénierie économe ».

avec la baisse des dotations, la crise financière, les budgets sont plus serrés qu’avant. en tant que maitre d’ouvrage public, on ne peut accepter les dépassements de certaines équipes de maitrise d’œuvre.

l’ingénieur, pour sa partie, devient le garant du respect des couts, et des délais. nous allons porter une parole que nos partenaires extérieurs n’aiment pas, celui de rester dans les enveloppes financières. c’est un peu « le » mauvais rôle, mais l’ingénieur doit être soutenu par son exécutif, pour défendre le « propre choix » de ce même exécutif.

au niveau innovation, sur le plan technique, une multitude de bureaux d’études extérieurs nous « récitent  » la même chanson du « tout technique ».
l’ingénieur a un nouveau rôle à jouer , c’est de mettre face à ces « concepteurs » le cout global du bâtiment, le cout de maintenance, la facilité d’accès aux équipements techniques, la maitrise des couts ultérieurs à la construction.

l’ingénieur participe à la création d’un projet, et dans le même temps il anticipe le vieillissement des bâtiments, la maintenance des équipements techniques.
« l’ingénierie économe » se doit d’anticiper présent et avenir.

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